Les méloésDans la chronique nature de l’Association faune et flore de l’Orne, nous allons à nouveau parler d’insectes en compagnie de Matthieu Le Goïc et aborder aujourd’hui une famille de coléoptères surprenante, les inconnus. Mais comment en parler alors ?
Effectivement, curieux ce nom ! Les inconnus. En fait, il s’agit d’une des formes vernaculaires avec laquelle on nomme les méloés, des insectes de l’ordre des coléoptères et de la famille des méloïdés. C’est Jean-Henri Fabre qui fut le premier a popularisé cet insecte en France : il y consacre deux articles dans ses célèbres souvenirs entomologiques publiés de 1879 à 1907. Il les décrit ainsi :
« Pour parler des méloés, disgracieux scarabées, à lourde bedaine, dont les élytres mous baillent largement sur le dos comme les basques d’un habit trop étroit pour la corpulence de celui qui le porte. Déplaisant de coloration, le noir où parfois se marie le bleu, plus déplaisant encore de formes et d’allures, l’insecte, par son dégoûtant système de défense, ajoute à la répugnance qu’il nous inspire. S’il se juge en danger, le méloé a recours à des hémorragies spontanées. De ses articulations suinte un liquide jaunâtre, huileux, qui tache et empuantit les doigts. Les Anglais, pour rappeler ces hémorragies huileuses de l’insecte en défense, appellent le méloé Oil beetle, le scarabée à huile. Ce coléoptère serait donc sans grand intérêt si ce n’était ses métamorphoses et les pérégrinations de sa larve. Sous leur première forme, les méloés sont des parasites des anthophores ; l’animalcule, tel qu’il sort de l’œuf, se fait porter dans la cellule par l’hyménoptère dont les provisions doivent le nourrir… »
Le portrait n’est pas très élogieux ! Pourquoi donc s’y intéresser ?
Probablement parce que les méloés sont des insectes qui sortent un peu de l’ordinaire. N’est pas Méloé qui veut, aussi je vous propose de commencer cette chronique en évoquant ses particularités.
Tout d’abord, il s’agit de cleptoparasites (des insectes un peu voleurs donc, comme le laisse à penser la racine grecque du mot). Ce processus mérite d’être expliqué : après leur éclosion, les larves des méloés gagnent le cœur d’une fleur, souvent une ficaire ou une pâquerettes, des petites fleurs jaune assez commune des allées forestières et des talus. On nomme ces larves, qui mesurent seulement quelques millimètres, les triongulins en raison de trois griffes qui sont présentes à l’extrémité de leurs pattes. Historiquement, ils ont d’ailleurs été décrits comme des espèces spécifiques avant que la vérité ne soit rétablie et que l’on comprenne qu’il s’agissait de la larve de cet insecte.
Dans le courant du mois de mai, on peut les observer par plusieurs dizaines sur une même fleur !
Qu’y font-ils ? Se nourrissent-ils de cette fleur ?
Non, en fait ils patientent, au besoin, des jours durant. Ils attendent que l’insecte qu’ils vont parasiter vienne butiner cette fleur. Et dès que l’occasion se présente, ils s’y agrippent. Dans l’idéal, cet insecte doit être un hyménoptère, une abeille sauvage, dans la mesure du possible du genre Andrena. Et nécessairement une femelle !
Bien des triongulins ne parviendront pas à réunir toutes ces opportunités et en conséquence, ne connaîtront jamais l’âge adulte. Mais pour ceux qui y parviennent, commence alors un long voyage !
Incroyable cette histoire, voilà donc nos larves de méloés accrochés sur le dos d’une abeille. Mais pour aller où ?
Et bien, la suite de l’histoire se déroule dans l’obscurité du terrier creusé par cette abeille sauvage. Arrivé dans son nid, le triongulain va s’y cacher alors que l’abeille elle va poursuivre son travail : stocker de la nourriture pour sa progéniture, pondre un œuf et refermer la cellule dans laquelle elle l’a déposé.
La larve de méloé dispose ainsi de tout ce qu’il lui faut pour se développer, elle va manger l’œuf puis continuer son propre développement larvaire en consommant le reste des réserves déposées par l’abeille.
Voilà qui ne redore pas le blaso