[{"data":1,"prerenderedAt":-1},["ShallowReactive",2],{"$4btUnHcLHF":3},{"type":4,"alias":5,"id":6,"author":7,"title":8,"meta_title":8,"og_title":8,"description":9,"meta_description":9,"og_description":9,"changed":10,"changed_time":11,"full_changed_time":12,"created":13,"location":14,"visual":15,"radios":19,"episode":38,"category":68,"body":74},"article","\u002Farticles\u002Fculture\u002Fles-indomptables-touaregs-de-mberra","34160","Jean Marie Hosatte et Jean Marie Portero","Les indomptables Touaregs de M'Berra","\u003Cp>«\u003Cstrong>&nbsp;SEREZ-VOUS LE MOÏSE DU PEUPLE TOUAREG ?&nbsp;\u003C\u002Fstrong>»\u003C\u002Fp>\r\n\r\n\u003Cp>Si la question heurte la modestie de Mohamed Ag Malha, elle ne choque pas ses convictions&nbsp;religieuses. «&nbsp;Notre Islam n’a rien de commun avec l’Islam persécuteur qui nous opprime&nbsp;aujourd’hui. Tous les peuples du Livre, les Juifs et les Chrétiens, sont nos frères. Mais j’espère&nbsp;que notre exode dans cette partie stérile du Sahel sera moins long que celui des Hébreux dans le\u003Cbr \u002F>\r\nSinaï.&nbsp;» A 67 ans, cet ancien professeur de maths et de physique à Tombouctou, Mohamed Ag&nbsp;Malha, a été désigné comme chef de la communauté des réfugiés maliens du camp de M’Berra, dans&nbsp;le sud-est de la Mauritanie, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière malienne.\u003C\u002Fp>\r\n","17 juillet 2023","18:27","2023-07-17T18:27:36+02:00","5 novembre 2021","Mali",{"url":16,"alt":17,"url_carre":18,"alt_carre":18},"https:\u002F\u002Fmedia.rcf.fr\u002Fsites\u002Fdefault\u002Ffiles\u002Fstyles\u002F{style_name}\u002Fpublic\u002F2021-11\u002FFemmes%20travaille%20dans%20le%20de%CC%81sert%20a%CC%80%20Mberra42.jpg.webp","Femme travaille dans le désert à Mberra ©Jean-Marie Hosatte","",[20,31],{"id":21,"name":22,"code":23,"shortname":24,"liveURL":25,"alias":26,"region":27,"channelId":30},"34308","RCF Ardèche","RCF07","Ardèche","\u002F\u002Frcf.streamakaci.com\u002Frcf26.mp3","\u002Fardeche",{"id":28,"name":29},"34178","Auvergne-Rhône-Alpes",null,{"id":32,"name":33,"code":34,"shortname":35,"liveURL":25,"alias":36,"region":37,"channelId":30},"34320","RCF Drôme","RCF26","Drôme","\u002Fdrome",{"id":28,"name":29},{"id":39,"type":40,"title":41,"digas":42,"published":43,"datetime":44,"description":45,"url_linked_article":5,"presenters":46,"visual":48,"show":51,"duration":59,"radios":60,"audio_file":65,"rolls":66},"171220","episode","Les indomptables de M'Berra au Mali","VL-13093","8 février 2025","2025-02-08T00:00:00+01:00","Une histoire qui mêle le Mali la Mauritanie, la liberté et la musique Touareg. Une histoire vraie racontée par le journaliste Jean-Marie hosatte",[47],"Jean-Marie Hosatte",{"alt":49,"url":50,"url_carre":30,"copyright":18},"@Jean Marie Hosatte ","https:\u002F\u002Fmedia.rcf.fr\u002Fsites\u002Fdefault\u002Ffiles\u002Fstyles\u002F{style_name}\u002Fpublic\u002F2021-11\u002Fapprentissage%20du%20fran%C3%A7ais%20%C3%A0%20M%27Berra.JPG.webp",{"id":52,"title":53,"alias":54,"visual":55,"description":58},"32967","Peregrinus","\u002Fculture\u002Fperegrinus",{"url":56,"alt":57,"url_carre":18,"alt_carre":18},"https:\u002F\u002Fassets-prep.radiorcf.com\u002Fstyles\u002F{style_name}\u002Fassets\u002F2024-01\u002FPeregrinus.png.webp","RCF","\u003Cp>Jean-Marie Hosatte est journaliste photographe, il a sillonné de nombreux pays du monde et a rapporté dans son appareil photo des histoires passionnantes qu'il vient partager avec nous dans cette série d'émissions.\u003C\u002Fp>\r\n","1685112",[61,63],{"id":21,"name":22,"code":23,"shortname":24,"liveURL":25,"alias":26,"region":62,"channelId":30},{"id":28,"name":29},{"id":32,"name":33,"code":34,"shortname":35,"liveURL":25,"alias":36,"region":64,"channelId":30},{"id":28,"name":29},"https:\u002F\u002Fpodcast-prep.rcf.fr\u002F2023-07\u002FVL-13093.mp3",{"podcast_not_roll":67},false,{"id":69,"type":70,"name":71,"alias":72,"description":73},"59393","category","Culture","\u002Fculture","\u003Cp>\r\n\u003Cstyle type=\"text\u002Fcss\">\u003C!--td {border: 1px solid #cccccc;}br {mso-data-placement:same-cell;}-->\r\n\u003C\u002Fstyle>\r\nMusique, cinéma, littérature, arts, histoire, : nos programmes consacrés à la culture répondent à un désir, celui de vous donner l'envie de comprendre et d'aimer le monde !\u003C\u002Fp>\r\n",[75],{"id":76,"target_paragraph_type":77,"target_wysiwyg":78},"49066","wysiwyg_paragraph","\u003Cp>Par milliers, ils ont fui Tombouctou et sa région quand les djihadistes ont pris la ville, en avril 2012.&nbsp;Depuis, la cité a été reconquise par l’armée malienne soutenue par les forces françaises mais, entre&nbsp;soixante mille et cent mille réfugiés ont préféré rester du côté mauritanien de la frontière. Mohamed&nbsp;Ag Malha explique le peu d’empressement des déplacés à rentrer chez eux&nbsp;: «&nbsp;Le Président malien&nbsp;a été incapable de m’assurer que les djihadistes ne pourront pas envahir le nord du Mali en&nbsp;quelques jours quand ils le décideront. En choisissant l’exil, nous mettons notre Islam modéré à&nbsp;l’abri d’une religion brutale que prétendent nous imposer nos envahisseurs. »\u003C\u002Fp>\r\n\r\n\u003Cp class=\"text-align-justify\">Sur les huit kilomètres carrés du camp de tentes et de tôles, les familles ne survivent que grâce aux&nbsp;secours alimentaire que leur distribuent l’ONU et les ONG. Mais les rations de riz comme de sucre&nbsp;ne cessent de diminuer. «&nbsp;D’innombrables conflits dans le monde ont provoqué des catastrophes&nbsp;humanitaires auxquelles il faut faire face, se désole Ursula Schulze Aboubacar, représentante de&nbsp;l’Agence des Nations Unies pour les Réfugiés en Mauritanie. Les pays donateurs ne savent plus&nbsp;par où et par qui commencer.&nbsp;»\u003C\u002Fp>\r\n\r\n\u003Cp class=\"text-align-justify\">A M’Berra, pour anticiper la réduction probable de l’aide alimentaire, les réfugiés s’acharnent à&nbsp;transformer en champs et en jardins quelques parcelles arrachées au désert qui menace sans cesse&nbsp;d’engloutir le camp. C’est un travail épuisant auquel se consacrent les femmes. Leur obstination à&nbsp;faire fleurir le désert malgré le vent de sable qui anéantit le fruit de leurs efforts est à la mesure de&nbsp;leur terreur d’avoir à retourner au Mali. Chacune de ces femmes, traçant des sillons dans le sable a&nbsp;ses propres souvenirs d’injustices et d’outrages infligés.\u003C\u002Fp>\r\n\r\n\u003Cp class=\"text-align-justify\">A M’Bera, les femmes ne se couvrent le visage que pour se protéger du vent cruel du désert. Et,&nbsp;malgré la disette et les travaux exténuants dans les champs et aux points d’eau elles ont le sentiment&nbsp;d’être plus libres qu’elles ne pourront jamais plus l’être là où les djihadistes sont devenus les&nbsp;maîtres. La menace islamiste grossit pourtant à moins d’une heure de piste de M’Bera. Le camp est&nbsp;protégé des enlèvements et des raids par des unités de l’armée et de la gendarmerie mauritaniennes&nbsp;qu’il est formellement interdit de photographier. Les troupes de Nouakchott ont déjà repoussé&nbsp;plusieurs attaques d’AQMI sur le camp et la ville voisine de Bassikounou. Mais, selon Cheikh Ag&nbsp;Mohamed, les terroristes ne font que jouer au chat et à la souris avec les réfugiés. Personne, dans le&nbsp;camp, n’est plus directement menacé par les djihadistes que ce jeune homme de vingt ans. Cheikh&nbsp;Ag Mohamed a participé au film Timbuktu, réalisé par Abderrhamane Sissako. Il y incarne un\u003Cbr \u002F>\r\nchauffeur, combattant djihadiste, sincère, qui ne cesse de pointer l’hypocrisie de son chef, un bon à&nbsp;rien, injuste et impudique. Pour sa participation au chef d’œuvre de Sissako, Cheikh Ag Mohamed&nbsp;n’a été payé que quelques centaines d’euros. Mais les terroristes d’AQMI sont convaincus que le&nbsp;jeune acteur a reçu un cachet énorme pour son rôle dans un film qui a reçu la Palme d’Or à Cannes&nbsp;et un Oscar à Hollywood. Les djihadistes exigent leur part du supposé gâteau en promettant la mort&nbsp;à Cheikh Ag Mohamed. Le jeune homme exprime son désespoir sous un abri de chiffons accrochés&nbsp;à quatre perches plantées dans le sable brûlant du camp. «&nbsp;Je n’ai rien. Je n’ai pas de famille.\u003C\u002Fp>\r\n\r\n\u003Cp class=\"text-align-justify\">La&nbsp;terre entière connaît mon visage, ma voix, mais personne ne se demande ce que je suis devenu.&nbsp;Mon seul espoir de m’en sortir est de tenter de passer en Europe en traversant le Sahara et la&nbsp;mer. Mais je sais que dès que j’aurai mis un pied en dehors des limites du camp je serai enlevé,&nbsp;torturé et égorgé.&nbsp;» Deux autres acteurs de&nbsp;Timbuktu&nbsp;, Layla Walet Mohamed (Toya, la fille du&nbsp;héros) et Mehdi Ag Mohamed el Hadj (Issan, le jeune berger) vivent aussi à M’Bera. Ces deux&nbsp;jeunes adolescents sont protégés par l’ensemble des familles du camp. On s’inquiète&nbsp;particulièrement pour Layla qui, parce qu’elle est une jeune fille, subirait un sort plus effroyable&nbsp;que la mort si elle était capturée par les trafiquants qui font le commerce d’esclaves sexuelles avec\u003Cbr \u002F>\r\nle Qatar et l’Arabie saoudite.&nbsp;Isolée au milieu du désert, la population de M’Bera a appris le succès de Timbuktu et la fureur des&nbsp;Islamistes par l’intermédiaire des prêcheurs salafistes qui arrivent chaque jour en se mêlant au flot&nbsp;des réfugiés. La population du camp manifeste sa méfiance à l’égard de ces prédicateurs qui&nbsp;infiltrent M’Bera pour prôner un Islam violent et rigoriste, en tous points contraire à la religion que&nbsp;suivent les réfugiés. Mais la «&nbsp;dawa&nbsp;», l’invitation à la soumission que diffusent les Salafistes, se&nbsp;heurte à la passion des réfugiés pour la musique Touareg. Partout dans le camp, filles et garçons se&nbsp;retrouvent quand des groupes composent et répètent des morceaux qui exaltent la résistance et la&nbsp;liberté. Ahmed Issa, est le musicien le plus célèbre de M’Bera. Ce guitariste virtuose a joué sur les&nbsp;scènes de toutes les capitales européennes. Les Etats - Unis lui ont accordé un visa de cinq ans pour&nbsp;qu’il continue à se produire avec les meilleurs guitaristes anglo-saxons dont Eric Clapton. Mais,&nbsp;malgré les messages chargés de menaces en provenance de l’extérieur du camp, Ahmed Issa refuse&nbsp;de profiter de cette aubaine car&nbsp;: «&nbsp;Partir, c’est déserter.&nbsp;» affirme ce musicien au profil de sabre,\u003Cbr \u002F>\r\nChaque soir ou presque, au crépuscule, Ahmed Issa chante l’amour, la beauté des femmes, l’exil et\u003Cbr \u002F>\r\nl’espoir du retour.\u003C\u002Fp>\r\n\r\n\u003Cp class=\"text-align-justify\">Comme un blues du désert.\u003C\u002Fp>\r\n\r\n\u003Cp>&nbsp;\u003C\u002Fp>\r\n\u003Cimg alt=\"Apprentissage du Français à M'Berra ©Jean Marie Hosatte\" data-align=\"center\" data-caption=\"&lt;em&gt;Apprentissage du Français à M'Berra ©Jean Marie Hosatte&lt;\u002Fem&gt;\" data-entity-type=\"file\" data-entity-uuid=\"60622e95-0919-442c-b76e-5e910d98365e\" src=\"https:\u002F\u002Fmedia.rcf.fr\u002Fsites\u002Fdefault\u002Ffiles\u002Finline-images\u002Fapprentissage%20du%20fran%C3%A7ais%20%C3%A0%20M%27Berra.JPG\" \u002F>\r\n\u003Cp>&nbsp;\u003C\u002Fp>\r\n\r\n\u003Cp class=\"is-flex is-justify-content-center is-align-items-center\">Au commencement était Assouf.\u003Cbr \u002F>\r\nAu commencement était cette nostalgie plantée dans l’âme de chaque Touareg.\u003Cbr \u002F>\r\nAu commencement vibrait la rage des familles chassées de&nbsp;leurs territoires par les guerres successives avec le Mali. La&nbsp;première s’enflamma en 1963. Des accords de paix ne furent&nbsp;signés que trente ans plus à Bamako.\u003Cbr \u002F>\r\nAprès les batailles, vinrent deux terribles sécheresses qui&nbsp;poussèrent encore plus d’hommes vers l’Algérie et la Libye, portés par l’espoir vain d’y trouver de quoi vivre dignement.\u003C\u002Fp>\r\n\r\n\u003Cp class=\"is-flex is-justify-content-center is-align-items-center\">\u003Cbr \u002F>\r\nAu commencement était le désespoir de ces « Ishumar », une&nbsp;altération berbère du mot français, « chômeur ».\u003Cbr \u002F>\r\nDans les années 80, Tamanrasset, aux confins du désert&nbsp;algérien devient la capitale de cette nation dispersée. Les&nbsp;hommes errent à la recherche d’un emploi, les enfants&nbsp;mendient, les femmes s’épuisent comme domestiques. A&nbsp;Tamanrasset, pétrifiée – déjà - de morale islamique et d’ennui,&nbsp;des doigts malhabiles arrachent les premiers accords du rock&nbsp;saharien à des cordes tendues sur des bidons vides. Les&nbsp;chanteurs Ishumar célèbrent la guerre. Ils appellent à la&nbsp;vengeance, à la lutte jusqu’à la création d’un pays touareg&nbsp;indépendant au Sahara.\u003Cbr \u002F>\r\nLeurs premières chansons, copiées sur des cassettes que l’on&nbsp;s’échange sur les pistes, voyagent vite. A Tripoli, le Colonel&nbsp;Muhammar Khadafi les entend. Il arme aussitôt des bataillons&nbsp;touaregs qu’ils lancent contre les armées du Mali et du Niger.&nbsp;Ibrahim Ag Alhabib, fut l’un de ces soldats. Né en 1963, il est&nbsp;marqué par la mort de son père, exécuté par les Maliens. Dans&nbsp;une caserne du désert libyen, il rassemble quelques musiciens\u003Cbr \u002F>\r\nautour de lui et crée le groupe Tinariwen – « le désert »- dont l’&nbsp;une des toutes premières chansons parle de ce :\u003Cbr \u002F>\r\nFeu qui brule depuis trop longtemps dans notre sommeil&nbsp;perdu \u002F Pour tous les animaux brûlés et tous les vieux tués \u002F&nbsp;Aux portes de Kidal Il faut se rassembler \u002F Et se battre \u002F Si forts&nbsp;que vous soyez \u002F Vous brulerez dans votre feu.\u003Cbr \u002F>\r\nLa paix, enfin. Les Touaregs ont bâillonné leur rêve&nbsp;d’indépendance. Les musiciens, soldats de Kadhafi, doivent\u003Cbr \u002F>\r\ns’affranchir de leur protecteur libyen. Au fil des années de&nbsp;guerre, sur le front ils ont inventé « le Rock du désert », un&nbsp;mélange hypnotique, addictif de musique moderne arabe et&nbsp;traditionnelle touarègue, lié par la sensualité du blues noir&nbsp;américain et les intuitions les plus géniales des guitaristes de&nbsp;rock blanc. La musique des Ishumar est à l’image du désert,&nbsp;elle ne connaît pas les frontières. Les barrières ne sont érigées&nbsp;que pour être contournées.\u003Cbr \u002F>\r\nAussitôt les accords de paix signés en 92, à Bamako, en 1995,&nbsp;à Niamey, Tinariwen enregistre ses premiers tubes à Abidjan.&nbsp;Alors le désert, de l’Atlantique à la Mer Rouge, jusqu’aux&nbsp;vallées incandescentes du Ténéré se met à vibrer. Les rockers&nbsp;sahariens chantent désormais la fraternité et l’espoir, l’errance.\u003Cbr \u002F>\r\nDes femmes mêlent leurs voix à celles des hommes pour&nbsp;chanter l’amour et le désir. Elles montent sur scènes, dévoilées&nbsp;et fières. Les rockers sahariens proclament ainsi leur&nbsp;attachement à l’Asshak, ce code éthique immémorial qui&nbsp;garantit les libertés fondamentales des femmes touarègues.&nbsp;Sous peine de bannissement, aucun homme ne peut contester&nbsp;à une femme du désert son droit à d’avoir de sa propre&nbsp;identité, de s’exprimer sans crainte, de disposer de son corps&nbsp;et de ne subir aucun sévice corporel. La filiation se transmet&nbsp;par la mère. Les femmes ont le droit de divorcer et nul ne peut&nbsp;leur reprocher de s’être séparées de leur époux. L’Asshak&nbsp;impose à l’homme de maitriser son avantage physique. Celui&nbsp;qui maltraite une femme perd son honneur et ses droits au sein&nbsp;de la nation touarègue.&nbsp;Les femmes touarègues rient du voile islamique, cette\u003Cbr \u002F>\r\nbizarrerie que des étrangers au désert veulent en vain leur&nbsp;imposer depuis des siècles. En 1356, l’explorateur musulman&nbsp;Ibn Battuta s’étonnait déjà de « l’effronterie » des femmes au&nbsp;sein de la nation touarègue : « La condition de cette&nbsp;population est chose curieuse et leur genre de vie étrange.&nbsp;\u003C\u002Fp>\r\n\r\n\u003Cp class=\"is-flex is-justify-content-center is-align-items-center\">Ainsi, les hommes n’ont aucune jalousie. Aucun d’eux ne&nbsp;rattache sa généalogie à son père, mais à son oncle&nbsp;maternel. N’héritent que les fils de la soeur… Cela, je ne l’ai&nbsp;vu dans le monde que chez les païens. Mais eux, sont&nbsp;Musulmans. Quant à leurs femmes, elles n’ont aucune&nbsp;pudeur ; devant les hommes, elles ne se voilent point. »&nbsp;Mais au moment même où Tinariwen, et tous les autres&nbsp;groupes de rock saharien, proclament la liberté de la femme&nbsp;touarègue, d’autres voix se mettent à psalmodier les vieilles&nbsp;malédictions contre le sexe « faible et impur » qui ne peut&nbsp;apporter que le déshonneur si on ne le contraint pas.&nbsp;En 1996, des prédicateurs pakistanais arrivent au coeur du&nbsp;Sahara prêcher la Dawa, « l’invitation » à pratiquer un Islam&nbsp;rigoriste. Ils appellent les Musulmans à renoncer à leurs « vies&nbsp;d’avant ». Les femmes sont désignées comme des créatures&nbsp;diaboliques qui ont reçu du démon le pouvoir de détourner les&nbsp;hommes du droit chemin par le regard et la voix. On les incite&nbsp;à ne se montrer qu’entièrement couvertes. Chanter leur est&nbsp;interdit. Iyad ad Ghali, un chef touareg décide de rejetter&nbsp;l’Asshak pour s’allier aux djihadistes. Il fonde Ansar Dine, un&nbsp;groupe salafiste armé qui veut imposer la Charia au Mali. Par&nbsp;la menace et l’intimidation, Iyad ad Ghali soumet des centaines&nbsp;d’écoles coraniques à l’influence de ses djihadistes. L’Islam&nbsp;malékite, tolérant, apaisé, pratiqué par les Touaregs est&nbsp;dénoncé comme une hérésie.\u003Cbr \u002F>\r\nEn 2012, les djihadistes se sentent assez puissants pour lancer&nbsp;une offensive contre le gouvernement malien. Il ne leur faut&nbsp;que quelques semaines pour conquérir tout le nord du pays.&nbsp;L’armée de Bamako est mise en déroute par les guérilleros qui&nbsp;prennent Tombouctou. Pendant dix mois, les djihadistes vont&nbsp;occuper la ville mythique. La charia est imposée à la&nbsp;population. La consommation d’alcool, la fornication et la&nbsp;musique sont mises au sommet de la liste des péchés méritant&nbsp;les pires châtiments. On menace les obstinés du fouet. On\u003Cbr \u002F>\r\npromet aux chanteuses qu’on leur coupera la langue. Les&nbsp;instruments sont détruits en place publique. Radios et les télévisions doivent rester muettes. En quelques heures, la&nbsp;population occupée est brutalement mise à l’écart de la culture&nbsp;malienne où la musique joue un rôle essentiel depuis le règne&nbsp;du roi Sondiata Keïta, au 13ème siècle de notre ère.\u003Cbr \u002F>\r\nCe viol culturel est aussi mal supporté que l’instauration de la&nbsp;polygamie ou le saccage des mausolées de Tombouctou. En&nbsp;quelques mois, deux tiers de la population fuient le nord du&nbsp;Mali occupé par le Islamistes, sans espoir de retour.&nbsp;Depuis cinq ans maintenant, le camps de M’Berra se&nbsp;boursoufle comme une brûlure en territoire mauritanien à&nbsp;quelques kilomètres seulement de la frontière avec le Mali. La&nbsp;population réfugiée varie de 50 000 à 100 000 personnes. Et&nbsp;chaque jour de nouvelles familles arrivent. Pourtant, le péril&nbsp;islamiste a été conjuré par la contre-offensive malienne&nbsp;appuyée par l’Armée Française.\u003C\u002Fp>\r\n\r\n\u003Cp class=\"is-flex is-justify-content-center is-align-items-center\">Mais les exilés de M’Berra ne&nbsp;croient à la défaite des djihadistes. Les hommes qui fuient le&nbsp;camp prennent la route du Niger et de la Lybie d’où ils tentent&nbsp;la périlleuse traversée vers l’Europe. Les femmes restent à\u003Cbr \u002F>\r\nM’Berra parce qu’elles savent que si le nord du Mali a été&nbsp; officiellement&nbsp; débarrassé des Islamistes ceux-ci ont laissé&nbsp;derrière eux une atmosphère de bigoterie irrespirable pour&nbsp;celles qui restent jalouses de leurs droits et de leurs libertés.\u003Cbr \u002F>\r\nDans la désolation de M’Berra, nul ne songerait à empêcher&nbsp;les femmes touarègues de se réunir pour chanter ensemble&nbsp;aux heures les plus chaudes du jour ou les plus angoissantes&nbsp;de la nuit quand l’ennemi vient roder tout près des limites du&nbsp;camp. Elles chantent pour passer le temps. Elles chantent pour&nbsp;parler d’amour, des âmes qui s’attirent et des corps qui&nbsp;s’étreignent. Elles chantent pour exorciser Kel Essouf, ces&nbsp;mauvais génies, progéniture malfaisante du vide, de la solitude&nbsp;qui ensauvagent leurs possédés. Elles se bercent de leurs\u003Cbr \u002F>\r\npropres voix, espérant que leurs mélopées rebondissant sur la&nbsp;peau tendue d’un tambour les protègeront de tant de menaces&nbsp;qu’elles n’ont pas d’autre choix, que de les affronter, sans plier.\u003C\u002Fp>\r\n\u003Cimg alt=\"Femme  libre du désert ©Jean-Marie Hosatte\" data-align=\"left\" data-caption=\"&lt;em&gt;Femme &amp;nbsp;libre du désert ©Jean-Marie Hosatte&lt;\u002Fem&gt;\" data-entity-type=\"file\" data-entity-uuid=\"31f0b988-d700-4ebb-9c87-80b4e6ce476e\" src=\"https:\u002F\u002Fmedia.rcf.fr\u002Fsites\u002Fdefault\u002Ffiles\u002Finline-images\u002FFemmes%20libres%20du%20de%CC%81sert%2011.jpg\" \u002F>\r\n\u003Cp class=\"is-flex is-justify-content-center is-align-items-center text-align-justify\">\u003Cbr \u002F>\r\nLes chants, rythmés par le feulement du Tindi tiennent la&nbsp;chronique du désert. A travers leurs improvisations, les femmes&nbsp;réunies font et défont les réputations. Elles se transmettent des&nbsp;nouvelles des exilés. Elles préservent le souvenir de ceux que&nbsp;l’on ne reverra peut être jamais mais que l’on n’a pas le droit&nbsp;d’oublier. Dans l’immensité incandescente de M’Berra la houle&nbsp;des chants de femmes vient se briser sur la musique électrique,&nbsp;âpre des hommes. Le succès des groupes de Rock Saharien fait&nbsp;espérer à chacun que sa virtuosité, son talent, son originalité lui&nbsp;ouvriront les portes du camp sur l’immensité du monde. Sous&nbsp;chaque cahute de branchages et haillons, sous chaque tente,&nbsp;des hommes répètent les morceaux qu’ils ont composés. A&nbsp;l’école du camp, les instituteurs et institutrices apprennent aux&nbsp;enfants réfugiés à parler et à écrire « le meilleur des français. »\u003Cbr \u002F>\r\npour qu’à leur tour ils deviennent aussi habiles à jongler avec&nbsp;les mots que les rappeurs du camp devenus célèbres, à&nbsp;Bamako et à Paris.\u003C\u002Fp>\r\n\r\n\u003Cp class=\"is-flex is-justify-content-center is-align-items-center\">\u003Cbr \u002F>\r\nEn Europe, aux Etats-Unis, les morceaux de Tinariwen,&nbsp;Terakraft, Bombino, Tamikrest comptent parmi les meilleures&nbsp;ventes. Les clips de ces groupes sont vus des centaines de&nbsp;millions de fois sur les réseaux sociaux. Ainsi, se confirme&nbsp;l’intuition de Moussa Ag Abdoulahi, l’un des fondateurs de&nbsp;Tinariwen qui fut, lui aussi, un soldat du Colonel Khadafi : «&nbsp;J’ai compris plus tard que j’étais plus utile à mon peuple en&nbsp;passant des messages dans la musique. Cela fait très&nbsp;longtemps que Tinariwen chante les problèmes qui ont\u003Cbr \u002F>\r\nconduit à cette situation très grave dans le Nord du Mali. »\u003C\u002Fp>\r\n\r\n\u003Cp class=\"is-flex is-justify-content-center is-align-items-center\">\u003Cbr \u002F>\r\nDe vastes zones du Sahara ont été abandonnées aux chefs de&nbsp;guerre, aux pillards et aux trafiquants. Ethnologues,&nbsp;anthropologues, artistes et aventuriers ont déserté ces&nbsp;latitudes incandescentes. Un tiers de l’Afrique aurait tout&nbsp;simplement été escamoté si ne continuaient à nous parvenir les&nbsp;pulsations du Rock saharien, assez puissantes pour faire&nbsp;tanguer de plaisir des millions d’hommes et de femmes sur&nbsp;tous les continents.\u003C\u002Fp>\r\n"]