
A vrai dire... RCF - page 10
présentée par Alain Charlier, Béatrice Ducellier, Thierry Grenet, P. Vincent de Labarthe, Anne-Cécile Suzanne, Marc Tesniere
Edito du jour : toute l'actualité est sujette à réflexion, nos éditorialistes partagent la leur
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15 février 2024Le retour à la terre des ex de l’agro-alimentaire
Simon Gouin, co-fondateur du magazine normand en ligne Grand-Format
https://grand-format.net/
À 27 ans, Inès Forquin avait une carrière toute tracée dans l’industrie agroalimentaire. En 2020, diplôme d’ingénieur en poche, elle est embauchée en CDI comme cheffe de projet dans un grand groupe de surgelés normand.
Un travail qui lui plaît beaucoup, mais qu’elle décide de quitter au bout de deux ans seulement.
« Quand chez toi tu vis zéro déchet, que tu te déplaces en vélo et qu’au boulot tu fais tout l’inverse, petit à petit l’écart se creuse…, nous raconte-t-elle. Si tu veux vraiment avoir un impact pour l’environnement, logiquement tu dois aussi le faire dans ton travail. Le grand dilemme, c’est de choisir entre déserter et changer les choses de l’intérieur. À Frial, je n’avais pas l’impression de pouvoir faire évoluer les mentalités, alors j’ai préféré agir à petite échelle. C’est comme ça que j’ai rejoint le monde agricole. »
Inès a décidé d’ouvrir une fromagerie à la ferme, au nord de Bayeux, dans le Calvados, autour du tiers-lieu l’Arbre. Comme elle, Marie et Olivier ont eux-aussi quitter les grands groupes agro-alimentaires pour qui ils travaillaient, afin de mettre en accord leurs convictions écologiques et humaines avec leur quotidien.
Dans leurs parcours que nous publions ce mois-ci, on lit leur engagement pour la planète, leur renoncement à des situations financières confortables, à une certaine stabilité que leur permettait le salariat de ces grands groupes.
On découvre leur retour à la terre, aux travaux manuels, à un métier où le corps est mobilisé.
On entrevoit aussi les heures de travail à rallonge, les difficultés qui se présentent, l’échec d’Olivier, qui va devoir abandonner son activité de livraison de produits bio et locaux à vélo…
Mais ce qui domine à travers leurs mots, c’est la satisfaction de s’être lancés dans un nouveau projet, plein de sens, répondant aux enjeux actuels, en lien avec des acteurs du territoire…
Un vent d’air frais qui fait du bien, et qui donnera peut-être envie à d’autres de changer de voie !Droits image: ©Gerd Altmann de Pixabay
13 février 2024L'Europe bientôt législateur
Je lisais tout récemment sur un réseau social que notre Assemblée nationale avait adopté une résolution dans laquelle elle proposait un partage de compétences avec le Parlement européen. N’en croyant pas mes yeux, je suis allé directement sur Assemblée nationale.fr et j’y ai trouvé, effectivement, une résolution adoptée le 29 novembre dernier. Sachez donc que l’Assemblée nationale, qui vous représente amis auditeurs, appelle de ses vœux la possibilité pour le Parlement européen de proposer des lois contraignantes, et non plus seulement de simples résolutions, pour tout ce qui regarde votre vie quotidienne, que vous soyez Français, Slovène ou Lithuanien. Cela concernerait bien sûr l’économie, déjà émaillée de normes techniques de toutes sortes sur lesquelles l’Europe planche avec frénésie depuis des décennies. À ce stade, on peut déjà soutenir que si la farine à base d’insectes peut séduire certaines populations européennes, il n’est pas certain que les Français en soient très friands. Mais le champ de la normalisation pourrait s’étendre à d’autres domaines, par exemple la transsexualisation, le gommage de tout référentiel chrétien ou l’introduction de lois bioéthiques toujours plus libérales… Je rappelle que tous ces sujets, très en vogue à l’ère post-industrielle, sont déjà largement plébiscités au sein de l’Union européenne. Et vous comprenez qu’une loi européenne mettrait tout le monde d’accord si l’on peut dire, de l’Atlantique aux Carpates ; or un Allemand peut ne pas vouloir des voitures électriques, qui font grand débat aujourd’hui, là où un Français n’y serait pas complètement opposé. Le problème qui se pose ici est celui de la subsidiarité, qui veut qu’un sujet soit traité au plus près des gens, là où une loi européenne éloignerait les gens d’un niveau supplémentaire. Et puis il y a aussi le problème notoire de la porosité des institutions européennes aux lobbys des grands industriels, particulièrement actifs au sein du parlement européen et qui, moyennant prébendes, peuvent aisément imposer tel vaccin ou tel pesticide comme c’est déjà actuellement le cas. Porosité aussi vis-à-vis des instances internationales. Celles-ci sont parfois porteuses de projets si univoques qu’ils suggéreraient un contre-pouvoir ; or la pratique montre que sur des sujets aussi divers que le bilan carbone, l’obligation vaccinale, la diplomatie - très « étasunienne » - ou l’éducation sexuelle, les instances européennes se présentent davantage comme des relais que comme des modérateurs, de ces visions inquiétantes. Si ce Parlement européen ne devait être qu’une chambre d’enregistrement législative de ces projets mondialistes, craignons que la normalisation dont elle s’est fait une spécialité ne porte plus seulement sur l’économie ou la société mais sur l’humanité elle-même.Droits image: ©Gerd Altmann de Pixabay
2 février 2024La crise agricole
La crise est telle que certains en viennent à de se demander si ce n’est pas la fin de l’agriculture française. Comme si cela était concevable !
L’agriculture n’est pas une activité comme une autre que l’on pourrait délocaliser, elle est constitutive de la France, entièrement façonnée par des millénaires d’intense présence humaine, car la France est le « pays de l’homme », selon la belle
expression que l’on doit, je crois, au père Bernard Peyrous. Ainsi s’il ne
représente plus que moins de 1 % des habitants actuels de la planète, notre pays
a su faire vivre et nourrir 5 à 10 % des êtres humains qui se sont succédés sur
cette Terre depuis les origines.
Il y a moins d’un demi-siècle encore, un Président de la République, Valéry
Giscard d’Estaing, indiquait que l’agriculture devait être le « pétrole vert » de la
France, qui était en 1980 le deuxième exportateur mondial de produits agricoles.
Alors qu’aujourd’hui notre balance commerciale agroalimentaire serait
largement déficitaire sans les vins et champagne. Par exemple, pour les seuls
fruits et légumes, le déficit atteint près de 4 milliards d’euros par an, alors qu’on
arrache les poiriers dans le Domfrontais. Ainsi, notre souveraineté alimentaire
paraît de moins en moins assurée, elle est pourtant essentielle pour notre liberté
dans un monde de plus en plus dangereux. Quel échec, alors que notre pays est
l’un des plus fertiles du monde !
Un empilement de normes ne fait pas une politique ou une ambition, surtout
si elles ne s’appliquent pas aux produits importés. Quand se développent les
importations de viande bovine ou ovine au détriment de nos agriculteurs, on
perd sur tous les tableaux. On ne sert en rien les objectifs de réduction de gaz à
effet de serre car la consommation de viande ne diminue pas pour autant et, au
contraire, on met en péril les écosystèmes de nos campagnes bocagères,
réservoirs de biodiversité. En tant que consommateurs, nous avons un rôle à
jouer : nous devrions ainsi sans doute manger moins de viande, mais plus locale
et de meilleure qualité ! La société dans son ensemble doit se mobiliser pour
accompagner les agriculteurs face aux défis auxquels ils sont confrontés dont la
transition écologique n’est pas le moindre.Droits image: ©Gerd Altmann de Pixabay
30 janvier 2024Le drame agricole
À en juger par la vaste mobilisation agricole qui se déroule sous nos yeux, il semble qu’il faille vivre désormais avec des épisodes réguliers de contestations spontanées et durables. Ajoutons que ces contestations prennent chaque fois un tour dramatique. Le décès d’une jeune femme et de sa fille, qui serre le cœur, vient l’attester. Cet accident fut peut-être fortuit, je n’en sais rien, mais la mort chez les agriculteurs, elle, n’est pas fortuite. Elle est quotidienne : chaque jour, deux agriculteurs mettent fin à leurs jours, ainsi que le relevait récemment la journaliste Laurence Ferrari. Chiffre affolant, traduisant le drame d’une corporation éreintée par le dysfonctionnement d’un système économique qui, s’il ne voulait
pas des agriculteurs, ne s’y prendrait pas autrement pour les faire disparaître. Ce système économique est littéralement subi par le monde agricole ; de manière symptomatique, un agriculteur révélait que lorsqu’il vend ses produits à l’industrie agro-alimentaire, c’est elle et non pas lui qui établit la facture. La plaie des marges engrangées par les industries
intermédiaires, avec la bénédiction de l’Union européenne et des Etats européens, aboutit au résultat que sur un caddie de courses de 100 €, 6 € seulement reviennent à l’agriculteur ; vraiment de quoi vous donner envie de recenser tous les petits producteurs du coin pour faire son marché en direct. Comment se fait-il que, dans un pays qui se vante de son autonomie alimentaire, avec raison, 94% du prix dépende d’autre chose que du produit lui- même ? Le système est d’autant plus vicieux que la volonté de le réformer n’appert nulle part. Autre exemple, qui a été l’un des déclencheurs de l’exaspération actuelle : le prix de
l’électricité. Nicolas Meilhan, ingénieur-conseil en énergie, constate que notre facture a augmenté de 45% entre 2021 et 2023 ; or, Monsieur Meilhan semble n’en pas revenir lui- même : le coût de production de l’électricité est demeuré le même au cours de cette période
(6 c. le KWh) ; et vous savez quoi ? Bruno Le Maire annonce encore une nouvelle flambée du coût en février, accusant Poutine. Est-ce une plaisanterie macabre ? De l’incompétence ?
Ou bien n’est-il pas temps d’ouvrir les yeux et de reconnaître une volonté de captation de la valeur ajoutée produite par les Français via des circuits financiers bien réels ? Chers amis, il me semble que notre sort est bel et bien lié à celui de nos valeureux agriculteurs.Droits image: ©Gerd Altmann de Pixabay
19 janvier 2024La baisse de la natalité en France
Les chiffres de la démographie française en 2023 ne sont pas bons, notamment du fait de la baisse de la natalité. Elle est en recul de près de 7 % par rapport à 2022, soit près de 50.000 naissances en moins.
A dire vrai, voilà plusieurs années que le taux de fécondité fléchit en France, depuis 2014 en fait et le détricotage de la politique familiale entrepris sous la présidence de François Hollande : fin de l’universalité des allocations familiales, réforme conduisant à un congé parental rabougri, baisse continue du quotient familial, ce qui fait qu’à niveau de vie égal (le niveau de vie étant fonction du revenu et de la composition familiale, et non pas du seul revenu), les familles avec enfants paient désormais souvent plus d’impôts que les autres.
A cela se sont ajoutés récemment un néo-malthusianisme et des craintes devant l’avenir qui font que beaucoup de jeunes adultes renoncent à avoir des enfants ou au moins repoussent leur arrivée.
Malgré cela, le désir d’enfants baisse moins que la fécondité effective. Selon les enquêtes, les Français en âge de procréer continue de désirer environ 2,3 enfants en moyenne, alors que l’indice de fécondité risque cette année de tomber en-dessous de 1,7.
Pendant des décennies, la natalité en France, supérieure à celle de la plupart des pays d’Europe, a été un facteur de dynamisme. C’est un atout que nous avons dilapidé, un de plus, au détriment des grands équilibres socio-économiques. Et puis surtout, si nous faisons société, c’est bien pour favoriser l’inclusion des plus fragiles dont les enfants. C’est la base !
Nous avons un Président et un Premier Ministre, certes jeunes, mais ni l’un ni l’autre n’ont d’enfants, et leur clientèle électorale est plutôt, il faut bien le dire, composée des personnes âgées et bien installées dans la vie. N’est-il pas symptomatique que leur nouveau gouvernement ne compte pas de ministère de la famille ? Seulement un ministère chargé de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les Discriminations. C’est sûrement très bien mais il n’y a peut-être pas de quoi rassurer les Français sur le soutien que peut leur apporter l’Etat dans l’éducation des enfants.Droits image: ©Gerd Altmann de Pixabay
18 janvier 2024La ferme à Gégé
Dans de nombreux pays en Europe et dans le Monde, les discours xénophobes et racistes se développent, notamment chez certains dirigeants politiques. L’étranger ou celui qui est différent est de plus en plus perçu comme un bouc-émissaire des maux de notre société. Pourtant, des initiatives émergent un peu partout et démontrent que le vivre-ensemble peut se construire, souligne Simon Gouin, cofondateur du magazine normand Grand-Format.Droits image: ©Gerd Altmann de Pixabay
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