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L’orfèvrerie liégeoise des XVIIe et XVIIIe siècles (2/2)

L’orfèvrerie liégeoise des XVIIe et XVIIIe siècles (2/2)

Un article rédigé par Pierre-Yves Kairis - le 6 décembre 2022 - Modifié le 17 juillet 2023
D'art et d'histoire de Liège L'orfèvrerie liégeoise des XVIIe et XVIIIe siècles (2/2)

L’entretien sur l’orfèvrerie liégeoise se poursuit avec Pierre Colman, professeur émérite d’histoire de l’art des Temps modernes à l’Université de Liège, et Luc Engen, ancien conservateur du Musée Curtius et directeur honoraire du Musée communal de Huy. Seront notamment évoquées le rôle de la corporation ainsi que l’évolution des styles.

© IRPA-KIK, Bruxelles (crédits ci-dessous)© IRPA-KIK, Bruxelles (crédits ci-dessous)

Le bon métier


À Liège, les corporations sont appelées bons métiers. Celui des orfèvres comptait, aux XVIIe et XVIIIe siècles, une cinquantaine de membres en moyenne. Beaucoup résidaient en Neuvice ou en Gérardrie, où ils tenaient boutique à la vue des passants, conformément à la réglementation. L’apprentissage durait entre quatre et sept ans. L’ouvrier pouvait passer maître en réalisant un chef-d’œuvre, généralement une salière ou un calice. Conformément à la tradition corporative visant au nivellement des prestations, les maîtres ne pouvaient s’entourer de plus de deux ouvriers ni de deux apprentis. Les sous-traitances n’étaient toutefois pas exclues. Cette profession était plus contrôlée qu’aucune autre et de nombreux officiers du métier, régulièrement renouvelés, veillaient au grain : gouverneurs membres du Conseil de la Cité, marqueurs contrôlant les pièces, rewards combattant toutes les formes de fraudes, greffiers, jurés, rentiers, etc.

 

 

Lambert Englebert, flambeau à deux branches, 1713-1714, h. 27 cm, Seneffe, Musée de l’Orfèvrerie. © IRPA-KIK, Bruxelles.

 

Un cas de fraude présumée qui a fait grand bruit


En 1716, l’un des plus brillants orfèvres du cru, Jean-François Knaeps, agissant en tant que contrôleur-marqueur, brisa plusieurs chandeliers issus de l’atelier de Charles de Hontoir, son grand rival. L’aloi n’avait pas été respecté, ce que contestait le contrevenant présumé, qui ne manqua pas d’en appeler au prince-évêque pour se plaindre des dérives de son ennemi juré.

 

Jean-François Knaeps, thabor, 1702-1703, 37 x 70 cm, Liège, Grand Séminaire. © IRPA-KIK, Bruxelles.

 

Charles de Hontoir, ostensoir-soleil, 1711, h. 86 cm, Liège, basilique Saint-Martin. © IRPA-KIK, Bruxelles.

 

Évolution des styles


Au XVIIIe siècle, les artisans liégeois se sont particulièrement distingués dans le domaine des arts dits décoratifs. De ce point de vue, l’orfèvrerie s’avère particulièrement précieuse pour mesurer les inflexions stylistiques, les pièces étant pour la plupart datées. C’est ainsi que le classicisme louis-quatorzien conduit au printemps du rococo vers 1720, style qui s’épanouit pleinement entre 1740 et 1760 (avec apparition des fameuses pièces à côtes torses), avant de se modérer et de céder la place au néo-classicisme, beaucoup plus austère, à partir de 1775 environ.

 

 

Barthélemy-Thomas Sauvage, fontaine à trois robinets, 1750-1751, h. 39 cm, Liège, Grand Curtius. © IRPA-KIK, Bruxelles.


 

Découvrez encore plus de "leçons" d'histoire de l'art liégeois par Pierre-Yves Kairis dans son émission "D'art et d'histoire de Liège" sur RCF Liège. 

Pierre-Yves Kairis, RCF Liège
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
D'art et d'histoire de Liège
Pierre-Yves Kairis, RCF Liège
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