
A vrai dire... RCF - page 11
Edito du jour : toute l'actualité est sujette à réflexion, nos éditorialistes partagent la leur
Episodes
12 janvier 2024Garder la Foi dans l'indicible
Aujourd'hui le père Jacques Thierry nous souhaite ses meilleurs voeux pour la bonne année, tout en nous racontant une anecdote personnelle très marquante entre une femme victime d'abus et sa relation avec l'Eglise.Droits image: ©Gerd Altmann de Pixabay
5 janvier 2024L’Eglise créatrice de lien social
Bien des observateurs de la société française d’aujourd’hui, comme le géographe et sociologue Jérôme Fourquet, encore récemment dans le dernier numéro de La Croix Hebdo, enregistrent une certaine décomposition de la France telle que nous l’avons encore connue pour beaucoup d’entre nous, qui s’est accélérée des années 1980 à aujourd’hui, avec la montée de l’individualisme, la fragilité grandissante des familles, la cohabitation de communautés ou de catégories sociales qui semblent n’avoir plus grand-chose à voir les unes avec les autres.
Ils font notamment le constat que le double pilier que constituaient l’Eglise Catholique, quand 35 % des habitants allaient à la messe, et le Parti Communiste, qui a pu représenter jusqu’à 25 % des votants, s’est effondré.
Je ne suis évidemment pas nostalgique du marxisme mais il me semble quand même regrettable que nos contemporains rechignent trop souvent à s’engager, par exemple dans des partis politiques ou des syndicats, car c’est là que peut être défendue une certaine idée du bien commun.
De même, alors que les analystes semblent parfois considérer que l’Eglise a pour ainsi dire disparu du paysage, j’ose croire pour ma part qu’elle peut encore beaucoup apporter. Même dans nos sociétés laïques, la pensée d’inspiration chrétienne pourrait aider à trouver les voies d’un mode de développement authentiquement humain et écologique. Mais aussi, l’Eglise reste, je l’espère, un lieu de convivialité.
Vous souvenez-vous peut-être de ce film sorti il y a quelques années, s’inspirant, je crois, de l’histoire vraie de la conversion de son scénariste et qui s’intitulait Qui a envie d’être aimé ? Oui, car la recherche spirituelle ne va pas sans celle des modalités pour vivre la fraternité qui nous relie tous en tant qu’enfants d’un Dieu qui nous aime. Ainsi nos paroisses se doivent d’être des lieux pour prier en assemblée bien sûr, mais aussi pour marcher ensemble, pour s’entraider, pour partager des repas ou davantage.
Les propositions qui sont faites ne rencontrent pas toujours un écho extraordinaire, il faut bien le dire. Tant pis pour ceux qui ne sentent pas concernés. Tant pis si le nombre n’y est pas. Il ne faut pas renoncer pour autant à créer des occasions variées pour ouvrir les bras, inconditionnellement, à toutes personnes, notamment celles qui sont isolées, en recherche ou en difficulté.
Que tous ceux qui sont à la croisée des chemins sachent qu’ils sont invités à la noce ! Que nos paroisses soient ces communautés vivantes et accueillantes où chacun peut trouver de l’Amour ou, tout simplement, du lien social !Droits image: ©Gerd Altmann de Pixabay
3 janvier 2024Trois mois plus tard
Trois mois après l’agression d’Israël par le Hamas, la situation actuelle en Palestine m’a amené à faire le parallèle avec celle d’il y a 22 ans déjà. Le 11 septembre 2001, la chute des tours jumelles à Manhattan avait créé un choc inédit où le sentiment d’horreur le disputait à l’hébétude générale. Un élan de compassion planétaire s’en était suivi, prodiguant à l’Amérique un soutien moral qu’elle n’avait pas rencontré depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Or un an et demi plus tard, je me souviens m’être fait la réflexion, la diplomatie américaine avait accompli le tour de force d’épuiser intégralement ce capital de sympathie :
décisions unilatérales, de fortes présomptions d’arbitraire, absence de preuves étayées, narratif mensonger qui devait mener une région entière du globe à la guerre. Le 7 octobre dernier, l’indignation générale s’impose en faveur d’Israël lorsque, nous dit-on, les roquettes
du Hamas s’abattent sur le pays. Eh bien il ne faudra pas deux mois pour que la victime soit perçue comme agresseur et pour que, du même coup, le Hamas passe du statut de terroriste à celui de résistant à l’occupant. En deux mois, comment cela a-t-il été possible ? Il suffit d’écouter les voix de certaines personnalités connaissant bien le Proche-Orient. C’est
Médecins sans frontières disant : « On n’a plus de mots pour décrire l’horreur de ce qui se passe à Gaza » ; c’est le journaliste israélien Gideon Levy selon qui les Israéliens justifient la maltraitance de ses otages par le mantra selon lequel les Palestiniens ne sont pas réellement des humains ; c’est Omer Bartov, spécialiste de la Shoah, qui va jusqu’à parler de crimes contre l’humanité lorsque des tirs sont effectués sans volonté de discernement sur des villages ou des populations civiles, prétextant qu’un petit enfant est un terroriste en puissance ; c’est Véronique Levy, écrivaine, évoquant des massacres dans des termes très fermes. De fait, certaines images publiées sur les réseaux sont sans appel, où l’on voit des soldats de vanter eux-mêmes face caméra de leurs propres exactions… Enfin, alors que la presque totalité des nations de l’ONU réclame un cessez-le-feu, soutenu en cela par de nombreuses manifestations à travers le monde, seuls deux pays s’y opposent encore : Israël et les Etats-Unis. Il serait temps que soit mis fin à cette politique du pire, qui confine à l’insoutenable. Que Dieu, à qui rien n’est impossible, nous apporte cette paix qui semble parfois bien hors de portée de l’homme, et d’abord en nos cœurs. Bonne année !Droits image: ©Gerd Altmann de Pixabay
19 décembre 2023L'humilité des bergers et la ténacité des mages
Il y a des jours où il est plus difficile qu’à d’autres d’être joyeux. Quand les nuages s’amoncellent au point de ne plus y voir d’étoiles à moins de jouer les hypocrites et de faire semblant. C’est d’autant plus dramatique quand on parle sur une antenne où la joie se partage. C’est alors que nous pouvons penser à Joseph et Marie arrivant à Bethléem pour le recensement. Marie est enceinte, sur le point d’accoucher. Joseph aimerait bien lui trouver une bonne auberge où elle puisse se reposer et accoucher dans les meilleures conditions possibles. Vous connaissez l’histoire, les portes se ferment, une à une, à ces horsains venus de Nazareth. Finalement, ils trouveront refuge dans cet abri creusé dans la roche. Un âne et un bœuf sont là pour les accueillir, leur présence les réconforte et ils réchauffent l’enfant Jésus, posé là dans la mangeoire. Les humbles bergers seront les premiers à venir reconnaître ce bébé nu comme étant le Sauveur. Plus tard, les rois mages viendront lui témoigner leur gratitude et remettre leur pouvoir entre ses mains. Pendant ce temps les autorités en place, averties de la naissance de Jésus, prennent peur. Comment cet enfant-là né dans le plus grand dénuement peut-il les mettre dans une telle panique ? Ne viendrait-il pas briser l’ordre établi, faire perdre leur pouvoir aux forces occupantes, retirer leur prestige aux prêtres et aux lévites plus soucieux des dorures et des tentures du temple que de leurs contemporains tombés sur le bord du chemin ? Ne pressentent-ils pas déjà que l’étoile du berger vient révéler un nouveau royaume où les derniers seront les premiers, où le roi tient son pouvoir d’une force plus forte que tout, la force d’un Amour donné qui vient tout embraser, d’un feu purificateur qui vient nous libérer de tout ce qui nous encombre et nous empêche de prendre la main que nous tend Jésus sur le bord des chemins tortueux de ce temps. Il nous faut l’humilité et la simplicité des bergers et la ténacité des Mages pour voir l’étoile et pouvoir chanter avec eux un Sauveur nous est né.
Droits image: Un berger dans la crèche de la cathédrale de Coutances ©RCF Manche
15 décembre 2023Faut-il manger de l'agneau du bout du monde ?
C’est toujours la COP 28 en ce moment et tout le monde a compris, je crois, qu’il nous fallait absolument réduire nos émissions de CO2 à l’échelle mondiale. Les pays d’Europe sont parmi les premiers à l’avoir fait, mais dans des proportions bien insuffisantes, et puis cela a surtout consisté à délocaliser la production de nos biens manufacturés et même souvent de notre alimentation, avec la production de gaz à effet de serre correspondante.
Ce n’est évidemment pas une solution, et puis cela a contribué à appauvrir objectivement nos économies, en même temps que cela a pu favoriser des modèles de production dévastateurs. C’est notamment ce que dénoncent en ce moment les jeunes agriculteurs qui, comme vous l’avez peut-être remarqué, retournent les panneaux d’entrée de ville pour expliquer que l’on marche sur la tête, suivant leur expression. Il nous faut donc créer de meilleurs mécanismes d’ajustement à nos frontières si les produits importés ne satisfont pas aux mêmes normes que chez nous. Et, de manière générale, il faudrait en Europe une véritable ambition pour aligner nos politiques environnementales, économiques, fiscales, sociales dans les Etats membres pour arriver à un véritable Green Deal.
Là-dessus, fin novembre, l’Union Européenne et la Nouvelle-Zélande ont finalisé un accord de libre-échange qui va conduire à augmenter nos importations, notamment de viande ovine. De bons esprits nous expliquent que ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose pour la planète dans la mesure où, là-bas, les conditions d’élevage sont optimales : grands pâturages, peu de bâtiments, peu de besoins d’apports nutritionnels complémentaires… Cela s’entend.
Mais, en achetant de l'agneau à l'éleveur du coin sur le marché de ma ville, je favorise l'économie locale, la préservation du lien social, l'entretien du bocage normand. Pas besoin de calculette CO2 pour se rendre compte que c’est un mode de consommation quand même plus raisonnable, si l’on veut bien considérer que tout est lié, si l’on veut à la fois cesser d’exploiter la planète comme si ses ressources étaient inépuisables et permettre à chacun de vivre de son travail.
Ceci étant, malheureusement, victime de la concurrence internationale ou de la difficulté à accéder aux terres, ou les deux, mon producteur local a dû arrêter son activité. Quand on parle d’appauvrissement : moi-même, ne souhaitant pas consommer de l’agneau venu du bout du monde, je n’ai plus l’occasion d’en manger et, surtout, le producteur et sa famille ont perdu leur gagne-pain.Droits image: ©Gerd Altmann de Pixabay
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