[{"data":1,"prerenderedAt":-1},["ShallowReactive",2],{"$4btUnHcLHF":3},{"type":4,"alias":5,"id":6,"author":7,"title":8,"meta_title":8,"og_title":8,"description":9,"meta_description":9,"og_description":9,"changed":10,"changed_time":11,"full_changed_time":12,"created":10,"visual":13,"radios":15,"category":27,"body":33},"article","\u002Farticles\u002Factualite\u002Fgaudete-et-exsultate-le-bonheur-est-dans-la-saintete","17849","Odile Riffaud","\"Gaudete et exsultate\", le bonheur est dans la sainteté","Dans son exhortation apostolique \"Gaudete et exsultate\" sur la sainteté, le pape François rappelle que \"le vrai bonheur\" est à la fois le déroulé et l'objectif de toute vie chrétienne.","9 avril 2018","23:59","2018-04-09T23:59:52+02:00",{"url":14,"alt":14,"url_carre":14,"alt_carre":14},"",[16],{"id":17,"name":18,"code":19,"shortname":20,"liveURL":21,"alias":22,"region":23,"channelId":26},"9","RCF","RCFNational","National","\u002F\u002Frcf.streamakaci.com\u002Frcfdigital.mp3",null,{"id":24,"name":25},"33500","France","UCNce7rDfA-1fKpO-r1Rf-Dw",{"id":28,"type":29,"name":30,"alias":31,"description":32},"1","category","Actualité","\u002Factualite","\u003Cp>\r\n\u003Cstyle type=\"text\u002Fcss\">\u003C!--td {border: 1px solid #cccccc;}br {mso-data-placement:same-cell;}-->\r\n\u003C\u002Fstyle>\r\n\u003Cstyle type=\"text\u002Fcss\">\u003C!--td {border: 1px solid #cccccc;}br {mso-data-placement:same-cell;}-->\r\n\u003C\u002Fstyle>\r\nConsultez en temps réel toute l'actualité : locale, nationale et internationale, avec la juste distance et un regard tourné vers l'espérance\u003C\u002Fp>\r\n",[34],{"id":35,"target_paragraph_type":36,"target_wysiwyg":37},"31797","wysiwyg_paragraph","\u003Cp>\u003Cstrong>Le 09.04.2018 |\u003C\u002Fstrong>&nbsp;Dat&eacute; du 19 mars 2018, le texte de l'exhortation apostolique \"Gaudete et exsultate - Sur l'appel &agrave; la saintet&eacute; dans le monde actuel\" a &eacute;t&eacute; rendu public ce lundi 9 avril. Un titre tir&eacute; de l'&Eacute;vangile de saint Matthieu, \"Soyez dans la joie et l&rsquo;all&eacute;gresse\" (Mt&nbsp;5, 12). Ce texte explique que le bonheur - \"le vrai bonheur\" - est &agrave; la fois le d&eacute;roul&eacute; et l'objectif de toute vie chr&eacute;tienne. \"\u003Cem>Le mot &ldquo;heureux&rdquo; ou &ldquo;bienheureux&rdquo;, devient synonyme de &ldquo;saint&rdquo;, parce qu&rsquo;il exprime le fait que la personne qui est fid&egrave;le &agrave; Dieu et qui vit sa Parole atteint, dans le don de soi, le vrai bonheur.\u003C\u002Fem>\" (par. 64)\u003Cp>&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Cdiv class=\"rtecenter\">\u003Ca class=\"link-content-download\" href=\"http:\u002F\u002Fw2.vatican.va\u002Fcontent\u002Ffrancesco\u002Ffr\u002Fapost_exhortations\u002Fdocuments\u002Fpapa-francesco_esortazione-ap_20180319_gaudete-et-exsultate.pdf\" target=\"_blank\">T&Eacute;L&Eacute;CHARGER &acirc;&#150;&ordm; Le texte int&eacute;gral de l'encyclique&nbsp;\"Gaudete et exsultate\"\u003C\u002Fa>\u003C\u002Fdiv>\u003Cp>&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Ch2>qu'est-ce qu'une exhortation apostolique ?\u003C\u002Fh2>\u003Cp>\u003Cstrong>Dans la tradition de l'&Eacute;glise catholique, une exhortation apostolique est un texte du pape qui s'adresse aux fid&egrave;les \u003C\u002Fstrong>pour les inciter &agrave; agir dans une direction donn&eacute;e ou &agrave; discerner sur un point pr&eacute;cis.&nbsp;Ici le pape Fran&ccedil;ois &eacute;voque la saintet&eacute;, comme un appel &agrave; agir et &agrave; discerner. \"\u003Cem>Il nous faut un esprit de saintet&eacute; qui impr&egrave;gne aussi bien la solitude que le service, aussi bien l&rsquo;intimit&eacute; que l&rsquo;&oelig;uvre d&rsquo;&eacute;vang&eacute;lisation.\u003C\u002Fem>\" (par. 31)\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>\"Il ne faut pas s&rsquo;attendre, ici, &agrave; un trait&eacute; sur la saintet&eacute;\", pr&eacute;cise le pape Fran&ccedil;ois en pr&eacute;ambule. \u003C\u002Fstrong>\"\u003Cem>Mon humble objectif, c&rsquo;est de faire r&eacute;sonner une fois de plus l&rsquo;appel &agrave; la saintet&eacute;, en essayant de l&rsquo;ins&eacute;rer dans le contexte actuel.\u003C\u002Fem>\" Le pape commence par d&eacute;finir ce qu'est l'appel &agrave; la saintet&eacute; pour l'&Eacute;glise.&nbsp;\u003Cbr>\n&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Ch2>La saintet&eacute; au XXI&egrave; si&egrave;cle\u003C\u002Fh2>\u003Cp>\u003Cstrong>Si elle &eacute;voque souvent pour les chr&eacute;tiens un objectif inaccessible\u003C\u002Fstrong>, \"\u003Cem>il y a des t&eacute;moins qui sont utiles pour nous encourager et pour nous motiver, mais non pour que nous les copiions\u003C\u002Fem>\". Ainsi, les saints sont l&agrave; pour nous dire qu'une vie nourrie de l'&Eacute;vangile est possible. Le pape rappelle aussi que si la saintet&eacute; s'adresse &agrave; tous elle est d'abord le fruit d'une intimit&eacute; avec Dieu. \"\u003Cem>Le saint est une personne dot&eacute;e d&rsquo;un esprit de pri&egrave;re, qui a besoin de communiquer avec Dieu\u003C\u002Fem>.\"\u003Cbr>\n&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Ch2>La place&nbsp;Du surnaturel dans nos vies\u003C\u002Fh2>\u003Cp>\u003Cstrong>Le pape d&eacute;nonce \"le gnosticisme\" et \"le p&eacute;lagianisme\",\u003C\u002Fstrong> c'est-&agrave;-dire (de fa&ccedil;on r&eacute;sum&eacute;e) l'envie de ne s'en remettre qu'&agrave; sa propre intelligence ou qu'&agrave; sa propre volont&eacute;, comme \"deux h&eacute;r&eacute;sies\" apparues dans les premiers temps du christianisme, mais \"d'une pr&eacute;occupante actualit&eacute;\".\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>Avec le style direct qu'on lui conna&icirc;t, il parle de \"la tentation de transformer l&rsquo;exp&eacute;rience chr&eacute;tienne en un ensemble d&rsquo;&eacute;lucubrations mentales\"\u003C\u002Fstrong> (par. 46) ou de \"la vie de l&rsquo;&Eacute;glise\" qui \"se transforme en pi&egrave;ce de mus&eacute;e ou devient la propri&eacute;t&eacute; d&rsquo;un petit nombre... quand certains groupes chr&eacute;tiens accordent une importance excessive &agrave; l&rsquo;accomplissement de normes, de coutumes ou de styles d&eacute;termin&eacute;s\" (par. 58). Ce &agrave; quoi il oppose l'importance de consid&eacute;rer sa foi et m&ecirc;me sa propre vie comme \"un don surnaturel\" (par. 170).\u003Cbr>\n&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Ch2>Les B&eacute;atitudes, un guide de saintet&eacute; \"&agrave; contre-courant\"\u003C\u002Fh2>\u003Cp>\u003Cstrong>Le pape Fran&ccedil;ois consacre un large passage de son encyclique aux b&eacute;atitudes\u003C\u002Fstrong>, ce passage de l'&Eacute;vangile de Matthieu aussi appel&eacute; Sermon sur la montagne. Service du fr&egrave;re, gratuit&eacute;, esprit de pauvret&eacute;... En commentant un &agrave; un huit versets, il montre comment les b&eacute;atitudes, v&eacute;ritable guide de saintet&eacute;, sont \"&agrave; contre-courant\" du monde dans lequel on vit.\u003Cbr>\n&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Cdiv>\u003Cstrong>En puisant dans les &Eacute;critures ou les textes des saints, mais aussi dans le quotidien de nos vies, le pape Fran&ccedil;ois se fait accompagnateur spirituel.&nbsp;\u003C\u002Fstrong>Il encourage chacun &agrave; trouver \"une force int&eacute;rieure\" (par. 116) et aussi \"une assurance int&eacute;rieure, une s&eacute;r&eacute;nit&eacute; remplie d&rsquo;esp&eacute;rance qui donne une satisfaction spirituelle incompr&eacute;hensible selon les crit&egrave;res du monde\" (par. 125). Insistant sur le service du fr&egrave;re, il nous pr&eacute;vient : \"Pour les chr&eacute;tiens, cela implique une saine et permanente insatisfaction\" (par. 99). Invitant chacun au discernement, et m&ecirc;me au combat spirituel, il rappelle aussi avec d&eacute;licatesse l'importance &agrave; accorder aux \"petits d&eacute;tails de l'amour\".\u003C\u002Fdiv>\u003Cp>&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Cdiv class=\"rtecenter\">\n\t\u003Ciframe allowfullscreen=\"true\" allowtransparency=\"true\" frameborder=\"0\" height=\"315\" scrolling=\"no\" src=\"https:\u002F\u002Fwww.facebook.com\u002Fplugins\u002Fvideo.php?href=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2Fvaticannews.fr%2Fvideos%2F1757918164274319%2F&amp;show_text=0&amp;width=560\" style=\"border:none;overflow:hidden\" width=\"560\">\u003C\u002Fiframe>\u003C\u002Fdiv>\u003Cp>&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Chr>\u003Cdiv>TEXTE INT&Eacute;GRAL\u003C\u002Fdiv>\u003Cdiv class=\"rtecenter\">\n\tEXHORTATION APOSTOLIQUE\n\u003Cp>\tGAUDETE ET EXSULTATE\u003C\u002Fp>\n\u003Cp>\tDU SAINT-P&Egrave;RE&nbsp;FRAN&Ccedil;OIS\u003C\u002Fp>\n\u003Cp>\tSUR L&rsquo;APPEL &Agrave; LA SAINTET&Eacute;&nbsp;DANS LE MONDE ACTUEL\u003C\u002Fp>\u003C\u002Fdiv>\u003Cp>&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>1. &laquo; Soyez dans la joie et l&rsquo;all&eacute;gresse &raquo; (Mt&nbsp;5, 12),\u003C\u002Fstrong> dit J&eacute;sus &agrave; ceux qui sont pers&eacute;cut&eacute;s ou humili&eacute;s &agrave; cause de lui. Le Seigneur demande tout ; et ce qu&rsquo;il offre est la vraie vie, le bonheur pour lequel nous avons &eacute;t&eacute; cr&eacute;&eacute;s. Il veut que nous soyons saints et il n&rsquo;attend pas de nous que nous nous contentions d&rsquo;une existence m&eacute;diocre, &eacute;dulcor&eacute;e, sans consistance. En r&eacute;alit&eacute;, d&egrave;s les premi&egrave;res pages de la Bible, il y a, sous diverses formes, l&rsquo;appel &agrave; la saintet&eacute;. Voici comment le Seigneur le proposait &agrave; Abraham : &laquo; Marche en ma pr&eacute;sence et sois parfait &raquo; (Gn&nbsp;17, 1).\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>2. Il ne faut pas s&rsquo;attendre, ici, &agrave; un trait&eacute; sur la saintet&eacute;, \u003C\u002Fstrong>avec de nombreuses d&eacute;finitions et distinctions qui pourraient enrichir cet important th&egrave;me, ou avec des analyses qu&rsquo;on pourrait faire concernant les moyens de sanctification. Mon humble objectif, c&rsquo;est de faire r&eacute;sonner une fois de plus l&rsquo;appel &agrave; la saintet&eacute;, en essayant de l&rsquo;ins&eacute;rer dans le contexte actuel, avec ses risques, ses d&eacute;fis et ses opportunit&eacute;s. En effet, le Seigneur a &eacute;lu chacun d&rsquo;entre nous pour que nous soyons &laquo; saints et immacul&eacute;s en sa pr&eacute;sence, dans l&rsquo;amour &raquo; (Ep&nbsp;1, 4).\u003Cbr>\n&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Ch2>Premier chapitre -&nbsp;L&rsquo;APPEL &Agrave; LA SAINTET&Eacute;\u003C\u002Fh2>\u003Cp>\u003Cstrong>Les saints qui nous encouragent et nous accompagnent\u003C\u002Fstrong>\u003Cbr>\n3. Dans la Lettre aux H&eacute;breux, sont mentionn&eacute;s divers t&eacute;moignages qui nous encouragent &agrave; &laquo; courir avec constance l&rsquo;&eacute;preuve qui nous est propos&eacute;e &raquo; (12, 1). On y parle d&rsquo;Abraham, de Sara, de Mo&iuml;se, de G&eacute;d&eacute;on et de plusieurs autres (cf. 11, 1-12, 3) et surtout on nous invite &agrave; reconna&icirc;tre que nous sommes envelopp&eacute;s &laquo; d&rsquo;une si grande nu&eacute;e de t&eacute;moins &raquo; (12, 1) qui nous encouragent &agrave; ne pas nous arr&ecirc;ter en chemin, qui nous incitent &agrave; continuer de marcher vers le but. Et parmi eux, il peut y avoir notre propre m&egrave;re, une grand-m&egrave;re ou d&rsquo;autres personnes proches (cf.&nbsp;2 Tm&nbsp;1, 5). Peut-&ecirc;tre leur vie n&rsquo;a-t-elle pas toujours &eacute;t&eacute; parfaite, mais, malgr&eacute; des imperfections et des chutes, ils sont all&eacute;s de l&rsquo;avant et ils ont plu au Seigneur.\u003C\u002Fp>\u003Cp>4. Les saints qui sont d&eacute;j&agrave; parvenus en la pr&eacute;sence de Dieu gardent avec nous des liens d&rsquo;amour et de communion. Le Livre de l&rsquo;Apocalypse en t&eacute;moigne quand il parle des martyrs qui interc&egrave;dent : &laquo; Je vis sous l&rsquo;autel les &acirc;mes de ceux qui furent &eacute;gorg&eacute;s pour la Parole de Dieu et le t&eacute;moignage qu'ils avaient rendu. Ils cri&egrave;rent d&rsquo;une voix puissante : &lsquo;&lsquo;Jusques &agrave; quand, Ma&icirc;tre saint et vrai, tarderas-tu &agrave; faire Justice ?&rsquo;&rsquo; &raquo; (6, 9-10). Nous pouvons dire que &laquo; nous nous savions entour&eacute;s, conduits et guid&eacute;s par les amis de Dieu [&hellip;] Je ne dois pas porter seul ce que, en r&eacute;alit&eacute;, je ne pourrais jamais porter seul. La troupe des saints de Dieu me prot&egrave;ge, me soutient et me porte &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>5. Lors des proc&egrave;s de b&eacute;atification et de canonisation, on prend en compte les signes d&rsquo;h&eacute;ro&iuml;cit&eacute; dans l&rsquo;exercice des vertus, le don de la vie chez le martyr et &eacute;galement les cas du don de sa propre vie en faveur des autres, y compris jusqu&rsquo;&agrave; la mort. Ce don exprime une imitation exemplaire du Christ et est digne d&rsquo;admiration de la part des fid&egrave;les. Souvenons-nous, par exemple, de la bienheureuse Maria Gabriela Sagheddu qui a offert sa vie pour l&rsquo;union des chr&eacute;tiens.\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>Les saints de la porte d&rsquo;&agrave; c&ocirc;t&eacute;\u003C\u002Fstrong>\u003Cbr>\n6. Ne pensons pas uniquement &agrave; ceux qui sont d&eacute;j&agrave; b&eacute;atifi&eacute;s ou canonis&eacute;s. L&rsquo;Esprit Saint r&eacute;pand la saintet&eacute; partout, dans le saint peuple fid&egrave;le de Dieu, car &laquo; le bon vouloir de Dieu a &eacute;t&eacute; que les hommes ne re&ccedil;oivent pas la sanctification et le salut s&eacute;par&eacute;ment, hors de tout lien mutuel ; il a voulu en faire un peuple qui le conna&icirc;trait selon la v&eacute;rit&eacute; et le servirait dans la saintet&eacute; &raquo;. Le Seigneur, dans l&rsquo;histoire du salut, a sauv&eacute; un peuple. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;identit&eacute; pleine sans l&rsquo;appartenance &agrave; un peuple. C&rsquo;est pourquoi personne n&rsquo;est sauv&eacute; seul, en tant qu&rsquo;individu isol&eacute;, mais Dieu nous attire en prenant en compte la trame complexe des relations interpersonnelles qui s&rsquo;&eacute;tablissent dans la communaut&eacute; humaine : Dieu a voulu entrer dans une dynamique populaire, dans la dynamique d&rsquo;un peuple.\u003C\u002Fp>\u003Cp>7. J&rsquo;aime voir la saintet&eacute; dans le patient peuple de Dieu : chez ces parents qui &eacute;duquent avec tant d&rsquo;amour leurs enfants, chez ces hommes et ces femmes qui travaillent pour apporter le pain &agrave; la maison, chez les malades, chez les religieuses &acirc;g&eacute;es qui continuent de sourire. Dans cette constance &agrave; aller de l&rsquo;avant chaque jour, je vois la saintet&eacute; de l&rsquo;&Eacute;glise militante. C&rsquo;est cela, souvent, la saintet&eacute; &lsquo;&lsquo;de la porte d&rsquo;&agrave; c&ocirc;t&eacute;&rsquo;&rsquo;, de ceux qui vivent proches de nous et sont un reflet de la pr&eacute;sence de Dieu, ou, pour employer une autre expression, &lsquo;&lsquo;la classe moyenne de la saintet&eacute;&rsquo;&rsquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>8. Laissons-nous encourager par les signes de saintet&eacute; que le Seigneur nous offre &agrave; travers les membres les plus humbles de ce peuple qui &laquo; participe aussi de la fonction proph&eacute;tique du Christ ; il r&eacute;pand son vivant t&eacute;moignage avant tout par une vie de foi et de charit&eacute; &raquo;. Pensons, comme nous le sugg&egrave;re sainte Th&eacute;r&egrave;se B&eacute;n&eacute;dicte de la Croix, que par l&rsquo;interm&eacute;diaire de beaucoup d&rsquo;entre eux se construit la vraie histoire : &laquo; Dans la nuit la plus obscure surgissent les plus grandes figures de proph&egrave;tes et de saints. Mais le courant de la vie mystique qui fa&ccedil;onne les &acirc;mes reste en grande partie invisible. Certaines &acirc;mes dont aucun livre d&rsquo;histoire ne fait mention, ont une influence d&eacute;terminante aux tournants d&eacute;cisifs de l&rsquo;histoire universelle. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;au jour o&ugrave; tout ce qui est cach&eacute; sera manifest&eacute; que nous d&eacute;couvrirons aussi &agrave; quelles &acirc;mes nous sommes redevables des tournants d&eacute;cisifs de notre vie personnelle &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>9. La saintet&eacute; est le visage le plus beau de l&rsquo;&Eacute;glise. Mais m&ecirc;me en dehors de l&rsquo;&Eacute;glise catholique et dans des milieux tr&egrave;s diff&eacute;rents, l&rsquo;Esprit suscite &laquo; des signes de sa pr&eacute;sence, qui aident les disciples m&ecirc;mes du Christ &raquo;. D&rsquo;autre part, saint Jean-Paul II nous a rappel&eacute; que &laquo; le t&eacute;moignage rendu au Christ jusqu&rsquo;au sang est devenu un patrimoine commun aux catholiques, aux orthodoxes, aux anglicans et aux protestants &raquo;. Lors de la belle comm&eacute;moration &oelig;cum&eacute;nique qu&rsquo;il a voulu c&eacute;l&eacute;brer au Colis&eacute;e &agrave; l&rsquo;occasion du Jubil&eacute; de l&rsquo;an 2000, il a affirm&eacute; que les martyrs sont un &laquo; h&eacute;ritage qui nous parle d&rsquo;une voix plus forte que celle des fauteurs de division &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>Le Seigneur appelle\u003C\u002Fstrong>\u003Cbr>\n10. Tout cela est important. Cependant, ce que je voudrais rappeler par la pr&eacute;sente Exhortation, c&rsquo;est surtout l&rsquo;appel &agrave; la saintet&eacute; que le Seigneur adresse &agrave; chacun d&rsquo;entre nous, cet appel qu&rsquo;il t&rsquo;adresse &agrave; toi aussi : &laquo; Vous &ecirc;tes devenus saints car je suis saint &raquo; (Lv&nbsp;11, 44 ; cf.&nbsp;1 P&nbsp;1, 16). Le Concile Vatican II l&rsquo;a soulign&eacute; avec force : &laquo; Pourvus de moyens salutaires d&rsquo;une telle abondance et d&rsquo;une telle grandeur, tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur condition et leur &eacute;tat de vie, sont appel&eacute;s par Dieu, chacun dans sa route, &agrave; une saintet&eacute; dont la perfection est celle m&ecirc;me du P&egrave;re &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>11. &laquo; Chacun dans sa route &raquo; dit le Concile. Il ne faut donc pas se d&eacute;courager quand on contemple des mod&egrave;les de saintet&eacute; qui semblent inaccessibles. Il y a des t&eacute;moins qui sont utiles pour nous encourager et pour nous motiver, mais non pour que nous les copiions, car cela pourrait m&ecirc;me nous &eacute;loigner de la route unique et sp&eacute;cifique que le Seigneur veut pour nous. Ce qui importe, c&rsquo;est que chaque croyant discerne son propre chemin et mette en lumi&egrave;re le meilleur de lui-m&ecirc;me, ce que le Seigneur a d&eacute;pos&eacute; de vraiment personnel en lui (cf.&nbsp;1 Co&nbsp;12, 7) et qu&rsquo;il ne s&rsquo;&eacute;puise pas en cherchant &agrave; imiter quelque chose qui n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; pens&eacute; pour lui. Nous sommes tous appel&eacute;s &agrave; &ecirc;tre des t&eacute;moins, mais il y a de nombreuses formes existentielles de t&eacute;moignage. De fait, quand le grand mystique saint Jean de la Croix &eacute;crivait son&nbsp;Cantique spirituel, il pr&eacute;f&eacute;rait &eacute;viter des r&egrave;gles fixes pour tout le monde et il expliquait que ses vers &eacute;taient &eacute;crits pour que chacun en tire profit &agrave; sa mani&egrave;re. En effet, la vie divine se communique aux uns &laquo; d&rsquo;une mani&egrave;re [et aux] autres d&rsquo;une autre &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>12. Parmi les formes vari&eacute;es, je voudrais souligner que le &lsquo;&lsquo;g&eacute;nie f&eacute;minin&rsquo;&rsquo; se manifeste &eacute;galement dans des styles f&eacute;minins de saintet&eacute;, indispensables pour refl&eacute;ter la saintet&eacute; de Dieu en ce monde. M&ecirc;me &agrave; des &eacute;poques o&ugrave; les femmes ont &eacute;t&eacute; plus marginalis&eacute;es, l&rsquo;Esprit Saint a pr&eacute;cis&eacute;ment suscit&eacute; des saintes dont le rayonnement a provoqu&eacute; de nouveaux dynamismes spirituels et d&rsquo;importantes r&eacute;formes dans l&rsquo;&Eacute;glise. Nous pouvons mentionner sainte Hildegarde de Bingen, sainte Brigitte, sainte Catherine de Sienne, sainte Th&eacute;r&egrave;se d&rsquo;Avila ou sainte Th&eacute;r&egrave;se de Lisieux. Mais je tiens &agrave; &eacute;voquer tant de femmes inconnues ou oubli&eacute;es qui, chacune &agrave; sa mani&egrave;re, ont soutenu et transform&eacute; des familles et des communaut&eacute;s par la puissance de leur t&eacute;moignage.\u003C\u002Fp>\u003Cp>13. Cela devrait enthousiasmer chacun et l&rsquo;encourager &agrave; tout donner pour progresser vers ce projet unique et inimitable que Dieu a voulu pour lui de toute &eacute;ternit&eacute; : &laquo; Avant m&ecirc;me de te former au ventre maternel, je t&rsquo;ai connu; avant m&ecirc;me que tu sois sorti du sein, je t&rsquo;ai consacr&eacute; &raquo; (Jr&nbsp;1, 5).\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>Pour toi aussi\u003C\u002Fstrong>\u003Cbr>\n14. Pour &ecirc;tre saint, il n&rsquo;est pas n&eacute;cessaire d&rsquo;&ecirc;tre &eacute;v&ecirc;que, pr&ecirc;tre, religieuse ou religieux. Bien des fois, nous sommes tent&eacute;s de penser que la saintet&eacute; n&rsquo;est r&eacute;serv&eacute;e qu&rsquo;&agrave; ceux qui ont la possibilit&eacute; de prendre de la distance par rapport aux occupations ordinaires, afin de consacrer beaucoup de temps &agrave; la pri&egrave;re. Il n&rsquo;en est pas ainsi. Nous sommes tous appel&eacute;s &agrave; &ecirc;tre des saints en vivant avec amour et en offrant un t&eacute;moignage personnel dans nos occupations quotidiennes, l&agrave; o&ugrave; chacun se trouve. Es-tu une consacr&eacute;e ou un consacr&eacute; ? Sois saint en vivant avec joie ton engagement. Es-tu mari&eacute; ? Sois saint en aimant et en prenant soin de ton &eacute;poux ou de ton &eacute;pouse, comme le Christ l&rsquo;a fait avec l&rsquo;&Eacute;glise. Es-tu un travailleur ? Sois saint en accomplissant honn&ecirc;tement et avec comp&eacute;tence ton travail au service de tes fr&egrave;res. Es-tu p&egrave;re, m&egrave;re, grand-p&egrave;re ou grand-m&egrave;re ? Sois saint en enseignant avec patience aux enfants &agrave; suivre J&eacute;sus. As-tu de l&rsquo;autorit&eacute; ? Sois saint en luttant pour le bien commun et en renon&ccedil;ant &agrave; tes int&eacute;r&ecirc;ts personnels.\u003C\u002Fp>\u003Cp>15. Laisse la gr&acirc;ce de ton bapt&ecirc;me porter du fruit dans un cheminement de saintet&eacute;. Permets que tout soit ouvert &agrave; Dieu et pour cela choisis-le, choisis Dieu sans rel&acirc;che. Ne te d&eacute;courage pas, parce que tu as la force de l&rsquo;Esprit Saint pour que ce soit possible ; et la saintet&eacute;, au fond, c&rsquo;est le fruit de l&rsquo;Esprit Saint dans ta vie (cf.&nbsp;Ga&nbsp;5, 22-23). Quand tu sens la tentation de t&rsquo;enliser dans ta fragilit&eacute;, l&egrave;ve les yeux vers le Crucifi&eacute; et dis-lui : &lsquo;&lsquo;Seigneur, je suis un pauvre, mais tu peux r&eacute;aliser le miracle de me rendre meilleur&rsquo;&rsquo;. Dans l&rsquo;&Eacute;glise, sainte et compos&eacute;e de p&eacute;cheurs, tu trouveras tout ce dont tu as besoin pour progresser vers la saintet&eacute;. Le Seigneur l&rsquo;a remplie de dons par sa Parole, par les sacrements, les sanctuaires, la vie des communaut&eacute;s, le t&eacute;moignage de ses saints, et par une beaut&eacute; multiforme qui provient de l&rsquo;amour du Seigneur, &laquo; comme la fianc&eacute;e qui se pare de ses bijoux &raquo; (Is&nbsp;61, 10).\u003C\u002Fp>\u003Cp>16. Cette saintet&eacute; &agrave; laquelle le Seigneur t&rsquo;appelle grandira par de petits gestes. Par exemple : une dame va au march&eacute; pour faire des achats, elle rencontre une voisine et commence &agrave; parler, et les critiques arrivent. Mais cette femme se dit en elle-m&ecirc;me : &laquo; Non, je ne dirai du mal de personne &raquo;. Voil&agrave; un pas dans la saintet&eacute; ! Ensuite, &agrave; la maison, son enfant a besoin de parler de ses r&ecirc;ves, et, bien qu&rsquo;elle soit fatigu&eacute;e, elle s&rsquo;assoit &agrave; c&ocirc;t&eacute; de lui et l&rsquo;&eacute;coute avec patience et affection. Voil&agrave; une autre offrande qui sanctifie ! Ensuite, elle conna&icirc;t un moment d&rsquo;angoisse, mais elle se souvient de l&rsquo;amour de la Vierge Marie, prend le chapelet et prie avec foi. Voil&agrave; une autre voie de saintet&eacute; ! Elle sort apr&egrave;s dans la rue, rencontre un pauvre et s&rsquo;arr&ecirc;te pour &eacute;changer avec lui avec affection. Voil&agrave; un autre pas !\u003C\u002Fp>\u003Cp>17. Parfois, la vie pr&eacute;sente des d&eacute;fis importants et &agrave; travers eux le Seigneur nous invite &agrave; de nouvelles conversions qui permettent &agrave; sa gr&acirc;ce de mieux se manifester dans notre existence &laquo; afin de nous faire participer &agrave; sa saintet&eacute; &raquo; (He&nbsp;12, 10). D&rsquo;autres fois il ne s&rsquo;agit que de trouver une forme plus parfaite de vivre ce que nous vivons d&eacute;j&agrave; : &laquo; Il y a des inspirations qui tendent seulement &agrave; une extraordinaire perfection des exercices ordinaires de la vie chr&eacute;tienne. &raquo; Quand le Cardinal Fran&ccedil;ois-Xavier Nguy&ecirc;n Van Thu&acirc;n &eacute;tait en prison, il avait renonc&eacute; &agrave; s&rsquo;&eacute;vertuer &agrave; demander sa lib&eacute;ration. Son choix &eacute;tait de vivre &laquo; le moment pr&eacute;sent en le comblant d&rsquo;amour &raquo; ; et voil&agrave; la mani&egrave;re dont cela se concr&eacute;tisait : &laquo; Je saisis les occasions qui se pr&eacute;sentent chaque jour, pour accomplir les actes ordinaires de fa&ccedil;on extraordinaire &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>18. Ainsi, sous l&rsquo;impulsion de la gr&acirc;ce divine, par de nombreux gestes, nous construisons ce mod&egrave;le de saintet&eacute; que Dieu a voulu, non pas en tant qu&rsquo;&ecirc;tres autosuffisants mais &laquo; comme de bons intendants d&rsquo;une multiple gr&acirc;ce de Dieu &raquo; (1 P&nbsp;4, 10). Comme nous l&rsquo;ont bien rappel&eacute; les &Eacute;v&ecirc;ques de Nouvelle Z&eacute;lande, l&rsquo;amour inconditionnel du Seigneur est possible parce que le Ressuscit&eacute; partage sa vie puissante avec nos vies fragiles : &laquo; Son amour n&rsquo;a pas de limites et, une fois donn&eacute;, il ne recule jamais. Il a &eacute;t&eacute; inconditionnel et demeure fid&egrave;le. Aimer ainsi n&rsquo;est pas facile, car souvent nous sommes vraiment faibles. Mais pr&eacute;cis&eacute;ment pour que nous nous efforcions d&rsquo;aimer comme le Christ nous a aim&eacute;s, le Christ partage sa propre vie ressuscit&eacute;e avec nous. Ainsi, nos vies r&eacute;v&egrave;lent son pouvoir en action, y compris au milieu de la faiblesse humaine &raquo;.\u003Cbr>\n&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Ch3 class=\"rtecenter\">\"\u003Cem>Tout ce que dit un saint n&rsquo;est pas forc&eacute;ment fid&egrave;le &agrave; l&rsquo;&Eacute;vangile, tout ce qu&rsquo;il fait n&rsquo;est pas n&eacute;cessairement authentique et parfait. Ce qu&rsquo;il faut consid&eacute;rer, c&rsquo;est l&rsquo;ensemble de sa vie\u003C\u002Fem>\"\u003C\u002Fh3>\u003Cp>&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>Ta mission dans le Christ\u003C\u002Fstrong>\u003Cbr>\n19. Pour un chr&eacute;tien, il n&rsquo;est pas possible de penser &agrave; sa propre mission sur terre sans la concevoir comme un chemin de saintet&eacute;, car &laquo; voici quelle est la volont&eacute; de Dieu : c&rsquo;est votre sanctification &raquo; (1 Th&nbsp;4, 3). Chaque saint est une mission ; il est un projet du P&egrave;re pour refl&eacute;ter et incarner, &agrave; un moment d&eacute;termin&eacute; de l&rsquo;histoire, un aspect de l&rsquo;&Eacute;vangile.\u003C\u002Fp>\u003Cp>20. Cette mission trouve son sens pl&eacute;nier dans le Christ et ne se comprend qu&rsquo;&agrave; partir de lui. Au fond, la saintet&eacute;, c&rsquo;est vivre les myst&egrave;res de sa vie en union avec lui. Elle consiste &agrave; s&rsquo;associer &agrave; la mort et &agrave; la r&eacute;surrection du Seigneur d&rsquo;une mani&egrave;re unique et personnelle, &agrave; mourir et &agrave; ressusciter constamment avec lui. Mais cela peut impliquer &eacute;galement de reproduire dans l&rsquo;existence personnelle divers aspects de la vie terrestre de J&eacute;sus : sa vie cach&eacute;e, sa vie communautaire, sa proximit&eacute; avec les derniers, sa pauvret&eacute; et d&rsquo;autres manifestations du don de lui-m&ecirc;me par amour. La contemplation de ces myst&egrave;res, comme le proposait saint Ignace de Loyola, nous am&egrave;ne &agrave; les faire chair dans nos choix et dans nos attitudes. Car &laquo; tout dans la vie de J&eacute;sus est signe de son myst&egrave;re &raquo;, &laquo; toute la vie du Christ est R&eacute;v&eacute;lation du P&egrave;re &raquo;, &laquo; toute la vie du Christ est myst&egrave;re de R&eacute;demption &raquo;, &laquo; toute la vie du Christ est myst&egrave;re de R&eacute;capitulation &raquo;, et &laquo; tout ce que le Christ a v&eacute;cu, il fait que nous puissions le vivre en lui et qu&rsquo;il le vive en nous &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>21. Le dessein du P&egrave;re, c&rsquo;est le Christ, et nous en lui. En derni&egrave;re analyse, c&rsquo;est le Christ aimant en nous, car &laquo; la saintet&eacute; n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que la charit&eacute; pleinement v&eacute;cue &raquo;. C&rsquo;est pourquoi, &laquo; la mesure de la saintet&eacute; est donn&eacute;e par la stature que le Christ atteint en nous, par la mesure dans laquelle, avec la force de l&rsquo;Esprit Saint, nous modelons toute notre vie sur la sienne &raquo;. Ainsi, chaque saint est un message que l&rsquo;Esprit Saint puise dans la richesse de J&eacute;sus-Christ et offre &agrave; son peuple.\u003C\u002Fp>\u003Cp>22. Pour reconna&icirc;tre quelle est cette parole que le Seigneur veut dire &agrave; travers un saint, il ne faut pas s&rsquo;arr&ecirc;ter aux d&eacute;tails, car l&agrave; aussi il peut y avoir des erreurs et des chutes. Tout ce que dit un saint n&rsquo;est pas forc&eacute;ment fid&egrave;le &agrave; l&rsquo;&Eacute;vangile, tout ce qu&rsquo;il fait n&rsquo;est pas n&eacute;cessairement authentique et parfait. Ce qu&rsquo;il faut consid&eacute;rer, c&rsquo;est l&rsquo;ensemble de sa vie, tout son cheminement de sanctification, cette figure qui refl&egrave;te quelque chose de J&eacute;sus-Christ et qui se r&eacute;v&egrave;le quand on parvient &agrave; percevoir le sens de la totalit&eacute; de sa personne.\u003C\u002Fp>\u003Cp>23. Pour nous tous, c&rsquo;est un rappel fort. Toi aussi, tu as besoin de percevoir la totalit&eacute; de ta vie comme une mission. Essaie de le faire en &eacute;coutant Dieu dans la pri&egrave;re et en reconnaissant les signes qu&rsquo;il te donne. Demande toujours &agrave; l&rsquo;Esprit ce que J&eacute;sus attend de toi &agrave; chaque moment de ton existence et dans chaque choix que tu dois faire, pour discerner la place que cela occupe dans ta propre mission. Et permets-lui de forger en toi ce myst&egrave;re personnel qui refl&egrave;te J&eacute;sus-Christ dans le monde d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.\u003C\u002Fp>\u003Cp>24. Puisses-tu reconna&icirc;tre quelle est cette parole, ce message de J&eacute;sus que Dieu veut d&eacute;livrer au monde par ta vie ! Laisse-toi transformer, laisse-toi renouveler par l&rsquo;Esprit pour que cela soit possible, et qu&rsquo;ainsi ta belle mission ne soit pas compromise. Le Seigneur l&rsquo;accomplira m&ecirc;me au milieu de tes erreurs et de tes mauvaises passes, pourvu que tu n&rsquo;abandonnes pas le chemin de l&rsquo;amour et que tu sois toujours ouvert &agrave; son action surnaturelle qui purifie et illumine.\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>L&rsquo;activit&eacute; qui sanctifie\u003C\u002Fstrong>\u003Cbr>\n25. Comme tu ne peux pas comprendre le Christ sans le Royaume qu&rsquo;il est venu apporter, ta propre mission est ins&eacute;parable de la construction de ce Royaume : &laquo; Cherchez d&rsquo;abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donn&eacute; par surcro&icirc;t &raquo; (Mt&nbsp;6, 33). Ton identification avec le Christ et avec ses d&eacute;sirs implique l&rsquo;engagement &agrave; construire, avec lui, ce Royaume d&rsquo;amour, de justice et de paix pour tout le monde. Le Christ lui-m&ecirc;me veut le vivre avec toi, dans tous les efforts ou les renoncements que cela implique, et &eacute;galement dans les joies et dans la f&eacute;condit&eacute; qu&rsquo;il peut t&rsquo;offrir. Par cons&eacute;quent, tu ne te sanctifieras pas sans te donner corps et &acirc;me pour offrir le meilleur de toi-m&ecirc;me dans cet engagement.\u003C\u002Fp>\u003Cp>26. Il n&rsquo;est pas sain d&rsquo;aimer le silence et de fuir la rencontre avec l&rsquo;autre, de souhaiter le repos et d&rsquo;&eacute;viter l&rsquo;activit&eacute;, de chercher la pri&egrave;re et de m&eacute;priser le service. Tout peut &ecirc;tre accept&eacute; et &ecirc;tre int&eacute;gr&eacute; comme faisant partie de l&rsquo;existence personnelle dans ce monde, et &ecirc;tre incorpor&eacute; au cheminement de sanctification. Nous sommes appel&eacute;s &agrave; vivre la contemplation &eacute;galement au sein de l&rsquo;action, et nous nous sanctifions dans l&rsquo;exercice responsable et g&eacute;n&eacute;reux de notre propre mission.\u003C\u002Fp>\u003Cp>27. L&rsquo;Esprit Saint peut-il nous inciter &agrave; accomplir une mission et en m&ecirc;me temps nous demander de la fuir, ou d&rsquo;&eacute;viter de nous engager totalement pour pr&eacute;server la paix int&eacute;rieure ? Cependant, nous sommes parfois tent&eacute;s de rel&eacute;guer au second plan le d&eacute;vouement pastoral ou l&rsquo;engagement dans le monde, comme si c&rsquo;&eacute;taient des &lsquo;&lsquo;distractions&rsquo;&rsquo; sur le chemin de la sanctification et de la paix int&eacute;rieure. On oublie que &laquo; la vie n&rsquo;a pas une mission, mais qu&rsquo;elle est mission &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>28. Une t&acirc;che accomplie sous l&rsquo;impulsion de l&rsquo;anxi&eacute;t&eacute;, de l&rsquo;orgueil, du besoin de para&icirc;tre et de dominer, ne sera s&ucirc;rement pas sanctifiante. Le d&eacute;fi, c&rsquo;est de vivre son propre engagement de fa&ccedil;on &agrave; ce que les efforts aient un sens &eacute;vang&eacute;lique et nous identifient toujours davantage avec J&eacute;sus-Christ. C&rsquo;est pourquoi on a coutume de parler, par exemple, d&rsquo;une spiritualit&eacute; du cat&eacute;chiste, d&rsquo;une spiritualit&eacute; du clerg&eacute; dioc&eacute;sain, d&rsquo;une spiritualit&eacute; du travail. C&rsquo;est pour la m&ecirc;me raison que, dans&nbsp;Evangelii gaudium, j&rsquo;ai voulu conclure par une spiritualit&eacute; de la mission, dans&nbsp;Laudato si&rsquo;, par une spiritualit&eacute; &eacute;cologique et, dans&nbsp;Amoris laetitia, par une spiritualit&eacute; de la vie familiale.\u003C\u002Fp>\u003Cp>29. Cela n&rsquo;implique pas de d&eacute;pr&eacute;cier les moments de qui&eacute;tude, de solitude et de silence devant Dieu. Bien au contraire ! Car les nouveaut&eacute;s constantes des moyens technologiques, l&rsquo;attraction des voyages, les innombrables offres de consommation, ne laissent pas parfois d&rsquo;espaces libres o&ugrave; la voix de Dieu puisse r&eacute;sonner. Tout se remplit de paroles, de jouissances &eacute;pidermiques et de bruit &agrave; une vitesse toujours croissante. Il n&rsquo;y r&egrave;gne pas la joie mais plut&ocirc;t l&rsquo;insatisfaction de celui qui ne sait pas pourquoi il vit. Comment donc ne pas reconna&icirc;tre que nous avons besoin d&rsquo;arr&ecirc;ter cette course f&eacute;brile pour retrouver un espace personnel, parfois douloureux mais toujours f&eacute;cond, o&ugrave; s&rsquo;&eacute;tablit le dialogue sinc&egrave;re avec Dieu ? &Agrave; un certain moment, nous devrons regarder en face notre propre v&eacute;rit&eacute;, pour la laisser envahir par le Seigneur, et on n&rsquo;y parvient pas toujours si &laquo; on ne se sent pas au bord de l&rsquo;ab&icirc;me de la tentation la plus &eacute;touffante, si on ne sent pas le vertige du pr&eacute;cipice de l&rsquo;abandon le plus d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;, si on ne se trouve pas absolument seul, au fa&icirc;te de la solitude la plus radicale &raquo;. C&rsquo;est ainsi que nous trouvons les grandes motivations qui nous incitent &agrave; vivre &agrave; fond les devoirs personnels.\u003C\u002Fp>\u003Cp>30. Les m&ecirc;mes moyens de distraction qui envahissent la vie actuelle nous conduisent aussi &agrave; absolutiser le temps libre au cours duquel nous pouvons utiliser sans limites ces dispositifs qui nous offrent du divertissement ou des plaisirs &eacute;ph&eacute;m&egrave;res. Par voie de cons&eacute;quence, c&rsquo;est la mission elle-m&ecirc;me qui s&rsquo;en ressent, c&rsquo;est l&rsquo;engagement qui s&rsquo;affaiblit, c&rsquo;est le service g&eacute;n&eacute;reux et disponible qui commence &agrave; en p&acirc;tir. Cela d&eacute;nature l&rsquo;exp&eacute;rience spirituelle. Une ferveur spirituelle peut-elle cohabiter avec une lassitude dans l&rsquo;&oelig;uvre d&rsquo;&eacute;vang&eacute;lisation ou dans le service des autres ?\u003C\u002Fp>\u003Cp>31. Il nous faut un esprit de saintet&eacute; qui impr&egrave;gne aussi bien la solitude que le service, aussi bien l&rsquo;intimit&eacute; que l&rsquo;&oelig;uvre d&rsquo;&eacute;vang&eacute;lisation, en sorte que chaque instant soit l&rsquo;expression d&rsquo;un amour d&eacute;vou&eacute; sous le regard du Seigneur. Ainsi, tous les moments seront des marches sur notre chemin de sanctification.\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>Plus vivants, plus fr&egrave;res\u003C\u002Fstrong>\u003Cbr>\n32. N&rsquo;aie pas peur de la saintet&eacute;. Elle ne t&rsquo;enl&egrave;vera pas les forces, ni la vie ni la joie. C&rsquo;est tout le contraire, car tu arriveras &agrave; &ecirc;tre ce que le P&egrave;re a pens&eacute; quand il t&rsquo;a cr&eacute;&eacute; et tu seras fid&egrave;le &agrave; ton propre &ecirc;tre. D&eacute;pendre de lui nous lib&egrave;re des esclavages et nous conduit &agrave; reconna&icirc;tre notre propre dignit&eacute;. Cela se refl&egrave;te en sainte Jos&eacute;phine Bakhita qui &laquo; enlev&eacute;e et vendue en esclavage &agrave; l&rsquo;&acirc;ge de 7 ans, [&hellip;] endura de nombreuses souffrances entre les mains de ma&icirc;tres cruels. Mais elle comprit que la v&eacute;rit&eacute; profonde est que Dieu, et non pas l&rsquo;homme, est le v&eacute;ritable Ma&icirc;tre de chaque &ecirc;tre humain, de toute vie humaine. L&rsquo;exp&eacute;rience devint une source de profonde sagesse pour cette humble fille d'Afrique &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>33. Dans la mesure o&ugrave; il se sanctifie, chaque chr&eacute;tien devient plus f&eacute;cond pour le monde. Les &eacute;v&ecirc;ques de l&rsquo;Afrique occidentale nous ont enseign&eacute; : &laquo; Nous sommes appel&eacute;s dans l&rsquo;esprit de la Nouvelle &Eacute;vang&eacute;lisation &agrave; nous laisser &eacute;vang&eacute;liser et &agrave; &eacute;vang&eacute;liser &agrave; travers les responsabilit&eacute;s confi&eacute;es &agrave; tous les baptis&eacute;s. Nous devons jouer notre r&ocirc;le en tant que sel de la terre et lumi&egrave;re du monde o&ugrave; que nous nous trouvions &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>34. N&rsquo;aie pas peur de viser plus haut, de te laisser aimer et lib&eacute;rer par Dieu. N&rsquo;aie pas peur de te laisser guider par l&rsquo;Esprit Saint. La saintet&eacute; ne te rend pas moins humain, car c&rsquo;est la rencontre de ta faiblesse avec la force de la gr&acirc;ce. Au fond, comme disait L&eacute;on Bloy, dans la vie &laquo; il n&rsquo;y a qu&rsquo;une tristesse, c&rsquo;est de n&rsquo;&ecirc;tre pas des saints &raquo;.\u003Cbr>\n&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Ch2>Deuxi&egrave;me chapitre - DEUX ENNEMIS SUBTILS DE LA SAINTET&eacute;\u003C\u002Fh2>\u003Cp>35. Dans ce cadre, je voudrais attirer l&rsquo;attention sur deux falsifications de la saintet&eacute; qui pourraient nous faire d&eacute;vier du chemin : le gnosticisme et le p&eacute;lagianisme. Ce sont deux h&eacute;r&eacute;sies apparues au cours des premiers si&egrave;cles du christianisme mais qui sont encore d&rsquo;une pr&eacute;occupante actualit&eacute;. M&ecirc;me aujourd&rsquo;hui les c&oelig;urs de nombreux chr&eacute;tiens, peut-&ecirc;tre sans qu&rsquo;ils s&rsquo;en rendent compte, se laissent s&eacute;duire par ces propositions trompeuses. En elles s&rsquo;exprime un immanentisme anthropocentrique d&eacute;guis&eacute; en v&eacute;rit&eacute; catholique. Voyons ces deux formes de s&eacute;curit&eacute;, doctrinale ou disciplinaire, qui donnent lieu &agrave; &laquo; un &eacute;litisme narcissique et autoritaire, o&ugrave;, au lieu d&rsquo;&eacute;vang&eacute;liser, on analyse et classifie les autres, et, au lieu de faciliter l&rsquo;acc&egrave;s &agrave; la gr&acirc;ce, les &eacute;nergies s&rsquo;usent dans le contr&ocirc;le. Dans les deux cas, ni J&eacute;sus-Christ ni les autres n&rsquo;int&eacute;ressent vraiment &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>Le gnosticisme actuel\u003C\u002Fstrong>\u003Cbr>\n36. Le gnosticisme suppose &laquo; une foi renferm&eacute;e dans le subjectivisme, o&ugrave; seule compte une exp&eacute;rience d&eacute;termin&eacute;e ou une s&eacute;rie de raisonnements et de connaissances que l&rsquo;on consid&egrave;re comme pouvant r&eacute;conforter et &eacute;clairer, mais o&ugrave; le sujet reste en d&eacute;finitive ferm&eacute; dans l&rsquo;immanence de sa propre raison ou de ses sentiments &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>Un esprit sans Dieu et sans chair\u003C\u002Fstrong>\u003Cbr>\n37. Gr&acirc;ce &agrave; Dieu, tout au long de l&rsquo;histoire de l&rsquo;&Eacute;glise, il a toujours &eacute;t&eacute; tr&egrave;s clair que la perfection des personnes se mesure par leur degr&eacute; de charit&eacute; et non par la quantit&eacute; des donn&eacute;es et des connaissances qu&rsquo;elles accumulent. Les &lsquo;&lsquo;gnostiques&rsquo;&rsquo; font une confusion sur ce point et jugent les autres par leur capacit&eacute; &agrave; comprendre la profondeur de certaines doctrines. Ils con&ccedil;oivent un esprit sans incarnation, incapable de toucher la chair souffrante du Christ dans les autres, corset&eacute; dans une encyclop&eacute;die d&rsquo;abstractions. En d&eacute;sincarnant le myst&egrave;re, ils pr&eacute;f&egrave;rent finalement &laquo; un Dieu sans Christ, un Christ sans &Eacute;glise, une &Eacute;glise sans peuple &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>38. En d&eacute;finitive, il s&rsquo;agit d&rsquo;une superficialit&eacute; vaniteuse : beaucoup de mouvement &agrave; la surface de l&rsquo;esprit, mais la profondeur de la pens&eacute;e ne se meut ni ne s&rsquo;&eacute;meut. Cette superficialit&eacute; arrive cependant &agrave; subjuguer certains par une fascination trompeuse, car l&rsquo;&eacute;quilibre gnostique r&eacute;side dans la forme et semble aseptis&eacute; ; et il peut prendre l&rsquo;aspect d&rsquo;une certaine harmonie ou d&rsquo;un ordre qui englobent tout.\u003C\u002Fp>\u003Cp>39. Mais attention ! Je ne fais pas r&eacute;f&eacute;rence aux rationalistes ennemis de la foi chr&eacute;tienne. Cela peut se produire dans l&rsquo;&Eacute;glise, tant chez les la&iuml;cs des paroisses que chez ceux qui enseignent la philosophie ou la th&eacute;ologie dans les centres de formation. Car c&rsquo;est aussi le propre des gnostiques de croire que, par leurs explications, ils peuvent rendre parfaitement compr&eacute;hensibles toute la foi et tout l&rsquo;Evangile. Ils absolutisent leurs propres th&eacute;ories et obligent les autres &agrave; se soumettre aux raisonnements qu&rsquo;ils utilisent. Une chose est un sain et humble usage de la raison pour r&eacute;fl&eacute;chir sur l&rsquo;enseignement th&eacute;ologique et moral de l&rsquo;Evangile ; une autre est de pr&eacute;tendre r&eacute;duire l&rsquo;enseignement de J&eacute;sus &agrave; une logique froide et dure qui cherche &agrave; tout dominer.\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>Une doctrine sans myst&egrave;re\u003C\u002Fstrong>\u003Cbr>\n40. Le gnosticisme est l&rsquo;une des pires id&eacute;ologies puisqu&rsquo;en m&ecirc;me temps qu&rsquo;il exalte ind&ucirc;ment la connaissance ou une exp&eacute;rience d&eacute;termin&eacute;e, il consid&egrave;re que sa propre vision de la r&eacute;alit&eacute; repr&eacute;sente la perfection. Ainsi, peut-&ecirc;tre sans s&rsquo;en rendre compte, cette id&eacute;ologie se nourrit-elle elle-m&ecirc;me et sombre-t-elle d&rsquo;autant plus dans la c&eacute;cit&eacute;. Elle devient parfois particuli&egrave;rement trompeuse quand elle se d&eacute;guise en spiritualit&eacute; d&eacute;sincarn&eacute;e. Car le gnosticisme &laquo; de par sa nature m&ecirc;me veut apprivoiser le myst&egrave;re &raquo;, tant le myst&egrave;re de Dieu et de sa gr&acirc;ce que le myst&egrave;re de la vie des autres.\u003C\u002Fp>\u003Cp>41. Lorsque quelqu&rsquo;un a r&eacute;ponse &agrave; toutes les questions, cela montre qu&rsquo;il n&rsquo;est pas sur un chemin sain, et il est possible qu&rsquo;il soit un faux proph&egrave;te utilisant la religion &agrave; son propre b&eacute;n&eacute;fice, au service de ses &eacute;lucubrations psychologiques et mentales. Dieu nous d&eacute;passe infiniment, il est toujours une surprise et ce n&rsquo;est pas nous qui d&eacute;cidons dans quelle circonstance historique le rencontrer, puisqu&rsquo;il ne d&eacute;pend pas de nous de d&eacute;terminer le temps, le lieu et la modalit&eacute; de la rencontre. Celui qui veut que tout soit clair et certain pr&eacute;tend dominer la transcendance de Dieu.\u003C\u002Fp>\u003Cp>42. On ne peut pas non plus pr&eacute;tendre d&eacute;finir l&agrave; o&ugrave; Dieu ne se trouve pas, car il est pr&eacute;sent myst&eacute;rieusement dans la vie de toute personne, il est dans la vie de chacun comme il veut, et nous ne pouvons pas le nier par nos suppos&eacute;es certitudes. M&ecirc;me quand l&rsquo;existence d&rsquo;une personne a &eacute;t&eacute; un d&eacute;sastre, m&ecirc;me quand nous la voyons d&eacute;truite par les vices et les addictions, Dieu est dans sa vie. Si nous nous laissons guider par l&rsquo;Esprit plus que par nos raisonnements, nous pouvons et nous devons chercher le Seigneur dans toute vie humaine. Cela fait partie du myst&egrave;re que les mentalit&eacute;s gnostiques finissent par rejeter, parce qu&rsquo;elles ne peuvent pas le contr&ocirc;ler.\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>Les limites de la raison\u003C\u002Fstrong>\u003Cbr>\n43. Nous ne parvenons &agrave; comprendre que tr&egrave;s pauvrement la v&eacute;rit&eacute; que nous recevons du Seigneur. Plus difficilement encore nous parvenons &agrave; l&rsquo;exprimer. Nous ne pouvons donc pas pr&eacute;tendre que notre mani&egrave;re de la comprendre nous autorise &agrave; exercer une supervision stricte sur la vie des autres. Je voudrais rappeler que dans l&rsquo;&Eacute;glise cohabitent &agrave; bon droit diverses mani&egrave;res d&rsquo;interpr&eacute;ter de nombreux aspects de la doctrine et de la vie chr&eacute;tienne qui, dans leur vari&eacute;t&eacute;, &laquo; aident &agrave; mieux expliquer le tr&egrave;s riche tr&eacute;sor de la Parole &raquo;. En r&eacute;alit&eacute; &laquo; &agrave; ceux qui r&ecirc;vent d&rsquo;une doctrine monolithique d&eacute;fendue par tous sans nuances, cela peut sembler une dispersion imparfaite &raquo;. Pr&eacute;cis&eacute;ment, certains courants gnostiques ont d&eacute;pr&eacute;ci&eacute; la simplicit&eacute; si concr&egrave;te de l&rsquo;Evangile et ont cherch&eacute; &agrave; remplacer le Dieu trinitaire et incarn&eacute; par une Unit&eacute; sup&eacute;rieure o&ugrave; disparaissait la riche multiplicit&eacute; de notre histoire.\u003C\u002Fp>\u003Cp>44. En r&eacute;alit&eacute;, la doctrine, ou mieux, notre compr&eacute;hension et expression de celle-ci, &laquo; n&rsquo;est pas un syst&egrave;me clos, priv&eacute; de dynamiques capables d&rsquo;engendrer des questions, des doutes, des interrogations &raquo;, et &laquo; les questions de notre peuple, ses angoisses, ses combats, ses r&ecirc;ves, ses luttes, ses pr&eacute;occupations, poss&egrave;dent une valeur herm&eacute;neutique que nous ne pouvons ignorer si nous voulons prendre au s&eacute;rieux le principe de l&rsquo;incarnation. Ses questions nous aident &agrave; nous interroger, ses interrogations nous interrogent &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>45. Il se produit fr&eacute;quemment une dangereuse confusion : croire que parce que nous savons quelque chose ou que nous pouvons l&rsquo;expliquer selon une certaine logique, nous sommes d&eacute;j&agrave; saints, parfaits, meilleurs que la &laquo; masse ignorante &raquo;. Saint Jean-Paul II mettait en garde ceux qui dans l&rsquo;&Eacute;glise ont la chance d&rsquo;une formation plus pouss&eacute;e contre la tentation de nourrir &laquo; un certain sentiment de sup&eacute;riorit&eacute; par rapport aux autres fid&egrave;les &raquo;. Mais en r&eacute;alit&eacute;, ce que nous croyons savoir devrait &ecirc;tre toujours un motif pour mieux r&eacute;pondre &agrave; l&rsquo;amour de Dieu, car &laquo; on apprend pour vivre : th&eacute;ologie et saintet&eacute; sont un bin&ocirc;me ins&eacute;parable &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>46. Quand saint Fran&ccedil;ois d&rsquo;Assise a vu que certains de ses disciples enseignaient la doctrine, il a voulu &eacute;viter la tentation du gnosticisme. Il a donc &eacute;crit ceci &agrave; saint Antoine de Padoue : &laquo; Il me pla&icirc;t que tu lises la th&eacute;ologie sacr&eacute;e aux fr&egrave;res, pourvu que, dans l&rsquo;&eacute;tude de celle-ci, tu n&rsquo;&eacute;teignes pas l&rsquo;esprit de sainte oraison et de d&eacute;votion &raquo;. Il percevait la tentation de transformer l&rsquo;exp&eacute;rience chr&eacute;tienne en un ensemble d&rsquo;&eacute;lucubrations mentales qui finissent par &eacute;loigner de la fra&icirc;cheur de l&rsquo;Evangile. Saint Bonaventure, d&rsquo;autre part, faisait remarquer que la vraie sagesse chr&eacute;tienne ne doit pas &ecirc;tre s&eacute;par&eacute;e de la mis&eacute;ricorde envers le prochain : &laquo; La plus grande sagesse qui puisse exister consiste &agrave; diffuser fructueusement ce qu&rsquo;on a &agrave; offrir, ce qui a &eacute;t&eacute; pr&eacute;cis&eacute;ment donn&eacute; pour &ecirc;tre offert [&hellip;] C&rsquo;est pourquoi tout comme la mis&eacute;ricorde est amie de la sagesse, l&rsquo;avarice est son ennemi &raquo;. &laquo; Il y a une activit&eacute; qui, en s&rsquo;unissant &agrave; la contemplation ne l&rsquo;entrave pas, mais la favorise ainsi que les &oelig;uvres de mis&eacute;ricorde et de pi&eacute;t&eacute; &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>Le p&eacute;lagianisme actuel\u003C\u002Fstrong>\u003Cbr>\n47. Le gnosticisme a donn&eacute; lieu &agrave; une autre vieille h&eacute;r&eacute;sie qui est &eacute;galement pr&eacute;sente aujourd&rsquo;hui. A mesure que passait le temps, beaucoup ont commenc&eacute; &agrave; reconna&icirc;tre que ce n&rsquo;est pas la connaissance qui nous rend meilleurs ni saints, mais la vie que nous menons. Le probl&egrave;me, c&rsquo;est que cela a d&eacute;g&eacute;n&eacute;r&eacute; subtilement, de sorte que l&rsquo;erreur m&ecirc;me des gnostiques s&rsquo;est simplement transform&eacute;e mais n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; surmont&eacute;e.\u003C\u002Fp>\u003Cp>48. Car le pouvoir que les gnostiques attribuaient &agrave; l&rsquo;intelligence, certains commenc&egrave;rent &agrave; l&rsquo;attribuer &agrave; la volont&eacute; humaine, &agrave; l&rsquo;effort personnel. C&rsquo;est ainsi que sont apparus les p&eacute;lagiens et les semi-p&eacute;lagiens. Ce n&rsquo;&eacute;tait plus l&rsquo;intelligence qui occupait la place du myst&egrave;re et de la gr&acirc;ce, mais la volont&eacute;. On oubliait qu&rsquo;&laquo; il n&rsquo;est pas question de l&rsquo;homme qui veut ou qui court, mais de Dieu qui fait mis&eacute;ricorde &raquo; (Rm&nbsp;9, 16) et que &laquo; lui nous a aim&eacute;s le premier&raquo; (1Jn&nbsp;4, 19).\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>Une volont&eacute; sans humilit&eacute;\u003C\u002Fstrong>\u003Cbr>\n49. Ceux qui &eacute;pousent cette mentalit&eacute; p&eacute;lagienne ou semi-p&eacute;lagienne, bien qu&rsquo;ils parlent de la gr&acirc;ce de Dieu dans des discours &eacute;dulcor&eacute;s, &laquo; en d&eacute;finitive font confiance uniquement &agrave; leurs propres forces et se sentent sup&eacute;rieurs aux autres parce qu&rsquo;ils observent des normes d&eacute;termin&eacute;es ou parce qu&rsquo;ils sont in&eacute;branlablement fid&egrave;les &agrave; un certain style catholique &raquo;. Quand certains d&rsquo;entre eux s&rsquo;adressent aux faibles en leur disant que tout est possible avec la gr&acirc;ce de Dieu, au fond ils font d&rsquo;habitude passer l&rsquo;id&eacute;e que tout est possible par la volont&eacute; humaine, comme si celle-ci &eacute;tait quelque chose de pur, de parfait, de tout-puissant, auquel s&rsquo;ajoute la gr&acirc;ce. On cherche &agrave; ignorer que &lsquo;&lsquo;tous ne peuvent pas tout&rsquo;&rsquo;, et qu&rsquo;en cette vie les fragilit&eacute;s humaines ne sont pas compl&egrave;tement et d&eacute;finitivement gu&eacute;ries par la gr&acirc;ce.[48]&nbsp;De toute mani&egrave;re, comme l&rsquo;enseignait saint Augustin, Dieu t&rsquo;invite &agrave; faire ce que tu peux et &agrave; demander ce que tu ne peux pas ; ou bien &agrave; dire humblement au Seigneur : &laquo; Donne ce que tu commandes et commande ce que tu veux &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>50. Au fond, l&rsquo;absence de la reconnaissance sinc&egrave;re, douloureuse et priante de nos limites est ce qui emp&ecirc;che la gr&acirc;ce de mieux agir en nous, puisqu&rsquo;on ne lui laisse pas de place pour r&eacute;aliser ce bien possible qui s&rsquo;ins&egrave;re dans un cheminement sinc&egrave;re et r&eacute;el de croissance. La gr&acirc;ce, justement parce qu&rsquo;elle suppose notre nature, ne fait pas de nous, d&rsquo;un coup, des surhommes. Le pr&eacute;tendre serait placer trop de confiance en nous-m&ecirc;mes. Dans ce cas, derri&egrave;re l&rsquo;orthodoxie, nos attitudes pourraient ne pas correspondre &agrave; ce que nous affirmons sur la n&eacute;cessit&eacute; de la gr&acirc;ce, et dans les faits nous finissons par compter peu sur elle. Car si nous ne percevons pas notre r&eacute;alit&eacute; concr&egrave;te et limit&eacute;e, nous ne pourrons pas voir non plus les pas r&eacute;els et possibles que le Seigneur nous demande &agrave; chaque instant, apr&egrave;s nous avoir rendus capables et nous avoir conquis par ses dons. La gr&acirc;ce agit historiquement et, d&rsquo;ordinaire, elle nous prend et nous transforme de mani&egrave;re progressive. C&rsquo;est pourquoi si nous rejetons ce caract&egrave;re historique et progressif, nous pouvons, de fait, arriver &agrave; la nier et &agrave; la bloquer, bien que nous l&rsquo;exaltions par nos paroles.\u003C\u002Fp>\u003Cp>51. Quand Dieu s&rsquo;adresse &agrave; Abraham, il lui dit : &laquo; Je suis Dieu tout-puissant. Marche en ma pr&eacute;sence et sois parfait &raquo; (Gn&nbsp;17, 1). Pour que nous soyons parfaits comme il le d&eacute;sire, nous devons vivre humblement en sa pr&eacute;sence, envelopp&eacute;s de sa gloire ; il nous faut marcher en union avec lui en reconnaissant son amour constant dans nos vies. Il ne faut plus avoir peur de cette pr&eacute;sence qui ne peut que nous faire du bien. Il est le P&egrave;re qui nous a donn&eacute; la vie et qui nous aime tant. Une fois que nous l&rsquo;acceptons et que nous cessons de penser notre vie sans lui, l&rsquo;angoisse de la solitude dispara&icirc;t (cf.&nbsp;Ps&nbsp;139, 7). Et si nous n&rsquo;&eacute;loignons plus Dieu de nous et que nous vivons en sa pr&eacute;sence, nous pourrons lui permettre d&rsquo;examiner nos c&oelig;urs pour qu&rsquo;il voie s&rsquo;ils sont sur le bon chemin (cf.&nbsp;Ps&nbsp;139, 23-24). Ainsi, nous conna&icirc;trons la volont&eacute; du Seigneur, ce qui lui pla&icirc;t et ce qui est parfait (cf.&nbsp;Rm&nbsp;12, 1-2) et nous le laisserons nous modeler comme un potier (cf.&nbsp;Is&nbsp;29, 16). Nous avons souvent dit que Dieu habite en nous, mais il est mieux de dire que nous habitons en lui, qu&rsquo;il nous permet de vivre dans sa lumi&egrave;re et dans son amour. Il est notre temple : &laquo; La chose que je cherche, c&rsquo;est d&rsquo;habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie &raquo; (cf.&nbsp;Ps&nbsp;27, 4). &laquo; Mieux vaut un jour dans tes parvis que mille &agrave; ma guise &raquo; (Ps&nbsp;84, 11). C&rsquo;est en lui que nous sommes sanctifi&eacute;s.\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>Un enseignement de l&rsquo;&Eacute;glise souvent oubli&eacute;\u003C\u002Fstrong>\u003Cbr>\n52. L&rsquo;&Eacute;glise catholique a maintes fois enseign&eacute; que nous ne sommes pas justifi&eacute;s par nos &oelig;uvres ni par nos efforts mais par la gr&acirc;ce du Seigneur qui prend l&rsquo;initiative. Les P&egrave;res de l&rsquo;&Eacute;glise, m&ecirc;me avant saint Augustin, exprimaient clairement cette conviction primordiale. Saint Jean Chrysostome disait que Dieu verse en nous la source m&ecirc;me de tous les dons avant m&ecirc;me que nous n&rsquo;entrions dans le combat. Saint Basile le Grand faisait remarquer que le fid&egrave;le se glorifie seulement en Dieu, car il sait qu&rsquo;il &laquo; est d&eacute;pourvu de vraie justice et ne [trouve] sa justice que dans la foi au Christ &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>53. Le deuxi&egrave;me Synode d&rsquo;Orange a enseign&eacute; avec grande autorit&eacute; que nul homme peut exiger, m&eacute;riter ou acheter le don de la gr&acirc;ce divine et que toute coop&eacute;ration avec elle est d&rsquo;abord un don de la gr&acirc;ce elle-m&ecirc;me : &laquo; M&ecirc;me notre volont&eacute; de purification est un effet de l&rsquo;infusion et de l&rsquo;op&eacute;ration du Saint Esprit en nous &raquo;. Plus tard, m&ecirc;me quand le Concile de Trente souligne l&rsquo;importance de notre coop&eacute;ration pour la croissance spirituelle, il r&eacute;affirme cet enseignement dogmatique : on dit que nous sommes &laquo; justifi&eacute;s gratuitement parce que rien de ce qui pr&eacute;c&egrave;de la justification, que ce soit la foi ou les &oelig;uvres, ne m&eacute;rite cette gr&acirc;ce de la justification. En effet, si c&rsquo;est une gr&acirc;ce, elle ne vient pas des &oelig;uvres ; autrement, la gr&acirc;ce n&rsquo;est plus la gr&acirc;ce (Rm&nbsp;11, 6)&raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>54. Le Cat&eacute;chisme de l&rsquo;&Eacute;glise catholique aussi nous rappelle que le don de la gr&acirc;ce &laquo; surpasse les capacit&eacute;s de l&rsquo;intelligence et les forces de la volont&eacute; humaine &raquo;, et qu&rsquo;&laquo; &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de Dieu, il n&rsquo;y a pas, au sens d&rsquo;un droit strict, de m&eacute;rite de la part de l&rsquo;homme. Entre Lui et nous l&rsquo;in&eacute;galit&eacute; est sans mesure &raquo;. Son amiti&eacute; nous d&eacute;passe infiniment, nous ne pouvons pas l&rsquo;acheter par nos &oelig;uvres et elle ne peut &ecirc;tre qu&rsquo;un don de son initiative d&rsquo;amour. Cela nous invite &agrave; vivre dans une joyeuse gratitude pour ce don que nous ne m&eacute;riterons jamais, puisque &laquo; quand [quelqu&rsquo;un] poss&egrave;de d&eacute;j&agrave; la gr&acirc;ce, il ne peut m&eacute;riter cette gr&acirc;ce d&eacute;j&agrave; re&ccedil;ue &raquo;. Les saints &eacute;vitent de mettre leur confiance dans leurs propres actions : &laquo; Au soir de cette vie, je para&icirc;trai devant vous les mains vides, car je ne vous demande pas, Seigneur, de compter mes &oelig;uvres. Toutes nos justices ont des taches &agrave; vos yeux &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>55. C&rsquo;est l&rsquo;une des grandes convictions d&eacute;finitivement acquises par l&rsquo;&Eacute;glise, et cela est si clairement exprim&eacute; dans la Parole de Dieu que c&rsquo;est hors de toute discussion. Tout comme le commandement supr&ecirc;me de l&rsquo;amour, cette v&eacute;rit&eacute; devrait marquer notre style de vie, parce qu&rsquo;elle s&rsquo;abreuve au c&oelig;ur de l&rsquo;Evangile et elle demande non seulement &agrave; &ecirc;tre accueillie par notre esprit, mais aussi &agrave; &ecirc;tre transform&eacute;e en une joie contagieuse. Cependant nous ne pourrons pas c&eacute;l&eacute;brer avec gratitude le don gratuit de l&rsquo;amiti&eacute; avec le Seigneur si nous ne reconnaissons pas que m&ecirc;me notre existence terrestre et nos capacit&eacute;s naturelles sont un don. Il nous faut &laquo; accepter joyeusement que notre &ecirc;tre soit un don, et accepter m&ecirc;me notre libert&eacute; comme une gr&acirc;ce. C&rsquo;est ce qui est difficile aujourd&rsquo;hui dans un monde qui croit avoir quelque chose par lui-m&ecirc;me, fruit de sa propre originalit&eacute; ou de sa libert&eacute; &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>56. C&rsquo;est seulement &agrave; partir du don de Dieu, librement accueilli et humblement re&ccedil;u, que nous pouvons coop&eacute;rer par nos efforts &agrave; nous laisser transformer de plus en plus. Il faut d&rsquo;abord appartenir &agrave; Dieu. Il s&rsquo;agit de nous offrir &agrave; celui qui nous devance, de lui remettre nos capacit&eacute;s, notre engagement, notre lutte contre le mal et notre cr&eacute;ativit&eacute;, pour que son don gratuit grandisse et se d&eacute;veloppe en nous : &laquo; Je vous exhorte, fr&egrave;res, par la mis&eacute;ricorde de Dieu, &agrave; offrir vos personnes en hostie vivante, sainte, agr&eacute;able &agrave; Dieu &raquo; (Rm&nbsp;12, 1). D&rsquo;autre part, l&rsquo;&Eacute;glise a toujours enseign&eacute; que seule la charit&eacute; rend possible la croissance dans la vie de la gr&acirc;ce car &laquo; si je n&rsquo;ai pas la charit&eacute;, je ne suis rien &raquo; (1Co&nbsp;13, 2).\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>Les nouveaux p&eacute;lagiens\u003C\u002Fstrong>\u003Cbr>\n57. Il y a encore des chr&eacute;tiens qui s&rsquo;emploient &agrave; suivre un autre chemin : celui de la justification par leurs propres forces, celui de l&rsquo;adoration de la volont&eacute; humaine et de ses propres capacit&eacute;s, ce qui se traduit par une autosatisfaction &eacute;gocentrique et &eacute;litiste d&eacute;pourvue de l&rsquo;amour vrai. Cela se manifeste par de nombreuses attitudes apparemment diff&eacute;rentes : l&rsquo;obsession pour la loi, la fascination de pouvoir montrer des conqu&ecirc;tes sociales et politiques, l&rsquo;ostentation dans le soin de la liturgie, de la doctrine et du prestige de l&rsquo;&Eacute;glise, la vaine gloire li&eacute;e &agrave; la gestion d&rsquo;affaires pratiques, l&rsquo;enthousiasme pour les dynamiques d&rsquo;autonomie et de r&eacute;alisation autor&eacute;f&eacute;rentielle. Certains chr&eacute;tiens consacrent leurs &eacute;nergies et leur temps &agrave; cela, au lieu de se laisser porter par l&rsquo;Esprit sur le chemin de l&rsquo;amour, de br&ucirc;ler du d&eacute;sir de communiquer la beaut&eacute; et la joie de l&rsquo;Evangile, et de chercher ceux qui sont perdus parmi ces immenses multitudes assoiff&eacute;es du Christ.\u003C\u002Fp>\u003Cp>58. Souvent, contre l&rsquo;impulsion de l&rsquo;Esprit, la vie de l&rsquo;&Eacute;glise se transforme en pi&egrave;ce de mus&eacute;e ou devient la propri&eacute;t&eacute; d&rsquo;un petit nombre. Cela se produit quand certains groupes chr&eacute;tiens accordent une importance excessive &agrave; l&rsquo;accomplissement de normes, de coutumes ou de styles d&eacute;termin&eacute;s. De cette mani&egrave;re, on a l&rsquo;habitude de r&eacute;duire et de mettre l&rsquo;Evangile dans un carcan en lui retirant sa simplicit&eacute; captivante et sa saveur. C&rsquo;est peut-&ecirc;tre une forme subtile de p&eacute;lagianisme, parce que cela semble soumettre la vie de la gr&acirc;ce &agrave; quelques structures humaines. Cela touche des groupes, des mouvements et des communaut&eacute;s, et c&rsquo;est ce qui explique que, tr&egrave;s souvent, ils commencent par une vie intense dans l&rsquo;Esprit mais finissent fossilis&eacute;s&hellip; ou corrompus.\u003C\u002Fp>\u003Cp>59. Sans nous en rendre compte, en pensant que tout d&eacute;pend de l&rsquo;effort humain canalis&eacute; par des normes et des structures eccl&eacute;siales, nous compliquons l&rsquo;Evangile et nous devenons esclaves d&rsquo;un sch&eacute;ma qui laisse peu de place pour que la gr&acirc;ce agisse. Saint Thomas d&rsquo;Aquin nous rappelait que les pr&eacute;ceptes ajout&eacute;s &agrave; l&rsquo;Evangile par l&rsquo;&Eacute;glise doivent s&rsquo;exiger avec mod&eacute;ration &laquo; de peur que la vie des fid&egrave;les en devienne p&eacute;nible &raquo; et qu&rsquo;ainsi notre religion ne se transforme en &laquo; un fardeau asservissant &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>Le r&eacute;sum&eacute; de la Loi\u003C\u002Fstrong>\u003Cbr>\n60. Pour &eacute;viter cela, il est bon de rappeler fr&eacute;quemment qu&rsquo;il y a une hi&eacute;rarchie des vertus qui nous invite &agrave; rechercher l&rsquo;essentiel. Le primat revient aux vertus th&eacute;ologales qui ont Dieu pour objet et cause. Et au centre se trouve la charit&eacute;. Saint Paul affirme que ce qui compte vraiment, c&rsquo;est la &laquo; la foi op&eacute;rant par la charit&eacute; &raquo; (Ga&nbsp;5, 6). Nous sommes appel&eacute;s &agrave; pr&eacute;server plus soigneusement la charit&eacute; : &laquo; Celui qui aime autrui a de ce fait accompli la loi [&hellip;]. La charit&eacute; est donc la loi dans sa pl&eacute;nitude &raquo; (Rm&nbsp;13, 8.10). &laquo; Car une seule formule contient toute la Loi en sa pl&eacute;nitude : &ldquo;Tu aimeras ton prochain comme toi-m&ecirc;me&rdquo; &raquo; (Ga&nbsp;5, 14).\u003C\u002Fp>\u003Cp>61. En d&rsquo;autres termes : dans l&rsquo;&eacute;paisse for&ecirc;t de pr&eacute;ceptes et de prescriptions, J&eacute;sus ouvre une br&egrave;che qui permet de distinguer deux visages : celui du P&egrave;re et celui du fr&egrave;re. Il ne nous offre pas deux formules ou deux pr&eacute;ceptes de plus. Il nous offre deux visages, ou mieux, un seul, celui de Dieu qui se refl&egrave;te dans beaucoup d&rsquo;autres. Car en chaque fr&egrave;re, sp&eacute;cialement le plus petit, fragile, sans d&eacute;fense et en celui qui est dans le besoin, se trouve pr&eacute;sente l&rsquo;image m&ecirc;me de Dieu. En effet, avec cette humanit&eacute; vuln&eacute;rable consid&eacute;r&eacute;e comme d&eacute;chet, &agrave; la fin des temps, le Seigneur fa&ccedil;onnera sa derni&egrave;re &oelig;uvre d&rsquo;art. Car &laquo; qu&rsquo;est-ce qui reste, qu&rsquo;est-ce qui a de la valeur dans la vie, quelles richesses ne s&rsquo;&eacute;vanouissent pas ? S&ucirc;rement deux : le Seigneur et le prochain. Ces deux richesses ne s&rsquo;&eacute;vanouissent pas &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>62. Que le Seigneur d&eacute;livre l&rsquo;&Eacute;glise des nouvelles formes de gnosticisme et de p&eacute;lagianisme qui l&rsquo;affublent et l&rsquo;entravent sur le chemin de la saintet&eacute; ! Ces d&eacute;viations s&rsquo;expriment de diverses mani&egrave;res, selon le temp&eacute;rament et des caract&eacute;ristiques propres &agrave; chacun. C&rsquo;est pourquoi j&rsquo;exhorte chacun &agrave; se demander et &agrave; discerner devant Dieu de quelle mani&egrave;re elles peuvent &ecirc;tre en train de se manifester dans sa vie.\u003Cbr>\n&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Ch2>Troisi&egrave;me chapitre - &Agrave;&nbsp;LA LUMIERE DU MA&Icirc;TRE\u003C\u002Fh2>\u003Cp>63. Il peut y avoir de nombreuses th&eacute;ories sur ce qu&rsquo;est la saintet&eacute;, d&rsquo;abondantes explications et distinctions. Cette r&eacute;flexion pourrait &ecirc;tre utile, mais rien n&rsquo;est plus &eacute;clairant que de revenir aux paroles de J&eacute;sus et de recueillir sa mani&egrave;re de transmettre la v&eacute;rit&eacute;. J&eacute;sus a expliqu&eacute; avec grande simplicit&eacute; ce que veut dire &ecirc;tre saint, et il l&rsquo;a fait quand il nous a enseign&eacute; les b&eacute;atitudes (cf.&nbsp;Mt5, 3-12 ;&nbsp;Lc&nbsp;6, 20-23). Elles sont comme la carte d&rsquo;identit&eacute; du chr&eacute;tien. Donc, si quelqu&rsquo;un d&rsquo;entre nous se pose cette question, &ldquo;comment fait-on pour parvenir &agrave; &ecirc;tre un bon chr&eacute;tien ?&rdquo;, la r&eacute;ponse est simple : il faut mettre en &oelig;uvre, chacun &agrave; sa mani&egrave;re, ce que J&eacute;sus d&eacute;clare dans le sermon des b&eacute;atitudes. &Agrave; travers celles-ci se dessine le visage du Ma&icirc;tre que nous sommes appel&eacute;s &agrave; r&eacute;v&eacute;ler dans le quotidien de nos vies.\u003C\u002Fp>\u003Cp>64. Le mot &ldquo;heureux&rdquo; ou &ldquo;bienheureux&rdquo;, devient synonyme de &ldquo;saint&rdquo;, parce qu&rsquo;il exprime le fait que la personne qui est fid&egrave;le &agrave; Dieu et qui vit sa Parole atteint, dans le don de soi, le vrai bonheur.\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>&Agrave; contre-courant\u003C\u002Fstrong>\u003Cbr>\n65. Bien que les paroles de J&eacute;sus puissent nous sembler po&eacute;tiques, elles vont toutefois vraiment &agrave; contre-courant de ce qui est habituel, de ce qui se fait dans la soci&eacute;t&eacute; ; et, bien que ce message de J&eacute;sus nous attire, en r&eacute;alit&eacute; le monde nous m&egrave;ne vers un autre style de vie. Les b&eacute;atitudes ne sont nullement quelque chose de l&eacute;ger ou de superficiel, bien au contraire ; car nous ne pouvons les vivre que si l&rsquo;Esprit Saint nous envahit avec toute sa puissance et nous lib&egrave;re de la faiblesse de l&rsquo;&eacute;go&iuml;sme, du confort, de l&rsquo;orgueil.\u003C\u002Fp>\u003Cp>66. &Eacute;coutons encore J&eacute;sus, avec tout l&rsquo;amour et le respect que m&eacute;rite le Ma&icirc;tre. Permettons-lui de nous choquer par ses paroles, de nous provoquer, de nous interpeller en vue d&rsquo;un changement r&eacute;el de vie. Autrement, la saintet&eacute; ne sera qu&rsquo;un mot. Examinons &agrave; pr&eacute;sent les diff&eacute;rentes b&eacute;atitudes dans la version de l&rsquo;&Eacute;vangile selon Matthieu (cf.&nbsp;Mt&nbsp;5, 3-12).\u003C\u002Fp>\u003Cp>&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Cdiv class=\"rtecenter\">\u003Cstrong>&laquo;&nbsp;Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des cieux est &agrave; eux&nbsp;&raquo;.\u003C\u002Fstrong>\u003C\u002Fdiv>\u003Cp>\n67. L&rsquo;&Eacute;vangile nous invite &agrave; reconna&icirc;tre la v&eacute;rit&eacute; de notre c&oelig;ur, pour savoir o&ugrave; nous pla&ccedil;ons la s&eacute;curit&eacute; de notre vie. En g&eacute;n&eacute;ral, le riche se sent en s&eacute;curit&eacute; avec ses richesses, et il croit que lorsqu&rsquo;elles sont menac&eacute;es, tout le sens de sa vie sur terre s&rsquo;effondre. J&eacute;sus lui-m&ecirc;me nous l&rsquo;a dit dans la parabole du riche insens&eacute;, en parlant de cet homme confiant qui, comme un insens&eacute;, ne pensait pas qu&rsquo;il pourrait mourir le jour m&ecirc;me (cf.&nbsp;Lc&nbsp;12, 16-21).\u003C\u002Fp>\u003Cp>68. Les richesses ne te garantissent rien. Qui plus est, quand le c&oelig;ur se sent riche, il est tellement satisfait de lui-m&ecirc;me qu&rsquo;il n&rsquo;y a plus de place pour la Parole de Dieu, pour aimer les fr&egrave;res ni pour jouir des choses les plus importantes de la vie. Il se prive ainsi de plus grands biens. C&rsquo;est pourquoi J&eacute;sus d&eacute;clare heureux les pauvres en esprit, ceux qui ont le c&oelig;ur pauvre, o&ugrave; le Seigneur peut entrer avec sa nouveaut&eacute; constante.\u003C\u002Fp>\u003Cp>69. Cette pauvret&eacute; d&rsquo;esprit est &eacute;troitement li&eacute;e &agrave; la &ldquo;sainte indiff&eacute;rence&rdquo; que saint Ignace de Loyola proposait, et par laquelle nous atteignons une merveilleuse libert&eacute; int&eacute;rieure : &laquo; Pour cela il est n&eacute;cessaire de nous rendre indiff&eacute;rents &agrave; toutes les choses cr&eacute;&eacute;es, en tout ce qui est laiss&eacute; &agrave; la libert&eacute; de notre libre-arbitre et qui ne lui est pas d&eacute;fendu ; de telle mani&egrave;re que nous ne voulions pas, pour notre part, davantage la sant&eacute; que la maladie, la richesse que la pauvret&eacute;, l&rsquo;honneur que le d&eacute;shonneur, une vie longue qu&rsquo;une vie courte et ainsi de suite pour tout le reste &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>70. Luc ne parle pas d&rsquo;une pauvret&eacute; en &ldquo;esprit&rdquo; mais d&rsquo;&ecirc;tre &ldquo;pauvre&rdquo; tout court (cf.&nbsp;Lc&nbsp;6, 20), et ainsi il nous invite &eacute;galement &agrave; une existence aust&egrave;re et d&eacute;pouill&eacute;e. De cette fa&ccedil;on, il nous appelle &agrave; partager la vie des plus pauvres, la vie que les Ap&ocirc;tres ont men&eacute;e, et en d&eacute;finitive &agrave; nous configurer &agrave; J&eacute;sus qui, &eacute;tant riche, &laquo; s&rsquo;est fait pauvre &raquo; (2 Co&nbsp;8, 9).\u003Cbr>\n&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Cdiv class=\"rtecenter\">&Ecirc;tre pauvre de c&oelig;ur, c&rsquo;est cela la saintet&eacute; !\u003Cbr>\n\t-\u003C\u002Fdiv>\u003Cp class=\"rtecenter\">&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Cdiv class=\"rtecenter\">\u003Cstrong>&laquo;&nbsp;Heureux les doux, car ils poss&egrave;deront la terre&nbsp;&raquo;.\u003C\u002Fstrong>\u003C\u002Fdiv>\u003Cp>\n71. C&rsquo;est une expression forte, dans ce monde qui depuis le commencement est un lieu d&rsquo;inimiti&eacute;, o&ugrave; l&rsquo;on se dispute partout, o&ugrave;, de tous c&ocirc;t&eacute;s, il y a de la haine, o&ugrave; constamment nous classons les autres en fonction de leurs id&eacute;es, de leurs m&oelig;urs, voire de leur mani&egrave;re de parler ou de s&rsquo;habiller. En d&eacute;finitive, c&rsquo;est le r&egrave;gne de l&rsquo;orgueil et de la vanit&eacute;, o&ugrave; chacun croit avoir le droit de s&rsquo;&eacute;lever au-dessus des autres. N&eacute;anmoins, bien que cela semble impossible, J&eacute;sus propose un autre style : la douceur. C&rsquo;est ce qu&rsquo;il pratiquait avec ses propres disciples et c&rsquo;est ce que nous voyons au moment de son entr&eacute;e &agrave; J&eacute;rusalem : &laquo; Voici que ton Roi vient &agrave; toi ; modeste, il monte une &acirc;nesse &raquo; (Mt&nbsp;21, 5 ; cf.&nbsp;Zc&nbsp;9, 9).\u003C\u002Fp>\u003Cp>72. J&eacute;sus a dit : &laquo; Mettez-vous &agrave; mon &eacute;cole, car je suis doux et humble de c&oelig;ur, et vous trouverez soulagement pour vos &acirc;mes &raquo; (Mt&nbsp;11, 29). Si nous vivons tendus, pr&eacute;tentieux face aux autres, nous finissons par &ecirc;tre fatigu&eacute;s et &eacute;puis&eacute;s. Mais si nous regardons leurs limites et leurs d&eacute;fauts avec tendresse et douceur, sans nous sentir meilleurs qu&rsquo;eux, nous pouvons les aider et nous &eacute;vitons d&rsquo;user nos &eacute;nergies en lamentations inutiles. Pour sainte Th&eacute;r&egrave;se de Lisieux, &laquo; la charit&eacute; parfaite consiste &agrave; supporter les d&eacute;fauts des autres, &agrave; ne point s&rsquo;&eacute;tonner de leurs faiblesses &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>73. Paul mentionne la douceur comme un fruit de l&rsquo;Esprit Saint (cf.&nbsp;Ga&nbsp;5, 23). Il propose que, si nous sommes parfois pr&eacute;occup&eacute;s par les mauvaises actions du fr&egrave;re, nous nous approchions pour le corriger, mais &laquo; avec un esprit de douceur &raquo; (Ga&nbsp;6, 1), et il rappelle : &laquo; Tu pourrais bien toi aussi &ecirc;tre tent&eacute; &raquo; (ibid.). M&ecirc;me lorsque l&rsquo;on d&eacute;fend sa foi et ses convictions, il faut le faire &laquo; avec douceur &raquo; (1 P&nbsp;3, 16), y compris avec les adversaires qui doivent &ecirc;tre trait&eacute;s &laquo; avec douceur &raquo; (2 Tm&nbsp;2, 25). Dans l&rsquo;&Eacute;glise, bien des fois nous nous sommes tromp&eacute;s pour ne pas avoir accueilli cette requ&ecirc;te de la Parole de Dieu.\u003C\u002Fp>\u003Cp>74. La douceur est une autre expression de la pauvret&eacute; int&eacute;rieure de celui qui place sa confiance seulement en Dieu. En effet, dans la Bible on utilise habituellement le m&ecirc;me mot&nbsp;anawin&nbsp;pour d&eacute;signer les pauvres et les doux. Quelqu&rsquo;un pourrait objecter : &ldquo;Si je suis trop doux, on pensera que je suis stupide, que je suis idiot ou faible&rdquo;. C&rsquo;est peut-&ecirc;tre le cas, mais laissons les autres penser cela. Il vaut mieux toujours &ecirc;tre doux, et nos plus grands d&eacute;sirs s&rsquo;accompliront : les doux &laquo; poss&egrave;deront la terre &raquo;, autrement dit, ils verront accomplies, dans leurs vies, les promesses de Dieu. En effet, les doux, ind&eacute;pendamment des circonstances, esp&egrave;rent dans le Seigneur, et les humbles poss&egrave;deront la terre et jouiront d&rsquo;une grande paix (cf.&nbsp;Ps&nbsp;37, 9.11). En m&ecirc;me temps, le Seigneur leur fait confiance : &laquo; Celui sur qui je porte les yeux, c&rsquo;est le pauvre et l&rsquo;humili&eacute;, celui qui tremble &agrave; ma parole &raquo; (Is&nbsp;66, 2).\u003Cbr>\n&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Cdiv class=\"rtecenter\">R&eacute;agir avec une humble douceur, c&rsquo;est cela la saintet&eacute; !\u003Cbr>\n\t-\u003C\u002Fdiv>\u003Cp class=\"rtecenter\">&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Cdiv class=\"rtecenter\">\u003Cstrong>&laquo;&nbsp;Heureux les afflig&eacute;s, car ils seront consol&eacute;s&nbsp;&raquo;\u003C\u002Fstrong>\u003C\u002Fdiv>\u003Cp>\n75. Le monde nous propose le contraire : le divertissement, la jouissance, le loisir, la diversion, et il nous dit que c&rsquo;est cela qui fait la bonne vie. L&rsquo;homme mondain ignore, d&eacute;tourne le regard quand il y a des probl&egrave;mes de maladie ou de souffrance dans sa famille ou autour de lui. Le monde ne veut pas pleurer : il pr&eacute;f&egrave;re ignorer les situations douloureuses, les dissimuler, les cacher. Il s&rsquo;ing&eacute;nie &agrave; fuir les situations o&ugrave; il y a de la souffrance, croyant qu&rsquo;il est possible de masquer la r&eacute;alit&eacute;, o&ugrave; la croix ne peut jamais, jamais manquer.\u003C\u002Fp>\u003Cp>76. La personne qui voit les choses comme elles sont r&eacute;ellement se laisse transpercer par la douleur et pleure dans son c&oelig;ur, elle est capable de toucher les profondeurs de la vie et d&rsquo;&ecirc;tre authentiquement heureuse. Cette personne est consol&eacute;e, mais par le r&eacute;confort de J&eacute;sus et non par celui du monde. Elle peut ainsi avoir le courage de partager la souffrance des autres et elle cesse de fuir les situations douloureuses. De cette mani&egrave;re, elle trouve que la vie a un sens, en aidant l&rsquo;autre dans sa souffrance, en comprenant les angoisses des autres, en soulageant les autres. Cette personne sent que l&rsquo;autre est la chair de sa chair, elle ne craint pas de s&rsquo;en approcher jusqu&rsquo;&agrave; toucher sa blessure, elle compatit jusqu&rsquo;&agrave; se rendre compte que les distances ont &eacute;t&eacute; supprim&eacute;es. Il devient ainsi possible d&rsquo;accueillir cette exhortation de saint Paul : &laquo; Pleurez avec qui pleure &raquo; (Rm&nbsp;12, 15).\u003Cbr>\n&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Cdiv class=\"rtecenter\">Savoir pleurer avec les autres, c&rsquo;est cela la saintet&eacute; !\u003Cbr>\n\t-\u003C\u002Fdiv>\u003Cp class=\"rtecenter\">&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Cdiv class=\"rtecenter\">\u003Cstrong>&laquo;&nbsp;Heureux les affam&eacute;s et les assoiff&eacute;s de la justice, car ils seront rassasi&eacute;s&nbsp;&raquo;\u003C\u002Fstrong>\u003C\u002Fdiv>\u003Cp>\n77. &lsquo;&lsquo;Avoir faim et soif&rsquo;&rsquo; sont des exp&eacute;riences tr&egrave;s intenses, parce qu&rsquo;elles r&eacute;pondent &agrave; des besoins vitaux et sont li&eacute;es &agrave; l&rsquo;instinct de survie. Il y a des gens qui avec cette m&ecirc;me intensit&eacute; aspirent &agrave; la justice et la recherchent avec un d&eacute;sir vraiment ardent. J&eacute;sus dit qu&rsquo;ils seront rassasi&eacute;s, puisque, t&ocirc;t ou tard, la justice devient r&eacute;alit&eacute;, et nous, nous pouvons contribuer &agrave; ce que ce soit possible, m&ecirc;me si nous ne voyons pas toujours les r&eacute;sultats de cet engagement.\u003C\u002Fp>\u003Cp>78. Mais la justice que J&eacute;sus propose n&rsquo;est pas comme celle que le monde recherche ; une justice tant de fois entach&eacute;e par des int&eacute;r&ecirc;ts mesquins, manipul&eacute;e d&rsquo;un c&ocirc;t&eacute; ou de l&rsquo;autre. La r&eacute;alit&eacute; nous montre combien il est facile d&rsquo;entrer dans les bandes organis&eacute;es de la corruption, de participer &agrave; cette politique quotidienne du &ldquo;donnant-donnant&rdquo;, o&ugrave; tout est affaire. Et que de personnes souffrent d&rsquo;injustices, combien sont contraintes &agrave; observer, impuissantes, comment les autres se relaient pour se partager le g&acirc;teau de la vie. Certains renoncent &agrave; lutter pour la vraie justice et choisissent de monter dans le train du vainqueur. Cela n&rsquo;a rien &agrave; voir avec la faim et la soif de justice dont J&eacute;sus fait l&rsquo;&eacute;loge.\u003C\u002Fp>\u003Cp>79. Une telle justice commence &agrave; devenir r&eacute;alit&eacute; dans la vie de chacun lorsque l&rsquo;on est juste dans ses propres d&eacute;cisions, et elle se manifeste ensuite, quand on recherche la justice pour les pauvres et les faibles. Il est vrai que le mot &ldquo;justice&rdquo; peut &ecirc;tre synonyme de fid&eacute;lit&eacute; &agrave; la volont&eacute; de Dieu par toute notre vie, mais si nous lui donnons un sens tr&egrave;s g&eacute;n&eacute;ral, nous oublions qu&rsquo;elle se r&eacute;v&egrave;le en particulier dans la justice envers les d&eacute;sempar&eacute;s : &laquo; Recherchez le droit, redressez le violent ! Faites droit &agrave; l&rsquo;orphelin, plaidez pour la veuve&nbsp;!&nbsp;&raquo; (Is&nbsp;1, 17).\u003Cbr>\n&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Cdiv class=\"rtecenter\">Rechercher la justice avec faim et soif, c&rsquo;est cela la saintet&eacute; !\u003Cbr>\n\t-\u003C\u002Fdiv>\u003Cp class=\"rtecenter\">&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Cdiv class=\"rtecenter\">\u003Cstrong>&laquo;&nbsp;Heureux les mis&eacute;ricordieux, car ils obtiendront mis&eacute;ricorde&nbsp;&raquo;.\u003C\u002Fstrong>\u003C\u002Fdiv>\u003Cp>\n80. La mis&eacute;ricorde a deux aspects : elle consiste &agrave; donner, &agrave; aider, &agrave; servir les autres, et aussi &agrave; pardonner, &agrave; comprendre. Matthieu le r&eacute;sume dans une r&egrave;gle d&rsquo;or : &laquo; Ainsi, tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-m&ecirc;mes pour eux&raquo; (7, 12). Le Cat&eacute;chisme nous rappelle que cette loi doit &ecirc;tre appliqu&eacute;e &laquo; dans tous les cas &raquo;, sp&eacute;cialement quand quelqu&rsquo;un &laquo; est quelquefois affront&eacute; &agrave; des situations qui rendent le jugement moral moins assur&eacute; et la d&eacute;cision difficile &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>81. Donner et pardonner, c&rsquo;est essayer de reproduire dans nos vies un petit reflet de la perfection de Dieu qui donne et pardonne en surabondance. C&rsquo;est pourquoi, dans l&rsquo;&eacute;vangile de Luc, nous n&rsquo;entendons plus le &laquo; soyez parfaits &raquo; (Mt&nbsp;5, 48) mais : &laquo; Montrez-vous compatissants, comme votre P&egrave;re est compatissant. Ne jugez pas, et vous ne serez pas jug&eacute;s ; ne condamnez pas et vous ne serez pas condamn&eacute;s ; remettez, et il vous sera remis. Donnez et l&rsquo;on vous donnera &raquo; (6, 36-38). Et puis Luc ajoute quelque chose que nous ne devrions pas ignorer : &laquo; De la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous en retour &raquo; (6, 38). La mesure que nous utilisons pour comprendre et pour pardonner nous sera appliqu&eacute;e pour nous pardonner. La mesure que nous appliquons pour donner, nous sera appliqu&eacute;e au ciel pour nous r&eacute;compenser. Nous n&rsquo;avons pas int&eacute;r&ecirc;t &agrave; l&rsquo;oublier.\u003C\u002Fp>\u003Cp>82. J&eacute;sus ne dit pas : &ldquo;Heureux ceux qui planifient la vengeance&rdquo;, mais il appelle heureux ceux qui pardonnent et qui le font &laquo; jusqu&rsquo;&agrave; soixante-dix-sept fois &raquo; (Mt&nbsp;18, 22). Il faut savoir que tous, nous constituons une arm&eacute;e de gens pardonn&eacute;s. Nous tous, nous avons b&eacute;n&eacute;fici&eacute; de la compassion divine. Si nous nous approchons sinc&egrave;rement du Seigneur et si nous tendons l&rsquo;oreille, nous entendrons parfois probablement ce reproche : &laquo; Ne devais-tu pas, toi aussi, avoir piti&eacute; de ton compagnon comme moi j&rsquo;ai eu piti&eacute; de toi ? &raquo; (Mt&nbsp;18, 33).\u003Cbr>\n&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Cdiv class=\"rtecenter\">Regarder et agir avec mis&eacute;ricorde, c&rsquo;est cela la saintet&eacute; !\u003Cbr>\n\t-\u003C\u002Fdiv>\u003Cp class=\"rtecenter\">&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Cdiv class=\"rtecenter\">\u003Cstrong>&laquo;&nbsp;Heureux les c&oelig;urs purs, car ils verront Dieu&nbsp;&raquo;.\u003C\u002Fstrong>\u003C\u002Fdiv>\u003Cp>\n83. Cette b&eacute;atitude concerne les personnes qui ont un c&oelig;ur simple, pur, sans souillure, car un c&oelig;ur qui sait aimer ne laisse pas entrer dans sa vie ce qui porte atteinte &agrave; cet amour, ce qui le fragilise ou ce qui le met en danger. Dans la Bible, le c&oelig;ur, ce sont nos intentions v&eacute;ritables, ce que nous cherchons vraiment et que nous d&eacute;sirons, au-del&agrave; de ce qui nous laissons transpara&icirc;tre : &laquo; Car ils [les hommes] ne voient que les yeux, mais le Seigneur voit le c&oelig;ur &raquo; (1 S&nbsp;16, 7). Il cherche &agrave; parler &agrave; notre c&oelig;ur (cf.&nbsp;Os&nbsp;2, 16) et il d&eacute;sire y &eacute;crire sa Loi (cf.&nbsp;Jr. 31, 33). En d&eacute;finitive, il veut nous donner un c&oelig;ur nouveau (cf.&nbsp;Ez&nbsp;36, 26).\u003C\u002Fp>\u003Cp>84. Plus que sur toute chose, il faut veiller sur le c&oelig;ur (cf.&nbsp;Pr&nbsp;4, 23). S&rsquo;il n&rsquo;est en rien souill&eacute; par le mensonge, ce c&oelig;ur a une valeur r&eacute;elle pour le Seigneur. Il &laquo; fuit la fourberie, il se retire devant des pens&eacute;es sans intelligence &raquo; (Sg&nbsp;1, 5). Le P&egrave;re, qui &laquo; voit dans le secret &raquo; (Mt&nbsp;6, 6), reconna&icirc;t ce qui n&rsquo;est pas pur, autrement dit, ce qui n&rsquo;est pas sinc&egrave;re, mais qui est seulement une coquille et une apparence, tout comme le Fils sait &laquo; ce qu'il y [a] dans l'homme &raquo; (Jn&nbsp;2, 25).\u003C\u002Fp>\u003Cp>85. Il est vrai qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;amour sans des &oelig;uvres d&rsquo;amour, mais cette b&eacute;atitude nous rappelle que le Seigneur demande un don de soi au fr&egrave;re qui vienne du c&oelig;ur, puisque &laquo; quand je distribuerais tous mes biens en aum&ocirc;ne, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n&rsquo;ai pas la charit&eacute;, cela ne me sert de rien &raquo; (1 Co&nbsp;13, 3). Dans l&rsquo;&Eacute;vangile selon Matthieu, nous voyons aussi que ce qui proc&egrave;de du c&oelig;ur, c&rsquo;est cela qui souille l&rsquo;homme (cf. 15, 18), car de l&agrave; proviennent, entre autres, les crimes, le vol, les faux t&eacute;moignages. (cf.&nbsp;Mt&nbsp;15, 19). Les d&eacute;sirs et les d&eacute;cisions les plus profonds, qui nous guident r&eacute;ellement, trouvent leur origine dans les intentions du c&oelig;ur.\u003C\u002Fp>\u003Cp>86. Quand le c&oelig;ur aime Dieu et le prochain (cf.&nbsp;Mt&nbsp;22, 36-40), quand telle est son intention v&eacute;ritable et non pas de vaines paroles, alors ce c&oelig;ur est pur et il peut voir Dieu. Saint Paul, dans son hymne &agrave; la charit&eacute;, rappelle que &laquo; nous voyons, &agrave; pr&eacute;sent, dans un miroir, en &eacute;nigme &raquo; (1 Co&nbsp;13, 12), mais dans la mesure o&ugrave; r&egrave;gne l&rsquo;amour vrai, nous serons capables de voir &laquo; face &agrave; face &raquo; (ibid.). J&eacute;sus promet que ceux qui ont un c&oelig;ur pur &lsquo;&lsquo;verront Dieu&rsquo;&rsquo;.\u003Cbr>\n&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Cdiv class=\"rtecenter\">Garder le c&oelig;ur pur de tout ce qui souille l&rsquo;amour, c&rsquo;est cela la saintet&eacute; !\u003Cbr>\n\t-\u003C\u002Fdiv>\u003Cp class=\"rtecenter\">&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Cdiv class=\"rtecenter\">\u003Cstrong>&laquo;&nbsp;Heureux les artisans de paix, car ils seront appel&eacute;s fils de Dieu&nbsp;&raquo;.\u003C\u002Fstrong>\u003C\u002Fdiv>\u003Cp>\n87. Cette b&eacute;atitude nous fait penser aux nombreuses situations de guerre qui se r&eacute;p&egrave;tent. En ce qui nous concerne, il est fr&eacute;quent que nous soyons des instigateurs de conflits ou au moins des causes de malentendus. Par exemple, quand j&rsquo;entends quelque chose de quelqu&rsquo;un, que je vais voir une autre personne et que je le lui r&eacute;p&egrave;te ; et que j&rsquo;en fais m&ecirc;me une deuxi&egrave;me version un peu plus &eacute;toff&eacute;e et que je la propage. Et si je r&eacute;ussis &agrave; faire plus de mal, il semble que cela me donne davantage de satisfaction. Le monde des ragots, fait de gens qui s&rsquo;emploient &agrave; critiquer et &agrave; d&eacute;truire, ne construit pas la paix. Ces gens sont au contraire des ennemis de la paix et aucunement bienheureux.\u003C\u002Fp>\u003Cp>88. Les pacifiques sont source de paix, ils b&acirc;tissent la paix et l&rsquo;amiti&eacute; sociales. &Agrave; ceux qui s&rsquo;efforcent de semer la paix en tous lieux, J&eacute;sus a fait une merveilleuse promesse : &laquo; Ils seront appel&eacute;s fils de Dieu &raquo; (Mt&nbsp;5, 9). Il a demand&eacute; &agrave; ses disciples de dire en entrant dans une maison : &laquo; Paix &agrave; cette maison ! &raquo; (Lc&nbsp;10, 5). La Parole de Dieu exhorte chaque croyant &agrave; rechercher la paix &lsquo;&lsquo;en union avec tous&rsquo;&rsquo; (cf.&nbsp;2 Tm&nbsp;2, 22), car &laquo; un fruit de justice est sem&eacute; dans la paix pour ceux qui produisent la paix &raquo; (Jc&nbsp;3, 18). Et si parfois, dans notre communaut&eacute;, nous avons des doutes quant &agrave; ce que nous devons faire, &laquo; poursuivons donc ce qui favorise la paix&nbsp;&raquo; (Rm&nbsp;14, 19), parce que l&rsquo;unit&eacute; est sup&eacute;rieure au conflit.\u003C\u002Fp>\u003Cp>89. Il n&rsquo;est pas facile de b&acirc;tir cette paix &eacute;vang&eacute;lique qui n&rsquo;exclut personne mais qui inclut &eacute;galement ceux qui sont un peu &eacute;tranges, les personnes difficiles et compliqu&eacute;es, ceux qui r&eacute;clament de l&rsquo;attention, ceux qui sont diff&eacute;rents, ceux qui sont malmen&eacute;s par la vie, ceux qui ont d&rsquo;autres int&eacute;r&ecirc;ts. C&rsquo;est dur et cela requiert une grande ouverture d&rsquo;esprit et de c&oelig;ur, parce qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;&laquo; un consensus de bureau ou d&rsquo;une paix &eacute;ph&eacute;m&egrave;re, pour une minorit&eacute; heureuse &raquo; ni d&rsquo;un projet &laquo; de quelques-uns destin&eacute; &agrave; quelques-uns&nbsp;&raquo;.&nbsp;Il ne s&rsquo;agit pas non plus d&rsquo;ignorer ou de dissimuler les conflits, mais &laquo; d&rsquo;accepter de supporter le conflit, de le r&eacute;soudre et de le transformer en un maillon d&rsquo;un nouveau processus &raquo;. Il s&rsquo;agit d&rsquo;&ecirc;tre des artisans de paix, parce que b&acirc;tir la paix est un art qui exige s&eacute;r&eacute;nit&eacute;, cr&eacute;ativit&eacute;, sensibilit&eacute; et dext&eacute;rit&eacute;.\u003Cbr>\n&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Cdiv class=\"rtecenter\">Semer la paix autour de nous, c&rsquo;est cela la saintet&eacute; !\u003Cbr>\n\t-\u003C\u002Fdiv>\u003Cp class=\"rtecenter\">&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Cp class=\"rtecenter\">&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Cdiv class=\"rtecenter\">\u003Cstrong>&laquo;&nbsp;Heureux les pers&eacute;cut&eacute;s pour la justice, car le Royaume des cieux est &agrave; eux&nbsp;&raquo;.\u003C\u002Fstrong>\u003C\u002Fdiv>\u003Cp>\n90. J&eacute;sus lui-m&ecirc;me souligne que ce chemin va &agrave; contrecourant, au point de nous transformer en sujets qui interpellent la soci&eacute;t&eacute; par leur vie, en personnes qui d&eacute;rangent. J&eacute;sus rappelle combien de personnes sont pers&eacute;cut&eacute;es et ont &eacute;t&eacute; pers&eacute;cut&eacute;es simplement pour avoir lutt&eacute; pour la justice, pour avoir v&eacute;cu leurs engagements envers Dieu et envers les autres. Si nous ne voulons pas sombrer dans une obscure m&eacute;diocrit&eacute;, ne recherchons pas une vie confortable, car &laquo; qui veut [&hellip;] sauver sa vie la perdra &raquo; (Mt&nbsp;16, 25).\u003C\u002Fp>\u003Cp>91. Pour vivre l&rsquo;&Eacute;vangile, on ne peut pas s&rsquo;attendre &agrave; ce que tout autour de nous soit favorable, parce que souvent les ambitions du pouvoir et les int&eacute;r&ecirc;ts mondains jouent contre nous. Saint Jean-Paul II disait qu&rsquo;&laquo; une soci&eacute;t&eacute; est ali&eacute;n&eacute;e quand, dans les formes de son organisation sociale, de la production et de la consommation, elle rend plus difficile la r&eacute;alisation [du] don [de soi] et la constitution de [la] solidarit&eacute; entre hommes &raquo;. Dans une telle soci&eacute;t&eacute; ali&eacute;n&eacute;e, prise dans un enchev&ecirc;trement politique, m&eacute;diatique, &eacute;conomique, culturel et m&ecirc;me religieux qui emp&ecirc;che un authentique d&eacute;veloppement humain et social, il devient difficile de vivre les b&eacute;atitudes, et cela est m&ecirc;me mal vu, suspect&eacute;, ridiculis&eacute;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>92. La croix, en particulier les peines et les souffrances que nous supportons pour suivre le commandement de l&rsquo;amour et le chemin de la justice, est une source de maturation et de sanctification. Rappelons-nous que, lorsque le Nouveau Testament parle des souffrances qu&rsquo;il faut supporter pour l&rsquo;&Eacute;vangile, il se r&eacute;f&egrave;re pr&eacute;cis&eacute;ment aux pers&eacute;cutions (cf.&nbsp;Ac&nbsp;5, 41 ;&nbsp;Ph&nbsp;1, 29 ;&nbsp;Col&nbsp;1, 24 ; 2&nbsp;Tm1, 12 ;&nbsp;1 P&nbsp;2, 20 ; 4, 14-16 ;&nbsp;Ap&nbsp;2, 10).\u003C\u002Fp>\u003Cp>93. Mais nous parlons des pers&eacute;cutions in&eacute;vitables, non pas de celles que nous pouvons causer nous-m&ecirc;mes par une mauvaise fa&ccedil;on de traiter les autres. Un saint n&rsquo;est pas quelqu&rsquo;un de bizarre, de distant, qui se rend insupportable par sa vanit&eacute;, sa n&eacute;gativit&eacute; et ses ranc&oelig;urs. Les Ap&ocirc;tres du Christ n&rsquo;&eacute;taient pas ainsi. Le livre des Actes rapporte avec insistance que ceux-ci jouissaient de la sympathie &laquo; de tout le peuple &raquo; (2, 47 ; cf. 4, 21.33 ; 5, 13), tandis que certaines autorit&eacute;s les harcelaient et les pers&eacute;cutaient (cf. 4, 1-3 ; 5, 17-18).\u003C\u002Fp>\u003Cp>94. Les pers&eacute;cutions ne sont pas une r&eacute;alit&eacute; du pass&eacute;, parce qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui &eacute;galement, nous en subissons, que ce soit d&rsquo;une mani&egrave;re sanglante, comme tant de martyrs contemporains, ou d&rsquo;une fa&ccedil;on plus subtile, &agrave; travers des calomnies et des mensonges. J&eacute;sus dit d&rsquo;&ecirc;tre heureux quand &laquo; on dira faussement contre vous toute sorte d&rsquo;infamie &raquo; (Mt&nbsp;5, 11). D&rsquo;autres fois, il s&rsquo;agit de moqueries qui cherchent &agrave; d&eacute;figurer notre foi et &agrave; nous faire passer pour des &ecirc;tres ridicules.\u003Cbr>\n&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Cdiv class=\"rtecenter\">Accepter chaque jour le chemin de l&rsquo;&Eacute;vangile m&ecirc;me s&rsquo;il nous cr&eacute;e des probl&egrave;mes, c&rsquo;est cela la saintet&eacute; !\u003Cbr>\n\t&nbsp;\u003C\u002Fdiv>\u003Cp>\n\u003Cstrong>Le grand crit&egrave;re\u003C\u002Fstrong>\u003Cbr>\n95. Dans le chapitre 25 de l&rsquo;&Eacute;vangile selon Matthieu (vv. 31-46), J&eacute;sus s&rsquo;arr&ecirc;te de nouveau sur l&rsquo;une des b&eacute;atitudes, celle qui d&eacute;clare heureux les mis&eacute;ricordieux. Si nous recherchons cette saintet&eacute; qui pla&icirc;t aux yeux de Dieu, nous trouvons pr&eacute;cis&eacute;ment dans ce texte un crit&egrave;re sur la base duquel nous serons jug&eacute;s : &laquo; J&rsquo;ai eu faim et vous m&rsquo;avez donn&eacute; &agrave; manger, j&rsquo;ai eu soif et vous m&rsquo;avez donn&eacute; &agrave; boire, j&rsquo;&eacute;tais un &eacute;tranger et vous m&rsquo;avez accueilli, nu et vous m&rsquo;avez v&ecirc;tu, malade et vous m&rsquo;avez visit&eacute;, prisonnier et vous &ecirc;tes venus me voir &raquo; (25, 35-36).\u003Cbr>\n&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Ch3 class=\"rtecenter\">\"\u003Cem>Peut-on comprendre la saintet&eacute; en dehors de cette reconnaissance vivante de la dignit&eacute; de tout &ecirc;tre humain ?\u003C\u002Fem>\"\u003C\u002Fh3>\u003Cp class=\"rtecenter\">&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>Par fid&eacute;lit&eacute; au Ma&icirc;tre\u003C\u002Fstrong>\u003Cbr>\n96. Donc, &ecirc;tre saint ne signifie pas avoir le regard fig&eacute; dans une pr&eacute;tendue extase. Saint Jean-Paul II disait que &laquo; si nous sommes vraiment repartis de la contemplation du Christ, nous devrons savoir le d&eacute;couvrir surtout dans le visage de ceux auxquels il a voulu lui-m&ecirc;me s&rsquo;identifier &raquo;. Le texte de Matthieu 25, 35-36 &laquo; n&rsquo;est pas une simple invitation &agrave; la charit&eacute; ; c&rsquo;est une page de christologie qui projette un rayon de lumi&egrave;re sur le myst&egrave;re du Christ &raquo;. Dans cet appel &agrave; le reconna&icirc;tre dans les pauvres et les souffrants, se r&eacute;v&egrave;le le c&oelig;ur m&ecirc;me du Christ, ses sentiments et ses choix les plus profonds, auxquels tout saint essaie de se conformer.\u003C\u002Fp>\u003Cp>97. Vu le caract&egrave;re formel de ces requ&ecirc;tes de J&eacute;sus, il est de mon devoir de supplier les chr&eacute;tiens de les accepter et de les recevoir avec une ouverture d&rsquo;esprit sinc&egrave;re, &ldquo;sine glossa&rdquo;, autrement dit, sans commentaire, sans &eacute;lucubrations et sans des excuses qui les privent de leur force. Le Seigneur nous a pr&eacute;cis&eacute; que la saintet&eacute; ne peut pas &ecirc;tre comprise ni &ecirc;tre v&eacute;cue en dehors de ces exigences, parce que la mis&eacute;ricorde est &laquo; le c&oelig;ur battant de l&rsquo;&Eacute;vangile&raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>98. Quand je rencontre une personne dormant expos&eacute;e aux intemp&eacute;ries, dans une nuit froide, je peux consid&eacute;rer que ce fagot est un impr&eacute;vu qui m&rsquo;arr&ecirc;te, un d&eacute;linquant d&eacute;s&oelig;uvr&eacute;, un obstacle sur mon chemin, un aiguillon g&ecirc;nant pour ma conscience, un probl&egrave;me que doivent r&eacute;soudre les hommes politiques, et peut-&ecirc;tre m&ecirc;me un d&eacute;chet qui pollue l&rsquo;espace public. Ou bien je peux r&eacute;agir &agrave; partir de la foi et de la charit&eacute;, et reconna&icirc;tre en elle un &ecirc;tre humain dot&eacute; de la m&ecirc;me dignit&eacute; que moi, une cr&eacute;ature infiniment aim&eacute;e par le P&egrave;re, une image de Dieu, un fr&egrave;re rachet&eacute; par J&eacute;sus-Christ. C&rsquo;est cela &ecirc;tre chr&eacute;tien ! Ou bien peut-on comprendre la saintet&eacute; en dehors de cette reconnaissance vivante de la dignit&eacute; de tout &ecirc;tre humain ?\u003C\u002Fp>\u003Cp>99. Pour les chr&eacute;tiens, cela implique une saine et permanente insatisfaction. Bien que soulager une seule personne justifierait d&eacute;j&agrave; tous nos efforts, cela ne nous suffit pas. Les &eacute;v&ecirc;ques du Canada l&rsquo;ont exprim&eacute; clairement en soulignant que, dans les enseignements bibliques sur le Jubil&eacute;, par exemple, il ne s&rsquo;agit pas seulement d&rsquo;accomplir quelques bonnes &oelig;uvres mais de rechercher un changement social : &laquo; Pour que les g&eacute;n&eacute;rations futures soient &eacute;galement lib&eacute;r&eacute;es, il est clair que l&rsquo;objectif doit &ecirc;tre la restauration de syst&egrave;mes sociaux et &eacute;conomiques justes de mani&egrave;re que, d&eacute;sormais, il ne puisse plus y avoir d&rsquo;exclusion &raquo;.\u003Cbr>\n&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Ch3 class=\"rtecenter\">\"\u003Cem>Chez ces grands saints, ni la pri&egrave;re, ni l&rsquo;amour de Dieu, ni la lecture de l&rsquo;Evangile n&rsquo;ont diminu&eacute; la passion ou l&rsquo;efficacit&eacute; du don de soi au prochain, mais bien au contraire.\u003C\u002Fem>\"\u003C\u002Fh3>\u003Cp>&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>Les id&eacute;ologies qui mutilent le c&oelig;ur de l&rsquo;&Eacute;vangile\u003C\u002Fstrong>\u003Cbr>\n100. Je regrette que parfois les id&eacute;ologies nous conduisent &agrave; deux erreurs nuisibles. D&rsquo;une part, celle des chr&eacute;tiens qui s&eacute;parent ces exigences de l&rsquo;Evangile de leur relation personnelle avec le Seigneur, de l&rsquo;union int&eacute;rieure avec lui, de la gr&acirc;ce. Ainsi, le christianisme devient une esp&egrave;ce d&rsquo;ONG, priv&eacute;e de cette mystique lumineuse qu&rsquo;ont si bien v&eacute;cue et manifest&eacute;e saint Fran&ccedil;ois d&rsquo;Assise, saint Vincent de Paul, sainte Teresa de Calcutta, et beaucoup d&rsquo;autres. Chez ces grands saints, ni la pri&egrave;re, ni l&rsquo;amour de Dieu, ni la lecture de l&rsquo;Evangile n&rsquo;ont diminu&eacute; la passion ou l&rsquo;efficacit&eacute; du don de soi au prochain, mais bien au contraire.\u003C\u002Fp>\u003Cp>101. Est &eacute;galement pr&eacute;judiciable et id&eacute;ologique l&rsquo;erreur de ceux qui vivent en suspectant l&rsquo;engagement social des autres, le consid&eacute;rant comme quelque chose de superficiel, de mondain, de la&iuml;cisant, d&rsquo;immanentiste, de communiste, de populiste. Ou bien, ils le relativisent comme s&rsquo;il y avait d&rsquo;autres choses plus importantes ou comme si les int&eacute;ressait seulement une certaine &eacute;thique ou une cause qu&rsquo;eux-m&ecirc;mes d&eacute;fendent. La d&eacute;fense de l&rsquo;innocent qui n&rsquo;est pas encore n&eacute;, par exemple, doit &ecirc;tre sans &eacute;quivoque, ferme et passionn&eacute;e, parce que l&agrave; est en jeu la dignit&eacute; de la vie humaine, toujours sacr&eacute;e, et l&rsquo;amour de chaque personne ind&eacute;pendamment de son d&eacute;veloppement exige cela. Mais est &eacute;galement sacr&eacute;e la vie des pauvres qui sont d&eacute;j&agrave; n&eacute;s, de ceux qui se d&eacute;battent dans la mis&egrave;re, l&rsquo;abandon, le m&eacute;pris, la traite des personnes, l&rsquo;euthanasie cach&eacute;e des malades et des personnes &acirc;g&eacute;es priv&eacute;es d&rsquo;attention, dans les nouvelles formes d&rsquo;esclavage, et dans tout genre de marginalisation. Nous ne pouvons pas envisager un id&eacute;al de saintet&eacute; qui ignore l&rsquo;injustice de ce monde o&ugrave; certains festoient, d&eacute;pensent all&egrave;grement et r&eacute;duisent leur vie aux nouveaut&eacute;s de la consommation, alors que, dans le m&ecirc;me temps, d&rsquo;autres regardent seulement du dehors, pendant que leur vie s&rsquo;&eacute;coule et finit mis&eacute;rablement.\u003C\u002Fp>\u003Cp>102. On entend fr&eacute;quemment que, face au relativisme et aux d&eacute;faillances du monde actuel, la situation des migrants, par exemple, serait un probl&egrave;me mineur. Certains catholiques affirment que c&rsquo;est un sujet secondaire &agrave; c&ocirc;t&eacute; des questions &ldquo;s&eacute;rieuses&rdquo; de la bio&eacute;thique. Qu&rsquo;un homme politique pr&eacute;occup&eacute; par ses succ&egrave;s dise une telle chose, on peut arriver &agrave; la comprendre ; mais pas un chr&eacute;tien, &agrave; qui ne sied que l&rsquo;attitude de se mettre &agrave; la place de ce fr&egrave;re qui risque sa vie pour donner un avenir &agrave; ses enfants. Pouvons-nous reconna&icirc;tre l&agrave; pr&eacute;cis&eacute;ment ce que J&eacute;sus-Christ nous demande quand il nous dit que nous l&rsquo;accueillons lui-m&ecirc;me dans chaque &eacute;tranger (cf.&nbsp;Mt&nbsp;25, 35) ? Saint Beno&icirc;t l&rsquo;avait accept&eacute; sans r&eacute;serve et, bien que cela puisse &ldquo;compliquer&rdquo; la vie des moines, il a dispos&eacute; que tous les h&ocirc;tes qui se pr&eacute;senteraient au monast&egrave;re, on les accueille &laquo; comme le Christ &raquo; en l&rsquo;exprimant m&ecirc;me par des gestes d&rsquo;adoration, et que les pauvres et les p&egrave;lerins soient trait&eacute;s &laquo; avec le plus grand soin et sollicitude &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>103. L&rsquo;Ancien Testament ordonne quelque chose de semblable quand il dit : &laquo; Tu ne molesteras pas l&rsquo;&eacute;tranger ni ne l&rsquo;opprimeras, car vous-m&ecirc;mes avez &eacute;t&eacute; &eacute;trangers dans le pays d&rsquo;&Eacute;gypte &raquo; (Ex&nbsp;22, 20). &laquo; L&rsquo;&eacute;tranger qui r&eacute;side avec vous sera pour vous comme un compatriote et tu l&rsquo;aimeras comme toi-m&ecirc;me, car vous avez &eacute;t&eacute; des &eacute;trangers au pays d&rsquo;&Eacute;gypte &raquo; (Lv&nbsp;19, 33-34). Par cons&eacute;quent, il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une invention d&rsquo;un Pape ou d&rsquo;un d&eacute;lire passager. Nous aussi, dans le contexte actuel, nous sommes appel&eacute;s &agrave; parcourir le chemin de l&rsquo;illumination spirituelle que nous indiquait le proph&egrave;te Isa&iuml;e quand il s&rsquo;interrogeait sur ce qui pla&icirc;t &agrave; Dieu : &laquo; N&rsquo;est-ce pas partager ton pain avec l&rsquo;affam&eacute;, h&eacute;berger chez toi les pauvres sans abri, si tu vois un homme nu, le v&ecirc;tir, ne pas te d&eacute;rober devant celui qui est ta propre chair ? Alors ta lumi&egrave;re &eacute;clatera comme l&rsquo;aurore &raquo; (58, 7-8).\u003Cbr>\n&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Ch3 class=\"rtecenter\">\"\u003Cem>Nous oublions que le crit&egrave;re pour &eacute;valuer notre vie est, avant tout, ce que nous avons fait pour les autres\u003C\u002Fem>\"\u003C\u002Fh3>\u003Cp>&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>Le culte qui lui pla&icirc;t le plus\u003C\u002Fstrong>\u003Cbr>\n104. Nous pourrions penser que nous rendons gloire &agrave; Dieu seulement par le culte et la pri&egrave;re, ou uniquement en respectant certaines normes &eacute;thiques &ndash; certes la primaut&eacute; revient &agrave; la relation avec Dieu &ndash; et nous oublions que le crit&egrave;re pour &eacute;valuer notre vie est, avant tout, ce que nous avons fait pour les autres. La pri&egrave;re a de la valeur si elle alimente un don de soi quotidien par amour. Notre culte pla&icirc;t &agrave; Dieu quand nous y mettons la volont&eacute; de vivre avec g&eacute;n&eacute;rosit&eacute; et quand nous laissons le don re&ccedil;u de Dieu se traduire dans le don de nous-m&ecirc;mes aux fr&egrave;res.\u003C\u002Fp>\u003Cp>105. Pour la m&ecirc;me raison, la meilleure fa&ccedil;on de discerner si notre approche de la pri&egrave;re est authentique sera de regarder dans quelle mesure notre vie est en train de se transformer &agrave; la lumi&egrave;re de la mis&eacute;ricorde. En effet, &laquo; la mis&eacute;ricorde n&rsquo;est pas seulement l&rsquo;agir du P&egrave;re, mais elle devient le crit&egrave;re pour comprendre qui sont ses v&eacute;ritables enfants &raquo;.[88]&nbsp;Elle &laquo; est le pilier qui soutient la vie de l&rsquo;&Eacute;glise &raquo;. Je voudrais souligner une fois de plus que, si la mis&eacute;ricorde n&rsquo;exclut pas la justice et la v&eacute;rit&eacute;, &laquo; avant tout, nous devons dire que la mis&eacute;ricorde est la pl&eacute;nitude de la justice et la manifestation la plus lumineuse de la v&eacute;rit&eacute; de Dieu &raquo;. Elle &laquo; est la clef du ciel &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>106. Je ne peux pas m&rsquo;emp&ecirc;cher de rappeler cette question que se posait saint Thomas d&rsquo;Aquin quand il examinait quelles sont nos actions les plus grandes, quelles sont les &oelig;uvres ext&eacute;rieures qui manifestent le mieux notre amour de Dieu. Il a r&eacute;pondu sans h&eacute;siter que ce sont les &oelig;uvres de mis&eacute;ricorde envers le prochain, plus que les actes de culte : &laquo; Les sacrifices et les offrandes qui font partie du culte divin ne sont pas pour Dieu lui-m&ecirc;me, mais pour nous et nos proches. Lui-m&ecirc;me n&rsquo;en a nul besoin, et s&rsquo;il les veut, c&rsquo;est pour exercer notre d&eacute;votion et pour aider le prochain. C&rsquo;est pourquoi la mis&eacute;ricorde qui subvient aux besoins des autres, lui agr&eacute;e davantage, &eacute;tant plus imm&eacute;diatement utile au prochain&nbsp;&raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>107. Celui qui veut vraiment rendre gloire &agrave; Dieu par sa vie, celui qui d&eacute;sire r&eacute;ellement se sanctifier pour que son existence glorifie le Saint, est appel&eacute; &agrave; se consacrer, &agrave; s&rsquo;employer, et &agrave; s&rsquo;&eacute;vertuer &agrave; essayer de vivre les &oelig;uvres de mis&eacute;ricorde. C&rsquo;est ce qu&rsquo;a parfaitement compris sainte Teresa de Calcutta : &laquo; Oui, j&rsquo;ai beaucoup de faiblesses humaines, beaucoup de mis&egrave;res humaines [&hellip;] Mais il s&rsquo;abaisse et il se sert de nous, de vous et de moi, pour que nous soyons son amour et sa compassion dans le monde, malgr&eacute; nos p&eacute;ch&eacute;s, malgr&eacute; nos mis&egrave;res et nos d&eacute;fauts. Il d&eacute;pend de nous pour aimer le monde, et lui prouver &agrave; quel point il l&rsquo;aime. Si nous nous occupons trop de nous-m&ecirc;mes, nous n&rsquo;aurons plus de temps pour les autres&nbsp;&raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>108. Le consum&eacute;risme h&eacute;doniste peut nous jouer un mauvais tour, parce qu&rsquo;avec l&rsquo;obsession de passer du bon temps, nous finissons par &ecirc;tre excessivement ax&eacute;s sur nous-m&ecirc;mes, sur nos droits et sur la hantise d&rsquo;avoir du temps libre pour en jouir. Il sera difficile pour nous de nous soucier de ceux qui se sentent mal et de consacrer des &eacute;nergies &agrave; les aider, si nous ne cultivons pas une certaine aust&eacute;rit&eacute;, si nous ne luttons pas contre cette fi&egrave;vre que nous impose la soci&eacute;t&eacute; de consommation pour nous vendre des choses, et qui finit par nous transformer en pauvres insatisfaits qui veulent tout avoir et tout essayer. La consommation de l&rsquo;information superficielle et les formes de communication rapide et virtuelle peuvent &eacute;galement &ecirc;tre un facteur d&rsquo;abrutissement qui nous enl&egrave;ve tout notre temps et nous &eacute;loigne de la chair souffrante des fr&egrave;res. Au milieu de ce tourbillon actuel, l&rsquo;&Eacute;vangile vient r&eacute;sonner de nouveau pour nous offrir une vie diff&eacute;rente, plus saine et plus heureuse.\u003C\u002Fp>\u003Cp>***\u003C\u002Fp>\u003Cp>109. La force du t&eacute;moignage des saints, c&rsquo;est d&rsquo;observer les b&eacute;atitudes et le crit&egrave;re du jugement dernier. Ce sont peu de paroles, simples mais pratiques et valables pour tout le monde, parce que le christianisme est principalement fait pour &ecirc;tre pratiqu&eacute;, et s&rsquo;il est objet de r&eacute;flexion, ceci n&rsquo;est valable que quand il nous aide &agrave; incarner l&rsquo;&Eacute;vangile dans la vie quotidienne. Je recommande de nouveau de relire fr&eacute;quemment ces grands textes bibliques, de se les rappeler, de prier en s&rsquo;en servant, d&rsquo;essayer de les faire chair. Ils nous feront du bien, ils nous rendront vraiment heureux.\u003Cbr>\n&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Ch2>Quatri&egrave;me chapitre -&nbsp;QUELQUES CARACT&Eacute;RISTIQUES&nbsp;DE LA SAINTET&Eacute; DANS LE MONDE ACTUEL\u003C\u002Fh2>\u003Cp>\n110. Dans le grand tableau de la saintet&eacute; que nous proposent les b&eacute;atitudes et&nbsp;Matthieu&nbsp;25, 31-46, je voudrais recueillir certaines caract&eacute;ristiques ou expressions spirituelles qui, &agrave; mon avis, sont indispensables pour comprendre le style de vie auquel J&eacute;sus nous appelle. Je ne vais pas m&rsquo;attarder &agrave; expliquer les moyens de sanctification que nous connaissons d&eacute;j&agrave; : les diff&eacute;rentes m&eacute;thodes de pri&egrave;re, les pr&eacute;cieux sacrements de l&rsquo;Eucharistie et de la R&eacute;conciliation, l&rsquo;offrande de sacrifices, les diverses formes de d&eacute;votion, la direction spirituelle, et tant d&rsquo;autres. Je me r&eacute;f&eacute;rerai uniquement &agrave; quelques aspects de l&rsquo;appel &agrave; la saintet&eacute; dont j&rsquo;esp&egrave;re qu&rsquo;ils r&eacute;sonneront de mani&egrave;re sp&eacute;ciale.\u003C\u002Fp>\u003Cp>111. Ces caract&eacute;ristiques que je voudrais souligner ne sont pas toutes celles qui peuvent composer un mod&egrave;le de saintet&eacute;, mais elles sont au nombre de cinq, les grandes manifestations de l&rsquo;amour envers Dieu et le prochain que je consid&egrave;re d&rsquo;une importance particuli&egrave;re, vu certains risques et certaines limites de la culture d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Dans cette culture se manifestent : l&rsquo;anxi&eacute;t&eacute; nerveuse et violente qui nous disperse et nous affaiblit ; la n&eacute;gativit&eacute; et la tristesse ; l&rsquo;ac&eacute;die commode, consum&eacute;riste et &eacute;go&iuml;ste ; l&rsquo;individualisme et de nombreuses formes de fausse spiritualit&eacute; sans rencontre avec Dieu qui r&egrave;gnent dans le march&eacute; religieux actuel.\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>Endurance, patience et douceur\u003C\u002Fstrong>\u003Cbr>\n112. La premi&egrave;re de ces grandes caract&eacute;ristiques, c&rsquo;est d&rsquo;&ecirc;tre centr&eacute;, solidement ax&eacute; sur Dieu qui aime et qui soutient. Gr&acirc;ce &agrave; cette force int&eacute;rieure, il est possible d&rsquo;endurer, de supporter les contrari&eacute;t&eacute;s, les vicissitudes de la vie, et aussi les agressions de la part des autres, leurs infid&eacute;lit&eacute;s et leurs d&eacute;fauts : &laquo; Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? &raquo; (Rm 8, 31). Voil&agrave; la source de la paix qui s&rsquo;exprime dans les attitudes d&rsquo;un saint. Gr&acirc;ce &agrave; cette force int&eacute;rieure, le t&eacute;moignage de saintet&eacute;, dans notre monde press&eacute;, changeant et agressif, est fait de patience et de constance dans le bien. C&rsquo;est la fid&eacute;lit&eacute; de l&rsquo;amour, car celui qui s&rsquo;appuie sur Dieu (pistis) peut &eacute;galement &ecirc;tre fid&egrave;le aux fr&egrave;res (pist&oacute;s) ; il ne les abandonne pas dans les moments difficiles, il ne se laisse pas mener par l&rsquo;anxi&eacute;t&eacute; et reste aux c&ocirc;t&eacute;s des autres m&ecirc;me lorsque cela ne lui donne pas de satisfactions imm&eacute;diates.\u003C\u002Fp>\u003Cp>113. Saint Paul invitait les Romains &agrave; ne &laquo; rendre &agrave; personne le mal pour le mal &raquo; (Rm&nbsp;12, 17), &agrave; ne pas vouloir se &laquo; faire justice &agrave; [eux]-m&ecirc;mes &raquo; (v. 19), et &agrave; ne pas se laisser vaincre par le mal, mais &agrave; &ecirc;tre vainqueurs &laquo; du mal par le bien &raquo; (v. 21). Cette attitude n&rsquo;est pas un signe de faiblesse mais de la vraie force, car Dieu lui-m&ecirc;me &laquo; est lent &agrave; la col&egrave;re, mais grand par sa puissance &raquo; (Na&nbsp;1, 3). La Parole de Dieu nous met en garde : &laquo; Aigreur, emportement, col&egrave;re, clameurs, outrages, tout cela doit &ecirc;tre extirp&eacute; de chez vous, avec la malice sous toutes ses formes &raquo; (Ep&nbsp;4, 31).\u003C\u002Fp>\u003Cp>114. Il nous faut lutter et &ecirc;tre attentifs face &agrave; nos propres penchants agressifs et &eacute;gocentriques pour ne pas permettre qu&rsquo;ils s&rsquo;enracinent : &laquo; Emportez-vous, mais ne commettez pas le p&eacute;ch&eacute; : que le soleil ne se couche pas sur votre col&egrave;re &raquo; (Ep&nbsp;4, 26). Quand des circonstances nous accablent, nous pouvons toujours recourir &agrave; l&rsquo;ancre de la supplication qui nous conduit &agrave; demeurer encore dans les mains de Dieu et pr&egrave;s de la source de la paix : &laquo; N&rsquo;entretenez aucun souci ; mais en tout besoin recourez &agrave; l&rsquo;oraison et &agrave; la pri&egrave;re, p&eacute;n&eacute;tr&eacute;es d&rsquo;action de gr&acirc;ces, pour pr&eacute;senter vos requ&ecirc;tes &agrave; Dieu. Alors la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, prendra sous sa garde vos c&oelig;urs et vos pens&eacute;es &raquo; (Ph&nbsp;4, 6-7).\u003C\u002Fp>\u003Cp>115. Les chr&eacute;tiens aussi peuvent faire partie des r&eacute;seaux de violence verbale sur Internet et &agrave; travers les diff&eacute;rents forums ou espaces d&rsquo;&eacute;change digital. M&ecirc;me dans des milieux catholiques, on peut d&eacute;passer les limites, on a coutume de banaliser la diffamation et la calomnie, et toute &eacute;thique ainsi que tout respect de la renomm&eacute;e d&rsquo;autrui semblent &eacute;vacu&eacute;s. Ainsi se produit un dangereux dualisme, car sur ces r&eacute;seaux on dit des choses qui ne seraient pas tol&eacute;rables dans la vie publique, et on cherche &agrave; compenser ses propres insatisfactions en faisant d&eacute;ferler avec furie les d&eacute;sirs de vengeance. Il est significatif que parfois, en pr&eacute;tendant d&eacute;fendre d&rsquo;autres commandements, on ignore compl&egrave;tement le huiti&egrave;me : &lsquo;&lsquo;Ne pas porter de faux t&eacute;moignage ni mentir&rsquo;&rsquo;, et on d&eacute;truit l&rsquo;image de l&rsquo;autre sans piti&eacute;. L&agrave; se manifeste sans contr&ocirc;le le fait que la langue est un &laquo; monde du mal &raquo; et &laquo; elle enflamme le cycle de la cr&eacute;ation, enflamm&eacute;e qu&rsquo;elle est par la G&eacute;henne &raquo; (Jc&nbsp;3, 6).\u003C\u002Fp>\u003Cp>116. La force int&eacute;rieure qui est l&rsquo;&oelig;uvre de la gr&acirc;ce nous pr&eacute;serve de la contagion de la violence qui envahit la vie sociale, car la gr&acirc;ce apaise la vanit&eacute; et rend possible la douceur du c&oelig;ur. Le saint ne consacre pas ses &eacute;nergies &agrave; d&eacute;plorer les erreurs d&rsquo;autrui ; il est capable de faire silence devant les d&eacute;fauts de ses fr&egrave;res et il &eacute;vite la violence verbale qui d&eacute;vaste et maltraite, parce qu&rsquo;il ne se juge pas digne d&rsquo;&ecirc;tre dur envers les autres, mais il les estime sup&eacute;rieurs &agrave; lui-m&ecirc;me (cf.&nbsp;Ph&nbsp;2, 3).\u003C\u002Fp>\u003Cp>117. Il n&rsquo;est pas bon pour nous de regarder de haut, d&rsquo;adopter la posture de juges impitoyables, d&rsquo;estimer les autres indignes et de pr&eacute;tendre donner des le&ccedil;ons constamment. C&rsquo;est l&agrave; une forme subtile de violence. Saint Jean de la Croix proposait autre chose : &laquo; Pr&eacute;f&egrave;re &ecirc;tre enseign&eacute; de tout le monde que d&rsquo;instruire le moindre de tous &raquo;. Et il ajoutait un conseil pour tenir &eacute;loign&eacute; le d&eacute;mon : &laquo; [...| Te r&eacute;jouir du bien d&rsquo;autrui comme du tien propre, [...] d&eacute;sirer que les autres te soient pr&eacute;f&eacute;r&eacute;s en toutes choses, le d&eacute;sirer, dis-je, tr&egrave;s sinc&egrave;rement. De cette fa&ccedil;on, tu surmonteras le mal par le bien, tu repousseras le d&eacute;mon loin de toi, tu auras le c&oelig;ur dans la joie. Et tout cela, tu chercheras &agrave; l&rsquo;exercer envers les personnes qui te reviendront le moins. Sache que si tu n&rsquo;en viens l&agrave;, tu n&rsquo;arriveras pas &agrave; la parfaite charit&eacute;, et que m&ecirc;me tu n&rsquo;en approcheras point &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>118. L&rsquo;humilit&eacute; ne peut s&rsquo;enraciner dans le c&oelig;ur qu&rsquo;&agrave; travers les humiliations. Sans elles, il n&rsquo;y a ni humilit&eacute; ni saintet&eacute;. Si tu n&rsquo;es pas capable de supporter et de souffrir quelques humiliations, tu n&rsquo;es pas humble et tu n&rsquo;es pas sur le chemin de la saintet&eacute;. La saintet&eacute; que Dieu offre &agrave; son &Eacute;glise vient &agrave; travers l&rsquo;humiliation de son Fils. Voil&agrave; le chemin ! L&rsquo;humiliation te conduit &agrave; ressembler &agrave; J&eacute;sus, c&rsquo;est une partie in&eacute;luctable de l&rsquo;imitation de J&eacute;sus-Christ : &laquo; Le Christ [&hellip;] a souffert pour vous, vous laissant un mod&egrave;le afin que vous suiviez ses traces &raquo; (1 P&nbsp;2, 21). Pour sa part, il exprime l&rsquo;humilit&eacute; du P&egrave;re qui s&rsquo;humilie pour marcher avec son peuple, qui supporte ses infid&eacute;lit&eacute;s et ses murmures (cf.&nbsp;Ex&nbsp;34, 6-9 ;&nbsp;Sg&nbsp;11, 23-12, 2 ;&nbsp;Lc&nbsp;6, 36). C&rsquo;est pourquoi les Ap&ocirc;tres, apr&egrave;s l&rsquo;humiliation, &eacute;taient &laquo; tout joyeux d&rsquo;avoir &eacute;t&eacute; jug&eacute;s dignes de subir des outrages pour le Nom de J&eacute;sus &raquo; (Ac&nbsp;5, 41).\u003C\u002Fp>\u003Cp>119. Je ne me r&eacute;f&egrave;re pas uniquement aux situations cruelles de martyre, mais aux humiliations quotidiennes de ceux qui se taisent pour sauver leur famille, ou &eacute;vitent de parler bien d&rsquo;eux-m&ecirc;mes et pr&eacute;f&egrave;rent louer les autres au lieu de se glorifier, choisissent les t&acirc;ches les moins gratifiantes, et m&ecirc;me pr&eacute;f&egrave;rent parfois supporter quelque chose d&rsquo;injuste pour l&rsquo;offrir au Seigneur : &laquo; Si, faisant le bien, vous supportez la souffrance, c&rsquo;est une gr&acirc;ce aupr&egrave;s de Dieu &raquo; (1 P&nbsp;2, 20). Il ne s&rsquo;agit pas de marcher la t&ecirc;te basse, de parler peu ou de fuir la soci&eacute;t&eacute;. Parfois pr&eacute;cis&eacute;ment, parce que lib&eacute;r&eacute; de l&rsquo;&eacute;gocentrisme, quelqu&rsquo;un peut oser discuter gentiment, r&eacute;clamer la justice ou d&eacute;fendre les faibles face aux puissants, bien que cela lui attire des cons&eacute;quences n&eacute;gatives pour son image.\u003C\u002Fp>\u003Cp>120. Je ne dis pas que l&rsquo;humiliation soit quelque chose d&rsquo;agr&eacute;able, car ce serait du masochisme, mais je dis qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un chemin pour imiter J&eacute;sus et grandir dans l&rsquo;union avec lui. Cela ne va pas de soi et le monde se moque d&rsquo;une pareille proposition. C&rsquo;est une gr&acirc;ce qu&rsquo;il nous faut demander : &lsquo;&lsquo;Seigneur, quand arrivent les humiliations, aide-moi &agrave; sentir que je suis derri&egrave;re toi, sur ton chemin&rsquo;&rsquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>121. Cette attitude suppose un c&oelig;ur pacifi&eacute; par le Christ, lib&eacute;r&eacute; de cette agressivit&eacute; qui jaillit d&rsquo;un ego d&eacute;mesur&eacute;. La m&ecirc;me pacification que r&eacute;alise la gr&acirc;ce nous permet de garder une assurance int&eacute;rieure et de supporter, de pers&eacute;v&eacute;rer dans le bien m&ecirc;me en traversant &laquo; un ravin de t&eacute;n&egrave;bres &raquo; (Ps&nbsp;23, 4), ou m&ecirc;me si une arm&eacute;e vient &laquo; camper contre moi &raquo; (Ps&nbsp;27, 3). Fermes dans le Seigneur, le Rocher, nous pouvons chanter : &laquo; En paix, tout aussit&ocirc;t, je me couche et je dors : c&rsquo;est toi, Seigneur, qui m&rsquo;&eacute;tablis &agrave; part, en s&ucirc;ret&eacute; &raquo; (Ps&nbsp;4, 9). En d&eacute;finitive, le Christ &laquo; est notre paix &raquo; (Ep&nbsp;2, 14), il vient &laquo; guider nos pas dans le chemin de la paix &raquo; (Lc&nbsp;1, 79). Il a communiqu&eacute; &agrave; sainte Faustine Kowalska : &laquo; L&rsquo;humanit&eacute; ne trouvera pas la paix tant qu&rsquo;elle ne se tournera pas avec confiance vers ma mis&eacute;ricorde divine &raquo;.[98]&nbsp;Ne tombons donc pas dans la tentation de chercher l&rsquo;assurance int&eacute;rieure dans le succ&egrave;s, dans les plaisirs vides, dans la possession, dans la domination des autres ou dans l&rsquo;image sociale : &laquo; Je vous laisse la paix ; c&rsquo;est ma paix que je vous donne ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne &raquo; (Jn&nbsp;14, 27).\u003C\u002Fp>\u003Cp>Joie et sens de l&rsquo;humour\u003C\u002Fp>\u003Cp>122. Ce qui a &eacute;t&eacute; dit jusqu&rsquo;&agrave; pr&eacute;sent n&rsquo;implique pas un esprit inhib&eacute;, triste, aigri, m&eacute;lancolique ou un profil bas amorphe. Le saint est capable de vivre joyeux et avec le sens de l&rsquo;humour. Sans perdre le r&eacute;alisme, il &eacute;claire les autres avec un esprit positif et rempli d&rsquo;esp&eacute;rance. &Ecirc;tre chr&eacute;tien est &laquo; joie dans l&rsquo;Esprit Saint &raquo; (Rm 14, 17), parce que &laquo; l&rsquo;amour de charit&eacute; entra&icirc;ne n&eacute;cessairement la joie. Toujours celui qui aime se r&eacute;jouit d&rsquo;&ecirc;tre uni &agrave; l&rsquo;aim&eacute; [&hellip;]. C&rsquo;est pourquoi la joie est cons&eacute;quence de la charit&eacute; &raquo;. Nous avons re&ccedil;u la merveille de sa Parole et nous l&rsquo;embrassons &laquo; parmi bien des tribulations, avec la joie de l&rsquo;Esprit Saint &raquo; (1 Th 1, 6). Si nous laissons le Seigneur nous sortir de notre carapace et nous changer la vie, alors nous pourrons r&eacute;aliser ce que demandait saint Paul : &laquo; R&eacute;jouissez-vous sans cesse dans le Seigneur, je le dis encore, r&eacute;jouissez-vous &raquo; (Ph 4, 4).\u003C\u002Fp>\u003Cp>123. Les proph&egrave;tes annon&ccedil;aient le temps de J&eacute;sus que nous sommes en train de vivre comme une r&eacute;v&eacute;lation de la joie : &laquo; Pousse des cris de joie, des clameurs &raquo; (Is&nbsp;12, 6). &laquo; Monte sur une haute montagne, messag&egrave;re de Sion ; &eacute;l&egrave;ve et force la voix, messag&egrave;re de J&eacute;rusalem &raquo; (Is&nbsp;40, 9). &laquo; Que les montagnes poussent des cris, car le Seigneur a consol&eacute; son peuple, il prend en piti&eacute; ses afflig&eacute;s &raquo; (Is&nbsp;49, 13). &laquo; Exulte avec force, fille de Sion ! Crie de joie, fille de J&eacute;rusalem ! Voici que ton roi vient &agrave; toi : il est juste et victorieux, humble &raquo; (Za&nbsp;9, 9). Et n&rsquo;oublions pas l&rsquo;exhortation de N&eacute;h&eacute;mie : &laquo; Ne vous affligez point : la joie du Seigneur est votre forteresse ! &raquo; (8, 10).\u003C\u002Fp>\u003Cp>124. Marie, qui a su d&eacute;couvrir la nouveaut&eacute; que J&eacute;sus apportait, chantait : &laquo; Mon esprit tressaille de joie en Dieu mon sauveur &raquo; (Lc1, 47) et J&eacute;sus lui-m&ecirc;me &laquo; tressaillit de joie sous l&rsquo;action de l&rsquo;Esprit Saint &raquo; (Lc&nbsp;10, 21). Quand il passait, &laquo; la foule &eacute;tait dans la joie &raquo; (Lc&nbsp;13, 17). Apr&egrave;s sa r&eacute;surrection, l&agrave; o&ugrave; arrivaient les disciples il y avait une &laquo; joie vive &raquo; (Ac&nbsp;8, 8). J&eacute;sus nous donne une assurance : &laquo; Vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en joie [&hellip;]. Je vous verrai de nouveau et votre c&oelig;ur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l&rsquo;enl&egrave;vera &raquo; (Jn&nbsp;16, 20.22). &laquo; Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit compl&egrave;te &raquo; (Jn&nbsp;15, 11).\u003C\u002Fp>\u003Cp>125. Il y a des moments difficiles, des temps de croix, mais rien ne peut d&eacute;truire la joie surnaturelle qui &laquo; s&rsquo;adapte et se transforme, et elle demeure toujours au moins comme un rayon de lumi&egrave;re qui na&icirc;t de la certitude personnelle d&rsquo;&ecirc;tre infiniment aim&eacute;, au-del&agrave; de tout &raquo;. C&rsquo;est une assurance int&eacute;rieure, une s&eacute;r&eacute;nit&eacute; remplie d&rsquo;esp&eacute;rance qui donne une satisfaction spirituelle incompr&eacute;hensible selon les crit&egrave;res du monde.\u003C\u002Fp>\u003Cp>126. Ordinairement, la joie chr&eacute;tienne est accompagn&eacute;e du sens de l&rsquo;humour, si remarquable, par exemple, chez saint Thomas More, chez saint Vincent de Paul ou chez saint Philippe N&eacute;ri. La mauvaise humeur n&rsquo;est pas un signe de saintet&eacute; : &laquo; Eloigne de ton c&oelig;ur le chagrin &raquo; (Qo&nbsp;11, 10). Ce que nous recevons du Seigneur &laquo; afin d&rsquo;en jouir &raquo; (1 Tm&nbsp;6, 17) est tel que parfois la tristesse frise l&rsquo;ingratitude de notre part, frise le repli sur nous-m&ecirc;mes au point que nous sommes incapables de reconna&icirc;tre les dons de Dieu\u003C\u002Fp>\u003Cp>127. Son amour paternel nous invite : &laquo; Mon fils, traite-toi bien [&hellip;]. Ne te refuse pas le bonheur pr&eacute;sent &raquo; (Si&nbsp;14, 11.14). Il nous veut positifs, reconnaissants et pas trop compliqu&eacute;s : &laquo; Au jour du bonheur, sois heureux [&hellip;]. Dieu a fait l&rsquo;homme tout droit, et lui, cherche bien des calculs &raquo; (Qo&nbsp;7, 14.29). En toute circonstance, il faut garder un esprit souple, et faire comme saint Paul : &laquo; J&rsquo;ai appris en effet &agrave; me suffire en toute occasion &raquo; (Ph&nbsp;4, 11). C&rsquo;est ce que vivait saint Fran&ccedil;ois d&rsquo;Assise, capable d&rsquo;&ecirc;tre &eacute;mu de gratitude devant un morceau de pain dur, ou bien, heureux de louer Dieu uniquement pour la brise qui caressait son visage.\u003C\u002Fp>\u003Cp>128. Je ne parle pas de la joie consum&eacute;riste et individualiste si r&eacute;pandue dans certaines exp&eacute;riences culturelles d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Car le consum&eacute;risme ne fait que surcharger le c&oelig;ur ; il peut offrir des plaisirs occasionnels et &eacute;ph&eacute;m&egrave;res, mais pas la joie. Je me r&eacute;f&egrave;re plut&ocirc;t &agrave; cette joie qui se vit en communion, qui se partage et se distribue, car &laquo; il y a plus de bonheur &agrave; donner qu&rsquo;&agrave; recevoir &raquo; (Ac20, 35) et &laquo; Dieu aime celui qui donne avec joie &raquo; (2 Co&nbsp;9, 7). L&rsquo;amour fraternel accro&icirc;t notre capacit&eacute; de joie, puisqu&rsquo;il nous rend capables de jouir du bien des autres : &laquo; R&eacute;jouissez-vous avec qui est dans la joie &raquo; (Rm&nbsp;12, 15). &laquo; Nous nous r&eacute;jouissons, quand nous sommes faibles et que vous &ecirc;tes forts &raquo; (2 Co&nbsp;13, 9). En revanche, &laquo; si nous nous concentrons sur nos propres besoins, nous nous condamnons &agrave; vivre avec peu de joie &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>Audace et ferveur\u003C\u002Fstrong>\u003Cbr>\n129. En m&ecirc;me temps, la saintet&eacute; est parres&iacute;a : elle est audace, elle est une incitation &agrave; l&rsquo;&eacute;vang&eacute;lisation qui laisse une marque dans ce monde. Pour que cela soit possible, J&eacute;sus lui-m&ecirc;me vient &agrave; notre rencontre et nous r&eacute;p&egrave;te avec s&eacute;r&eacute;nit&eacute; et fermet&eacute; : &laquo; Soyez sans crainte &raquo; (Mc 6, 50). &laquo; Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu&rsquo;&agrave; la fin du monde &raquo; (Mt 28, 20). Ces paroles nous permettent de marcher et de servir dans cette attitude pleine de courage que suscitait l&rsquo;Esprit Saint chez les Ap&ocirc;tres et qui les conduisait &agrave; annoncer J&eacute;sus-Christ. Audace, enthousiasme, parler en toute libert&eacute;, ferveur apostolique, tout cela est compris dans le vocable parres&iacute;a, terme par lequel la Bible d&eacute;signe &eacute;galement la libert&eacute; d&rsquo;une existence qui est ouverte, parce qu&rsquo;elle se trouve disponible &agrave; Dieu et aux autres (cf. Ac 4, 29 ; 9, 28 ; 28, 31 ; 2 Co 3, 12 ; Ep 3, 12 ; He 3, 6 ; 10, 19).\u003C\u002Fp>\u003Cp>130. Le bienheureux Paul VI mentionnait parmi les obstacles &agrave; l&rsquo;&eacute;vang&eacute;lisation pr&eacute;cis&eacute;ment le manque de&nbsp;parres&iacute;a&nbsp;: &laquo; Le manque de ferveur [&hellip;] est d&rsquo;autant plus grave qu&rsquo;il vient du dedans &raquo;. Que de fois nous nous sentons engourdis par le confort de la rive ! Mais le Seigneur nous appelle &agrave; naviguer au large et &agrave; jeter les filets dans des eaux plus profondes (cf.&nbsp;Lc&nbsp;5, 4). Il nous invite &agrave; consacrer notre vie &agrave; son service. Attach&eacute;s &agrave; lui, nous avons le courage de mettre tous nos charismes au service des autres. Puissions-nous nous sentir r&eacute;compens&eacute;s par son amour (cf.&nbsp;2 Co&nbsp;5, 14) et puissions-nous dire avec saint Paul : &laquo; Malheur &agrave; moi si je n'annon&ccedil;ais pas l&rsquo;Evangile ! &raquo; (1 Co&nbsp;9, 16).\u003C\u002Fp>\u003Cp>131. Regardons J&eacute;sus : sa compassion profonde n&rsquo;&eacute;tait pas quelque chose qui l&rsquo;isolait, ce n&rsquo;&eacute;tait pas une compassion paralysante, timide ou honteuse comme bien des fois cela nous arrive, bien au contraire ! C&rsquo;&eacute;tait une compassion qui l&rsquo;incitait &agrave; sortir de lui-m&ecirc;me avec vigueur pour annoncer, pour envoyer en mission, pour envoyer gu&eacute;rir et lib&eacute;rer. Reconnaissons notre fragilit&eacute; mais laissons J&eacute;sus la saisir de ses mains et nous envoyer en mission. Nous sommes fragiles mais porteurs d&rsquo;un tr&eacute;sor qui nous grandit et qui peut rendre meilleurs et plus heureux ceux qui le re&ccedil;oivent. L&rsquo;audace et le courage apostoliques sont des caract&eacute;ristiques de la mission.\u003C\u002Fp>\u003Cp>132. La\u003Cem>&nbsp;parres&iacute;a&nbsp;\u003C\u002Fem>est un sceau de l&rsquo;Esprit, une marque de l&rsquo;authenticit&eacute; de l&rsquo;annonce. Elle est l&rsquo;assurance heureuse qui nous conduit &agrave; trouver notre gloire dans l&rsquo;&Eacute;vangile que nous annon&ccedil;ons, elle est confiance in&eacute;branlable dans la fid&eacute;lit&eacute; du T&eacute;moin fid&egrave;le qui nous donne l&rsquo;assurance que rien &laquo; ne pourra nous s&eacute;parer de l&rsquo;amour de Dieu &raquo; (Rm&nbsp;8, 39).\u003C\u002Fp>\u003Cp>133. Nous avons besoin de l&rsquo;impulsion de l&rsquo;Esprit pour ne pas &ecirc;tre paralys&eacute;s par la peur et par le calcul, pour ne pas nous habituer &agrave; ne marcher que dans des p&eacute;rim&egrave;tres s&ucirc;rs. Souvenons-nous que ce qui est renferm&eacute; finit par sentir l&rsquo;humidit&eacute; et par nous rendre malades. Quand les Ap&ocirc;tres ont senti la tentation de se laisser paralyser par les craintes et les dangers, ils se sont mis &agrave; prier ensemble en demandant la&nbsp;parres&iacute;a&nbsp;: &laquo; &Agrave; pr&eacute;sent donc, Seigneur, consid&egrave;re leurs menaces et [permets] &agrave; tes serviteurs d&rsquo;annoncer ta parole en toute assurance &raquo; (Ac&nbsp;4, 29). Et la r&eacute;ponse a &eacute;t&eacute; que &laquo; tandis qu&rsquo;ils priaient, l&rsquo;endroit o&ugrave; ils se trouvaient r&eacute;unis trembla ; tous furent alors remplis du Saint Esprit et se mirent &agrave; annoncer la parole de Dieu avec assurance &raquo; (Ac&nbsp;4, 31).\u003C\u002Fp>\u003Cp>134. Comme le proph&egrave;te Jonas, nous avons en nous la tentation latente de fuir vers un endroit s&ucirc;r qui peut avoir beaucoup de noms : individualisme, spiritualisme, repli dans de petits cercles, d&eacute;pendance, routine, r&eacute;p&eacute;tition de sch&eacute;mas pr&eacute;fix&eacute;s, dogmatisme, nostalgie, pessimisme, refuge dans les normes. Peut-&ecirc;tre refusons-nous de sortir d&rsquo;un territoire qui nous &eacute;tait connu et commode. Toutefois, les difficult&eacute;s peuvent &ecirc;tre comme la temp&ecirc;te, la baleine, le ver qui a fait s&eacute;cher le ricin de Jonas, ou le vent et le soleil qui l&rsquo;ont br&ucirc;l&eacute; &agrave; la t&ecirc;te ; et comme dans son cas, ils peuvent servir &agrave; nous faire retourner &agrave; ce Dieu qui est tendresse et qui veut nous conduire dans un cheminement continu et r&eacute;novateur.\u003C\u002Fp>\u003Cp>135. Dieu est toujours une nouveaut&eacute;, qui nous pousse &agrave; partir sans rel&acirc;che et &agrave; nous d&eacute;placer pour aller au-del&agrave; de ce qui est connu, vers les p&eacute;riph&eacute;ries et les fronti&egrave;res. Il nous conduit l&agrave; o&ugrave; l&rsquo;humanit&eacute; est la plus bless&eacute;e et l&agrave; o&ugrave; les &ecirc;tres humains, sous l&rsquo;apparence de la superficialit&eacute; et du conformisme, continuent &agrave; chercher la r&eacute;ponse &agrave; la question du sens de la vie. Dieu n&rsquo;a pas peur ! Il n&rsquo;a pas peur ! Il va toujours au-del&agrave; de nos sch&eacute;mas et ne craint pas les p&eacute;riph&eacute;ries. Lui-m&ecirc;me s&rsquo;est fait p&eacute;riph&eacute;rie (cf.&nbsp;Ph2, 6-8 ;&nbsp;Jn&nbsp;1, 14). C&rsquo;est pourquoi, si nous osons aller aux p&eacute;riph&eacute;ries, nous l&rsquo;y trouverons, il y sera. J&eacute;sus nous devance dans le c&oelig;ur de ce fr&egrave;re, dans sa chair bless&eacute;e, dans sa vie opprim&eacute;e, dans son &acirc;me obscurcie. Il y est d&eacute;j&agrave;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>136. Il faut, certes, ouvrir la porte du c&oelig;ur &agrave; J&eacute;sus-Christ, car il frappe et appelle (cf.&nbsp;Ap&nbsp;3, 20). Mais parfois, je me demande si, &agrave; cause de l&rsquo;air irrespirable de notre auto-r&eacute;f&eacute;rentialit&eacute;, J&eacute;sus n&rsquo;&eacute;tait pas d&eacute;j&agrave; en nous, frappant pour que nous le laissions sortir. Dans l&rsquo;&Eacute;vangile, nous voyons comment J&eacute;sus &laquo; cheminait &agrave; travers villes et villages, pr&ecirc;chant et annon&ccedil;ant la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu &raquo; (Lc&nbsp;8, 1). De m&ecirc;me, apr&egrave;s la r&eacute;surrection, quand les disciples sont all&eacute;s partout, le Seigneur &oelig;uvrait avec eux (cf.&nbsp;Mc&nbsp;16, 20). Voil&agrave; la dynamique qui jaillit de la vraie rencontre !\u003C\u002Fp>\u003Cp>137. L&rsquo;accoutumance nous s&eacute;duit et nous dit que chercher &agrave; changer quelque chose n&rsquo;a pas de sens, que nous ne pouvons rien faire face &agrave; cette situation, qu&rsquo;il en a toujours &eacute;t&eacute; ainsi et que nous avons surv&eacute;cu malgr&eacute; cela. &Agrave; cause de l&rsquo;accoutumance, nous n&rsquo;affrontons plus le mal et nous permettons que les choses &lsquo;&lsquo;soient ce qu&rsquo;elles sont&rsquo;&rsquo;, ou ce que certains ont d&eacute;cid&eacute; qu&rsquo;elles soient. Mais laissons le Seigneur venir nous r&eacute;veiller, nous secouer dans notre sommeil, nous lib&eacute;rer de l&rsquo;inertie. Affrontons l&rsquo;accoutumance, ouvrons bien les yeux et les oreilles, et surtout le c&oelig;ur, pour nous laisser &eacute;mouvoir par ce qui se passe autour de nous et par le cri de la Parole vivante et efficace du Ressuscit&eacute;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>138. L&rsquo;exemple de nombreux pr&ecirc;tres, religieuses, religieux et la&iuml;cs qui se consacrent &agrave; &eacute;vang&eacute;liser et &agrave; servir avec grande fid&eacute;lit&eacute;, bien des fois en risquant leurs vies et s&ucirc;rement au prix de leur confort, nous galvanise. Leur t&eacute;moignage nous rappelle que l&rsquo;&Eacute;glise n&rsquo;a pas tant besoin de bureaucrates et de fonctionnaires, que de missionnaires passionn&eacute;s, d&eacute;vor&eacute;s par l&rsquo;enthousiasme de transmettre la vraie vie. Les saints surprennent, d&eacute;rangent, parce que leurs vies nous invitent &agrave; sortir de la m&eacute;diocrit&eacute; tranquille et anesth&eacute;siante.\u003C\u002Fp>\u003Cp>139. Demandons au Seigneur la gr&acirc;ce de ne pas vaciller quand l&rsquo;Esprit nous demande de faire un pas en avant ; demandons le courage apostolique d&rsquo;annoncer l&rsquo;&Eacute;vangile aux autres et de renoncer &agrave; faire de notre vie chr&eacute;tienne un mus&eacute;e de souvenirs. De toute mani&egrave;re, laissons l&rsquo;Esprit Saint nous faire contempler l&rsquo;histoire sous l&rsquo;angle de J&eacute;sus ressuscit&eacute;. Ainsi, l&rsquo;&Eacute;glise, au lieu de stagner, pourra aller de l&rsquo;avant en accueillant les surprises du Seigneur.\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>En communaut&eacute;\u003C\u002Fstrong>\u003Cbr>\n140. Il est tr&egrave;s difficile de lutter contre notre propre concupiscence ainsi que contre les emb&ucirc;ches et les tentations du d&eacute;mon et du monde &eacute;go&iuml;ste, si nous sommes trop isol&eacute;s. Le bombardement qui nous s&eacute;duit est tel que, si nous sommes trop seuls, nous perdons facilement le sens de la r&eacute;alit&eacute;, la clairvoyance int&eacute;rieure, et nous succombons.\u003C\u002Fp>\u003Cp>141. La sanctification est un cheminement communautaire, &agrave; faire deux &agrave; deux. C&rsquo;est ainsi que le refl&egrave;tent certaines communaut&eacute;s saintes. En diverses occasions, l&rsquo;&Eacute;glise a canonis&eacute; des communaut&eacute;s enti&egrave;res qui ont v&eacute;cu h&eacute;ro&iuml;quement l&rsquo;&Eacute;vangile ou qui ont offert &agrave; Dieu la vie de tous leurs membres. Pensons, &agrave; titre d&rsquo;exemple, aux sept saints fondateurs de l&rsquo;Ordre des Servites de Marie, aux sept religieuses bienheureuses du premier monast&egrave;re de la Visitation de Madrid, &agrave; saint Paul Miki et ses compagnons martyrs au Japon, &agrave; saint Andr&eacute; Kim Taegon et ses compagnons martyrs en Cor&eacute;e, &agrave; saint Roque Gonz&aacute;lez, saint Alphonse Rodr&iacute;guez et leurs compagnons martyrs en Am&eacute;rique du Sud. Souvenons-nous &eacute;galement du r&eacute;cent t&eacute;moignage des moines trappistes de Tibhirine (Alg&eacute;rie), qui se sont pr&eacute;par&eacute;s ensemble au martyre. Il y a, de m&ecirc;me, beaucoup de couples saints au sein desquels chacun a &eacute;t&eacute; un instrument du Christ pour la sanctification de l&rsquo;autre &eacute;poux. Vivre ou travailler avec d&rsquo;autres, c&rsquo;est sans aucun doute un chemin de d&eacute;veloppement spirituel. Saint Jean de la Croix disait &agrave; un disciple : tu ne vis avec d&rsquo;autres &laquo; que pour &ecirc;tre travaill&eacute;, exerc&eacute; par tous [&hellip;] &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>142. La communaut&eacute; est appel&eacute;e &agrave; cr&eacute;er ce &laquo; lieu th&eacute;ologal o&ugrave; l&rsquo;on peut faire l&rsquo;exp&eacute;rience de la pr&eacute;sence mystique du Seigneur ressuscit&eacute; &raquo;. Partager la Parole et c&eacute;l&eacute;brer ensemble l&rsquo;Eucharistie fait davantage de nous des fr&egrave;res et nous convertit progressivement en communaut&eacute; sainte et missionnaire. Cela donne lieu aussi &agrave; d&rsquo;authentiques exp&eacute;riences mystiques v&eacute;cues en communaut&eacute;, comme ce fut le cas de saint Beno&icirc;t et de sainte Scholastique, ou lors de cette sublime rencontre spirituelle qu&rsquo;ont v&eacute;cue ensemble saint Augustin et sa m&egrave;re sainte Monique : &laquo; Or, le jour &eacute;tait imminent o&ugrave; elle allait quitter cette vie, jour que tu connaissais, toi, mais que nous, nous ignorions. Il se trouva, par tes soins j&rsquo;en suis s&ucirc;r, par tes secr&egrave;tes dispositions, que nous &eacute;tions seuls, elle et moi, debout, accoud&eacute;s &agrave; une fen&ecirc;tre ; de l&agrave; le jardin int&eacute;rieur [&hellip;]. Nous tenions grande ouverte la bouche de notre c&oelig;ur vers les eaux qui ruissellent d&rsquo;en haut de ta source, de la source de vie qui est pr&egrave;s de toi [&hellip;]. Et pendant que nous parlons et aspirons &agrave; elle [la sagesse &eacute;ternelle], voici que nous la touchons, &agrave; peine, d&rsquo;une pouss&eacute;e rapide et totale du c&oelig;ur. [&hellip;] [Comme si] la vie &eacute;ternelle f&ucirc;t telle qu&rsquo;a &eacute;t&eacute; cet instant d&rsquo;intelligence apr&egrave;s lequel nous avions soupir&eacute;&hellip; &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>143. Mais ces exp&eacute;riences ne sont pas ce qu&rsquo;il y a de plus fr&eacute;quent, ni de plus important. La vie communautaire, soit en famille, en paroisse, en communaut&eacute; religieuse ou en quelque autre communaut&eacute;, est faite de beaucoup de petits d&eacute;tails quotidiens. Il en &eacute;tait ainsi dans la sainte communaut&eacute; qu&rsquo;ont form&eacute;e J&eacute;sus, Marie et Joseph, o&ugrave; s&rsquo;est refl&eacute;t&eacute;e de mani&egrave;re exemplaire la beaut&eacute; de la communion trinitaire. C&rsquo;est &eacute;galement ce qui se passait dans la vie communautaire men&eacute;e par J&eacute;sus avec ses disciples et avec les gens simples.\u003C\u002Fp>\u003Cp>144. Rappelons comment J&eacute;sus invitait ses disciples &agrave; pr&ecirc;ter attention aux d&eacute;tails.\u003Cbr>\nLe petit d&eacute;tail du vin qui &eacute;tait en train de manquer lors d&rsquo;une f&ecirc;te.\u003Cbr>\nLe petit d&eacute;tail d&rsquo;une brebis qui manquait.\u003Cbr>\nLe petit d&eacute;tail de la veuve qui offrait ses deux pi&eacute;cettes.\u003Cbr>\nLe petit d&eacute;tail d&rsquo;avoir de l&rsquo;huile en r&eacute;serve pour les lampes au cas o&ugrave; tarderait le fianc&eacute;.\u003Cbr>\nLe petit d&eacute;tail de demander &agrave; ses disciples de v&eacute;rifier combien de pains ils avaient.\u003Cbr>\nLe petit d&eacute;tail d&rsquo;avoir allum&eacute; un feu de braise avec du poisson pos&eacute; dessus tandis qu&rsquo;il attendait les disciples &agrave; l&rsquo;aube.\u003C\u002Fp>\u003Cp>145. La communaut&eacute; qui pr&eacute;serve les petits d&eacute;tails de l&rsquo;amour, o&ugrave; les membres se prot&egrave;gent les uns les autres et cr&eacute;ent un lieu ouvert et d&rsquo;&eacute;vang&eacute;lisation, est le lieu de la pr&eacute;sence du Ressuscit&eacute; qui la sanctifie selon le projet du P&egrave;re. Parfois, par un don de l&rsquo;amour du Seigneur, au milieu de ces petits d&eacute;tails, s&rsquo;offrent &agrave; nous des exp&eacute;riences consolantes de Dieu : &laquo; Un soir d&rsquo;hiver j&rsquo;accomplissais comme d&rsquo;habitude mon petit office&hellip; tout &agrave; coup j&rsquo;entendis dans le lointain le son harmonique d&rsquo;un instrument de musique, alors je me repr&eacute;sentai un salon bien &eacute;clair&eacute;, tout brillant de dorures, des jeunes filles &eacute;l&eacute;gamment v&ecirc;tues se faisant mutuellement des compliments et des politesses mondaines ; puis mon regard se porta sur la pauvre malade que je soutenais ; au lieu d&rsquo;une m&eacute;lodie j&rsquo;entendais de temps en temps ses g&eacute;missements plaintifs [&hellip;]. Je ne puis exprimer ce qui se passa dans mon &acirc;me, ce que je sais c&rsquo;est que le Seigneur l&rsquo;illumina des rayons de la v&eacute;rit&eacute; qui surpass&egrave;rent tellement l&rsquo;&eacute;clat t&eacute;n&eacute;breux des f&ecirc;tes de la terre, que je ne pouvais croire &agrave; mon bonheur &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>146. &Agrave; l&rsquo;oppos&eacute; de la tendance &agrave; l&rsquo;individualisme consum&eacute;riste qui finit par nous isoler dans la qu&ecirc;te du bien-&ecirc;tre en marge des autres, notre chemin de sanctification ne peut se lasser de nous identifier &agrave; ce d&eacute;sir de J&eacute;sus : &laquo; Que tous soient un. Comme toi, P&egrave;re, tu es en moi et moi en toi &raquo; (Jn 17, 21).\u003Cbr>\n&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Ch3 class=\"rtecenter\">\"\u003Cem>Le saint est une personne dot&eacute;e d&rsquo;un esprit de pri&egrave;re, qui a besoin de communiquer avec Dieu\u003C\u002Fem>\"&nbsp;\u003C\u002Fh3>\u003Cp>&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>En pri&egrave;re constante\u003C\u002Fstrong>\u003Cbr>\n147. Finalement, m&ecirc;me si cela semble &eacute;vident, souvenons-nous que la saintet&eacute; est faite d&rsquo;une ouverture habituelle &agrave; la transcendance, qui s&rsquo;exprime dans la pri&egrave;re et dans l&rsquo;adoration. Le saint est une personne dot&eacute;e d&rsquo;un esprit de pri&egrave;re, qui a besoin de communiquer avec Dieu. C&rsquo;est quelqu&rsquo;un qui ne supporte pas d&rsquo;&ecirc;tre asphyxi&eacute; dans l&rsquo;immanence close de ce monde, et au milieu de ses efforts et de ses engagements, il soupire vers Dieu, il sort de lui-m&ecirc;me dans la louange et &eacute;largit ses limites dans la contemplation du Seigneur. Je ne crois pas dans la saintet&eacute; sans pri&egrave;re, bien qu&rsquo;il ne s&rsquo;agisse pas n&eacute;cessairement de longs moments ou de sentiments intenses.\u003C\u002Fp>\u003Cp>148. Saint Jean de la Croix recommandait de &laquo; s&rsquo;efforcer de vivre toujours en la pr&eacute;sence de Dieu, soit r&eacute;elle, soit imaginaire, soit unitive, selon que les actions command&eacute;es le permettent &raquo;. Au fond, c&rsquo;est le d&eacute;sir de Dieu qui ne peut se lasser de se manifester de quelque mani&egrave;re dans notre vie quotidienne : &laquo; Efforcez-vous de vivre dans une oraison continuelle, sans l&rsquo;abandonner au milieu des exercices corporels. Que vous mangiez, que vous buviez [...], que vous parliez, que vous traitiez avec les s&eacute;culiers, ou que vous fassiez toute autre chose, entretenez constamment en vous le d&eacute;sir de Dieu, &eacute;levez vers lui vos affections &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>149. Cependant, pour que cela soit possible, il faut aussi quelques moments uniquement pour Dieu, dans la solitude avec lui. Pour sainte Th&eacute;r&egrave;se d&rsquo;Avila, la pri&egrave;re, c&rsquo;est &laquo; un commerce intime d&rsquo;amiti&eacute; o&ugrave; l&rsquo;on s&rsquo;entretient souvent seul &agrave; seul avec ce Dieu dont on se sait aim&eacute; &raquo;. Je voudrais insister sur le fait que ce n&rsquo;est pas seulement pour quelques privil&eacute;gi&eacute;s, mais pour tous, car &laquo; nous avons tous besoin de ce silence charg&eacute; de pr&eacute;sence ador&eacute;e &raquo;. La pri&egrave;re confiante est une r&eacute;action du c&oelig;ur qui s&rsquo;ouvre &agrave; Dieu face &agrave; face, o&ugrave; on fait taire tous les bruits pour &eacute;couter la voix suave du Seigneur qui r&eacute;sonne dans le silence.\u003C\u002Fp>\u003Cp>150. Dans le silence, il est possible de discerner, &agrave; la lumi&egrave;re de l&rsquo;Esprit, les chemins de saintet&eacute; que le Seigneur nous propose. Autrement, toutes nos d&eacute;cisions ne pourront &ecirc;tre que des &lsquo;&lsquo;d&eacute;corations&rsquo;&rsquo; qui, au lieu d&rsquo;exalter l&rsquo;&Eacute;vangile dans nos vies, le recouvriront ou l&rsquo;&eacute;toufferont. Pour tout disciple, il est indispensable d&rsquo;&ecirc;tre avec le Ma&icirc;tre, de l&rsquo;&eacute;couter, d&rsquo;apprendre de lui, d&rsquo;apprendre toujours. Si nous n&rsquo;&eacute;coutons pas, toutes nos paroles ne seront que du bruit qui ne sert &agrave; rien.\u003C\u002Fp>\u003Cp>151. Souvenons-nous que &laquo; c&rsquo;est la contemplation du visage de J&eacute;sus mort et ressuscit&eacute; qui recompose notre humanit&eacute;, m&ecirc;me celle qui est fragment&eacute;e par les vicissitudes de la vie, ou celle qui est marqu&eacute;e par le p&eacute;ch&eacute;. Nous ne devons pas apprivoiser la puissance du visage du Christ &raquo;. J&rsquo;ose donc te demander : Y a-t-il des moments o&ugrave; tu te mets en sa pr&eacute;sence en silence, o&ugrave; tu restes avec lui sans h&acirc;te, et tu te laisses regarder par lui ? Est-ce que tu laisses son feu embraser ton c&oelig;ur ? Si tu ne lui permets pas d&rsquo;alimenter la chaleur de son amour et de sa tendresse, tu n&rsquo;auras pas de feu, et ainsi comment pourras-tu enflammer le c&oelig;ur des autres par ton t&eacute;moignage et par tes paroles ? Et si devant le visage du Christ tu ne parviens pas &agrave; te laisser gu&eacute;rir et transformer, p&eacute;n&egrave;tre donc les entrailles du Seigneur, entre dans ses plaies, car c&rsquo;est l&agrave; que la mis&eacute;ricorde divine a son si&egrave;ge.\u003C\u002Fp>\u003Cp>152. Mais je prie pour que nous ne consid&eacute;rions pas le silence priant comme une &eacute;vasion niant le monde qui nous entoure. Le &lsquo;&lsquo;p&egrave;lerin russe&rsquo;&rsquo;, qui marchait dans une pri&egrave;re continue, raconte que cette pri&egrave;re ne le s&eacute;parait pas de la r&eacute;alit&eacute; ext&eacute;rieure : &laquo; Lorsqu&rsquo;il m&rsquo;arrivait de rencontrer des gens, ils me semblaient aussi aimables que s&rsquo;ils avaient &eacute;t&eacute; de ma famille [...] Ce bonheur n&rsquo;illuminait pas seulement l&rsquo;int&eacute;rieur de mon &acirc;me ; le monde ext&eacute;rieur aussi m&rsquo;apparaissait sous un aspect ravissant &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>153. L&rsquo;histoire ne dispara&icirc;t pas non plus. La pri&egrave;re, pr&eacute;cis&eacute;ment parce qu&rsquo;elle s&rsquo;alimente du don de Dieu qui se r&eacute;pand dans notre vie, devrait toujours faire m&eacute;moire. La m&eacute;moire des actions de Dieu se trouve &agrave; la base de l&rsquo;exp&eacute;rience de l&rsquo;alliance entre Dieu et son peuple. Puisque Dieu a voulu entrer dans l&rsquo;histoire, la pri&egrave;re est tiss&eacute;e de souvenirs. Non seulement du souvenir de la Parole r&eacute;v&eacute;l&eacute;e, mais aussi de la vie personnelle, de la vie des autres, de ce que le Seigneur a fait dans son &Eacute;glise. C&rsquo;est la m&eacute;moire reconnaissante dont parle &eacute;galement saint Ignace de Loyola dans sa &lsquo;&lsquo;Contemplation pour parvenir &agrave; l&rsquo;amour&rsquo;&rsquo;, quand il nous demande de ramener &agrave; la m&eacute;moire tous les b&eacute;n&eacute;fices que nous avons re&ccedil;us du Seigneur. Regarde ton histoire quand tu pries et tu y trouveras beaucoup de mis&eacute;ricorde. En m&ecirc;me temps, cela alimentera ta conscience du fait que le Seigneur te garde dans sa m&eacute;moire et ne t&rsquo;oublie jamais. Cela a donc un sens de lui demander d&rsquo;&eacute;clairer encore les petits d&eacute;tails de ton existence, qui ne lui &eacute;chappent pas.\u003C\u002Fp>\u003Cp>154. La supplication est l&rsquo;expression d&rsquo;un c&oelig;ur confiant en Dieu, qui sait que seul il est impuissant. Dans la vie du peuple fid&egrave;le de Dieu, nous trouvons beaucoup de supplications d&eacute;bordantes d&rsquo;une tendresse croyante et d&rsquo;une confiance profonde. N&rsquo;&ocirc;tons pas de la valeur &agrave; la pri&egrave;re de demande, qui bien des fois donne de la s&eacute;r&eacute;nit&eacute; &agrave; notre c&oelig;ur et nous aide &agrave; continuer de lutter avec esp&eacute;rance. La supplication d&rsquo;intercession a une valeur particuli&egrave;re, car c&rsquo;est un acte de confiance en Dieu et en m&ecirc;me temps une expression d&rsquo;amour du prochain. Certains, par pr&eacute;jug&eacute;s spiritualistes, croient que la pri&egrave;re devrait &ecirc;tre une pure contemplation de Dieu, sans distractions, comme si les noms et les visages des fr&egrave;res &eacute;taient une perturbation &agrave; &eacute;viter. Au contraire, la r&eacute;alit&eacute;, c&rsquo;est que la pri&egrave;re sera plus agr&eacute;able &agrave; Dieu et plus sanctifiante si, &agrave; travers elle, par l&rsquo;intercession, nous essayons de vivre le double commandement que J&eacute;sus nous a donn&eacute;. L&rsquo;intercession exprime l&rsquo;engagement fraternel envers les autres quand gr&acirc;ce &agrave; elle nous sommes capables d&rsquo;int&eacute;grer la vie des autres, leurs plus pressantes angoisses et leurs plus grands r&ecirc;ves. Recourant aux paroles bibliques, on peut dire de celui qui se d&eacute;voue g&eacute;n&eacute;reusement &agrave; interc&eacute;der : &laquo; Celui-ci est l&rsquo;ami de ses fr&egrave;res, qui prie beaucoup pour le peuple &raquo; (2 M&nbsp;15, 14).\u003C\u002Fp>\u003Cp>155. Si nous reconnaissons vraiment que Dieu existe, nous ne pouvons pas nous lasser de l&rsquo;adorer, parfois dans un silence d&eacute;bordant d&rsquo;admiration, ou de le chanter dans une louange festive. Nous exprimons ainsi ce que vivait le bienheureux Charles de Foucauld quand il disait : &laquo; Aussit&ocirc;t que je crus qu&rsquo;il y avait un Dieu, je compris que je ne pouvais faire autrement que de ne vivre que pour Lui &raquo;. Il y a aussi, dans la vie du peuple p&egrave;lerin, de nombreux gestes simples de pure adoration, comme par exemple lorsque &laquo; le regard du p&egrave;lerin se fixe sur une image qui symbolise la tendresse et la proximit&eacute; de Dieu. L&rsquo;amour s&rsquo;arr&ecirc;te, contemple le myst&egrave;re, le savoure dans le silence &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>156. La lecture priante de la Parole de Dieu, &laquo; plus douce que le miel &raquo; (Ps&nbsp;119, 103) et &laquo; plus incisive qu&rsquo;aucun glaive &agrave; deux tranchants &raquo; (He&nbsp;4, 12) nous permet de nous arr&ecirc;ter pour &eacute;couter le Ma&icirc;tre afin qu&rsquo;il soit lampe sur nos pas, lumi&egrave;re sur notre route (cf.&nbsp;Ps&nbsp;119, 105). Comme les &Eacute;v&ecirc;ques de l&rsquo;Inde l&rsquo;ont bien rappel&eacute; : &laquo; La Parole de Dieu n&rsquo;est pas seulement une d&eacute;votion parmi tant d&rsquo;autres, certes belle mais optionnelle ; elle appartient au c&oelig;ur et &agrave; l&rsquo;identit&eacute; m&ecirc;me de la vie chr&eacute;tienne. La Parole a en elle-m&ecirc;me le pouvoir de transformer les vies &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>157. La rencontre avec J&eacute;sus dans les &Eacute;critures nous conduit &agrave; l&rsquo;Eucharistie, o&ugrave; cette m&ecirc;me Parole atteint son efficacit&eacute; maximale, car elle est pr&eacute;sence r&eacute;elle de celui qui est la Parole vivante. L&agrave;, l&rsquo;unique Absolu re&ccedil;oit la plus grande adoration que puisse lui rendre cette terre, car c&rsquo;est le Christ qui s&rsquo;offre. Et quand nous le recevons dans la communion, nous renouvelons notre alliance avec lui et nous lui permettons de r&eacute;aliser toujours davantage son &oelig;uvre de transformation.\u003Cbr>\n&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Ch2>Cinqui&egrave;me chapitre -&nbsp;COMBAT, VIGILANCE ET DISCERNEMENT\u003C\u002Fh2>\u003Cp>\n158. La vie chr&eacute;tienne est un combat permanent. Il faut de la force et du courage pour r&eacute;sister aux tentations du diable et annoncer l&rsquo;Evangile. Cette lutte est tr&egrave;s belle, car elle nous permet de c&eacute;l&eacute;brer chaque fois le Seigneur vainqueur dans notre vie.\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>Le combat et la vigilance\u003C\u002Fstrong>\u003Cbr>\n159. Il ne s&rsquo;agit pas seulement d&rsquo;un combat contre le monde et la mentalit&eacute; mondaine qui nous trompe, nous abrutit et fait de nous des m&eacute;diocres d&eacute;pourvus d&rsquo;engagement et sans joie. Il ne se r&eacute;duit pas non plus &agrave; une lutte contre sa propre fragilit&eacute; et contre ses propres inclinations (chacun a la sienne : la paresse, la luxure, l&rsquo;envie, la jalousie, entre autres). C&rsquo;est aussi une lutte permanente contre le diable qui est le prince du mal. J&eacute;sus lui-m&ecirc;me f&ecirc;te nos victoires. Il se r&eacute;jouissait quand ses disciples arrivaient &agrave; progresser dans l&rsquo;annonce de l&rsquo;Evangile, en surmontant les obstacles du Malin, et il s&rsquo;exclamait : &laquo; Je voyais Satan tomber du ciel comme l&rsquo;&eacute;clair &raquo; (Lc&nbsp;10, 18).\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>Plus qu&rsquo;un mythe\u003C\u002Fstrong>\u003Cbr>\n160. Nous n&rsquo;admettrons pas l&rsquo;existence du diable si nous nous &eacute;vertuons &agrave; regarder la vie seulement avec des crit&egrave;res empiriques et sans le sens du surnaturel. Pr&eacute;cis&eacute;ment, la conviction que ce pouvoir malin est parmi nous est ce qui nous permet de comprendre pourquoi le mal a parfois tant de force destructrice. Les auteurs bibliques avaient certes un bagage conceptuel limit&eacute; pour exprimer certaines r&eacute;alit&eacute;s et au temps de J&eacute;sus, on pouvait confondre, par exemple, une &eacute;pilepsie avec la possession du d&eacute;mon. Cependant cela ne doit pas nous porter &agrave; trop simplifier la r&eacute;alit&eacute; en disant que tous les cas rapport&eacute;s dans les Evangiles &eacute;taient des maladies psychiques et qu&rsquo;en d&eacute;finitive le d&eacute;mon n&rsquo;existe pas ou n&rsquo;agit pas. Sa pr&eacute;sence se trouve &agrave; la premi&egrave;re page des Ecritures, qui se concluent avec la victoire de Dieu sur le d&eacute;mon. De fait, quand J&eacute;sus nous a enseign&eacute; le Notre P&egrave;re, il a demand&eacute; que nous terminions en demandant au P&egrave;re de nous d&eacute;livrer du Mal. Le terme utilis&eacute; ici ne se r&eacute;f&egrave;re pas au mal abstrait et sa traduction plus pr&eacute;cise est &ldquo;le Malin&rdquo;. Il d&eacute;signe un &ecirc;tre personnel qui nous harc&egrave;le. J&eacute;sus nous a enseign&eacute; &agrave; demander tous les jours cette d&eacute;livrance pour que son pouvoir ne nous domine pas.\u003C\u002Fp>\u003Cp>161. Ne pensons donc pas que c&rsquo;est un mythe, une repr&eacute;sentation, un symbole, une figure ou une id&eacute;e. Cette erreur nous conduit &agrave; baisser les bras, &agrave; rel&acirc;cher l&rsquo;attention et &agrave; &ecirc;tre plus expos&eacute;s. Il n&rsquo;a pas besoin de nous poss&eacute;der. Il nous empoisonne par la haine, par la tristesse, par l&rsquo;envie, par les vices. Et ainsi, alors que nous baissons la garde, il en profite pour d&eacute;truire notre vie, nos familles et nos communaut&eacute;s, car il r&ocirc;de &laquo; comme un lion rugissant cherchant qui d&eacute;vorer &raquo; (1P&nbsp;5, 8).\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>Eveill&eacute;s et confiants\u003C\u002Fstrong>\u003Cbr>\n162. La Parole de Dieu nous invite clairement &agrave; &laquo; r&eacute;sister aux man&oelig;uvres du diable &raquo; (Ep&nbsp;6, 11) et &agrave; &eacute;teindre &laquo; tous les traits enflamm&eacute;s du Mauvais &raquo; (Ep&nbsp;6, 16). Ce ne sont pas des paroles romantiques, car notre chemin vers la saintet&eacute; est aussi une lutte constante. Celui qui ne veut pas le reconna&icirc;tre se trouvera expos&eacute; &agrave; l&rsquo;&eacute;chec ou &agrave; la m&eacute;diocrit&eacute;. Nous avons pour le combat les armes puissantes que le Seigneur nous donne : la foi qui s&rsquo;exprime dans la pri&egrave;re, la m&eacute;ditation de la parole de Dieu, la c&eacute;l&eacute;bration de la Messe, l&rsquo;adoration eucharistique, la r&eacute;conciliation sacramentelle, les &oelig;uvres de charit&eacute;, la vie communautaire et l&rsquo;engagement missionnaire. Si nous nous n&eacute;gligeons, les fausses promesses du mal nous s&eacute;duiront facilement, car comme le disait le saint pr&ecirc;tre Brochero : &laquo; Qu&rsquo;importe que Lucifer nous promette de nous lib&eacute;rer et m&ecirc;me nous comble de tous ses biens, si ce sont des biens trompeurs, si ce sont des biens envenim&eacute;s ? &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>163. Sur ce chemin, le progr&egrave;s du bien, la maturation spirituelle et la croissance de l&rsquo;amour sont les meilleurs contrepoids au mal. Personne ne r&eacute;siste s&rsquo;il reste au point mort, s&rsquo;il se contente de peu, s&rsquo;il cesse de r&ecirc;ver de faire au Seigneur un don de soi plus g&eacute;n&eacute;reux. Encore moins, s&rsquo;il tombe dans un esprit de d&eacute;faite, car &laquo; celui qui commence sans confiance a perdu d&rsquo;avance la moiti&eacute; de la bataille et enfouit ses talents [&hellip;] le triomphe chr&eacute;tien est toujours une croix, mais une croix qui en m&ecirc;me temps est un &eacute;tendard de victoire, qu&rsquo;on porte avec une tendresse combative contre les assauts du mal &raquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>La corruption spirituelle\u003C\u002Fstrong>\u003Cbr>\n164. Le chemin de la saintet&eacute; est une source de paix et de joie que nous offre l&rsquo;Esprit, mais en m&ecirc;me temps il demande que nous soyons avec &laquo; les lampes allum&eacute;es &raquo; (Lc&nbsp;12, 35) et que nous restions attentifs : &laquo; Gardez-vous de toute esp&egrave;ce de mal &raquo; (1Th&nbsp;5, 22). &laquo; Veillez donc &raquo; (Mt&nbsp;24, 42 ;&nbsp;Mc&nbsp;13, 35). &laquo; Ne nous endormons pas &raquo; (1Th&nbsp;5, 6). Car ceux qui ont le sentiment qu&rsquo;ils ne commettent pas de fautes graves contre la Loi de Dieu peuvent tomber dans une sorte d&rsquo;&eacute;tourdissement ou de torpeur. Comme ils ne trouvent rien de grave &agrave; se reprocher, ils ne per&ccedil;oivent pas cette ti&eacute;deur qui peu &agrave; peu s&rsquo;empare de leur vie spirituelle et ils finissent par se d&eacute;biliter et se corrompre.\u003C\u002Fp>\u003Cp>165. La corruption spirituelle est pire que la chute d&rsquo;un p&eacute;cheur, car il s&rsquo;agit d&rsquo;un aveuglement confortable et autosuffisant o&ugrave; tout finit par sembler licite : la tromperie, la calomnie, l&rsquo;&eacute;go&iuml;sme et d&rsquo;autres formes subtiles d&rsquo;autor&eacute;f&eacute;rentialit&eacute;, puisque &laquo; Satan lui-m&ecirc;me se d&eacute;guise en ange de lumi&egrave;re &raquo; (2Co&nbsp;11, 14). C&rsquo;est ainsi que Salomon a fini ses jours, alors que le grand p&eacute;cheur David sut se relever de sa mis&egrave;re. Dans un &eacute;pisode, J&eacute;sus nous met en garde contre cette tentation trompeuse qui nous fait glisser vers la corruption : il parle d&rsquo;une personne lib&eacute;r&eacute;e du d&eacute;mon qui, pensant que sa vie est pure, finit par &ecirc;tre poss&eacute;d&eacute;e par sept autres esprits malins (cf.&nbsp;Lc&nbsp;11, 24-26). Un autre texte biblique utilise une image forte : &laquo; Le chien est retourn&eacute; &agrave; son propre vomissement &raquo; (2P&nbsp;2, 22 ; cf.&nbsp;Pr&nbsp;26, 11).\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>Le discernement\u003C\u002Fstrong>\u003Cbr>\n166. Comment savoir si une chose vient de l&rsquo;Esprit Saint ou si elle a son origine dans l&rsquo;esprit du monde ou dans l&rsquo;esprit du diable ? Le seul moyen, c&rsquo;est le discernement qui ne requiert pas seulement une bonne capacit&eacute; &agrave; raisonner ou le sens commun. C&rsquo;est aussi un don qu&rsquo;il faut demander. Si nous le demandons avec confiance au Saint Esprit, et que nous nous effor&ccedil;ons en m&ecirc;me temps de le d&eacute;velopper par la pri&egrave;re, la r&eacute;flexion, la lecture et le bon conseil, nous pourrons s&ucirc;rement grandir dans cette capacit&eacute; spirituelle.\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>Une n&eacute;cessit&eacute; imp&eacute;rieuse\u003C\u002Fstrong>\u003Cbr>\n167. Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;aptitude au discernement est redevenue particuli&egrave;rement n&eacute;cessaire. En effet, la vie actuelle offre d&rsquo;&eacute;normes possibilit&eacute;s d&rsquo;actions et de distractions et le monde les pr&eacute;sente comme si elles &eacute;taient toutes valables et bonnes. Tout le monde, mais sp&eacute;cialement les jeunes, est expos&eacute; &agrave; un&nbsp;zapping&nbsp;constant. Il est possible de naviguer sur deux ou trois &eacute;crans simultan&eacute;ment et d&rsquo;interagir en m&ecirc;me temps sur diff&eacute;rents lieux virtuels. Sans la sagesse du discernement, nous pouvons devenir facilement des marionnettes &agrave; la merci des tendances du moment.\u003C\u002Fp>\u003Cp>168. Cela devient particuli&egrave;rement important quand appara&icirc;t une nouveaut&eacute; dans notre vie et qu&rsquo;il faudrait alors discerner pour savoir s&rsquo;il s&rsquo;agit du vin nouveau de Dieu ou bien d&rsquo;une nouveaut&eacute; trompeuse de l&rsquo;esprit du monde ou de l&rsquo;esprit du diable. En d&rsquo;autres occasions, il arrive le contraire, parce que les forces du mal nous induisent &agrave; ne pas changer, &agrave; laisser les choses comme elles sont, &agrave; choisir l&rsquo;immobilisme et la rigidit&eacute;. Nous emp&ecirc;chons donc le souffle de l&rsquo;Esprit d&rsquo;agir. Nous sommes libres, de la libert&eacute; de J&eacute;sus-Christ, mais il nous appelle &agrave; examiner ce qu&rsquo;il y a en nous &ndash; d&eacute;sirs, angoisses, craintes, aspirations &ndash; et ce qui se passe en dehors de nous &ndash; &ldquo;les signes des temps&rdquo; &ndash; pour reconna&icirc;tre les chemins de la pleine libert&eacute; : &laquo; V&eacute;rifiez tout. Ce qui est bon retenez-le &raquo; (1Th&nbsp;5, 21).\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>Toujours &agrave; la lumi&egrave;re du Seigneur\u003C\u002Fstrong>\u003Cbr>\n169. Le discernement n&rsquo;est pas seulement n&eacute;cessaire pour les moments extraordinaires, ou quand il faut r&eacute;soudre de graves probl&egrave;mes, ou quand il faut prendre une d&eacute;cision cruciale. C&rsquo;est un instrument de lutte pour mieux suivre le Seigneur. Nous en avons toujours besoin pour &ecirc;tre dispos&eacute;s &agrave; reconna&icirc;tre les temps de Dieu et de sa gr&acirc;ce, pour ne pas gaspiller les inspirations du Seigneur, pour ne pas laisser passer son invitation &agrave; grandir. Souvent cela se joue dans les petites choses, dans ce qui para&icirc;t n&eacute;gligeable, parce que la grandeur se montre dans ce qui est simple et quotidien. Il s&rsquo;agit de ne pas avoir de limites pour ce qui est grand, pour ce qu&rsquo;il y a de mieux et de plus beau, mais en m&ecirc;me temps d&rsquo;&ecirc;tre attentif &agrave; ce qui est petit, au don de soi d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Je demande donc &agrave; tous les chr&eacute;tiens de faire chaque jour, en dialogue avec le Seigneur qui nous aime, un sinc&egrave;re &ldquo;examen de conscience&rdquo;. En m&ecirc;me temps, le discernement nous conduit &agrave; reconna&icirc;tre les moyens concrets que le Seigneur pr&eacute;dispose dans son myst&eacute;rieux plan d&rsquo;amour, pour que nous n&rsquo;en restions pas seulement &agrave; de bonnes intentions.\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>Un don surnaturel\u003C\u002Fstrong>\u003Cbr>\n170. Il est vrai que le discernement spirituel n&rsquo;exclut pas les apports des connaissances humaines, existentielles, psychologiques, sociologiques ou morales. Mais il les transcende. M&ecirc;me les sages normes de l&rsquo;&Eacute;glise n&rsquo;y suffisent pas. Rappelons-nous toujours que le discernement est une gr&acirc;ce. Bien qu&rsquo;il inclue la raison et la prudence, il les d&eacute;passe parce qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;entrevoir le myst&egrave;re du projet unique et inimitable que Dieu a pour chacun, et qui se r&eacute;alise dans des contextes et des limites les plus vari&eacute;s. Ne sont pas seulement en jeu un bien-&ecirc;tre temporel ni la satisfaction de faire quelque chose d&rsquo;utile, ni le d&eacute;sir d&rsquo;avoir la conscience tranquille non plus. Ce qui est en jeu, c&rsquo;est le sens de ma vie devant le P&egrave;re qui me conna&icirc;t et qui m&rsquo;aime, le vrai sens de mon existence que personne ne conna&icirc;t mieux que lui. Le discernement, en d&eacute;finitive, conduit &agrave; la source m&ecirc;me de la vie qui ne meurt pas, c&rsquo;est-&agrave;-dire conna&icirc;tre le P&egrave;re, le seul vrai Dieu, et celui qu&rsquo;il a envoy&eacute;, J&eacute;sus-Christ (cf.&nbsp;Jn&nbsp;17, 3). Il ne requiert pas de capacit&eacute;s sp&eacute;ciales ni n&rsquo;est r&eacute;serv&eacute; aux plus intelligents ou aux plus instruits, et le P&egrave;re se r&eacute;v&egrave;le volontiers aux humbles (cf.&nbsp;Mt&nbsp;11, 25).\u003C\u002Fp>\u003Cp>171. M&ecirc;me si le Seigneur nous parle de mani&egrave;res vari&eacute;es, dans notre travail, &agrave; travers les autres et &agrave; tout moment, il n&rsquo;est pas possible de se passer du silence de la pri&egrave;re attentive pour mieux percevoir ce langage, pour interpr&eacute;ter la signification r&eacute;elle des inspirations que nous croyons recevoir, pour apaiser les angoisses et recomposer l&rsquo;ensemble de l&rsquo;existence personnelle &agrave; la lumi&egrave;re de Dieu. Nous pouvons ainsi laisser na&icirc;tre cette nouvelle synth&egrave;se qui jaillit de la vie illumin&eacute;e par l&rsquo;Esprit.\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>Parle, Seigneur\u003C\u002Fstrong>\u003Cbr>\n172. Cependant, il pourrait arriver que dans la pri&egrave;re m&ecirc;me nous &eacute;vitions de nous laisser interpeller par la libert&eacute; de l&rsquo;Esprit qui agit comme il veut. Il faut rappeler que le discernement priant doit trouver son origine dans la disponibilit&eacute; &agrave; &eacute;couter le Seigneur, les autres, la r&eacute;alit&eacute; m&ecirc;me qui nous interpelle toujours de mani&egrave;re nouvelle. Seul celui qui est dispos&eacute; &agrave; &eacute;couter poss&egrave;de la libert&eacute; pour renoncer &agrave; son propre point de vue partiel ou insuffisant, &agrave; ses habitudes, &agrave; ses sch&eacute;mas. De la sorte, il est vraiment disponible pour accueillir un appel qui brise ses s&eacute;curit&eacute;s mais qui le conduit &agrave; une vie meilleure, car il ne suffit pas que tout aille bien, que tout soit tranquille. Dieu pourrait &ecirc;tre en train de nous offrir quelque chose de plus, et &agrave; cause de notre distraction dans la commodit&eacute;, nous ne nous en rendons pas compte.\u003C\u002Fp>\u003Cp>173. Une telle attitude d&rsquo;&eacute;coute implique, c&rsquo;est certain, l&rsquo;ob&eacute;issance &agrave; l&rsquo;Evangile comme ultime crit&egrave;re, mais aussi au Magist&egrave;re qui le garde, en cherchant &agrave; trouver dans le tr&eacute;sor de l&rsquo;&Eacute;glise ce qui est le plus f&eacute;cond pour l&rsquo;aujourd&rsquo;hui du salut. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;appliquer des recettes ni de r&eacute;p&eacute;ter le pass&eacute;, puisque les m&ecirc;mes solutions ne sont pas valables en toutes circonstances, et ce qui sera utile dans un certain contexte peut ne pas l&rsquo;&ecirc;tre dans un autre. Le discernement des esprits nous lib&egrave;re de la rigidit&eacute; qui n&rsquo;est pas de mise devant l&rsquo;&eacute;ternel aujourd&rsquo;hui du Ressuscit&eacute;. Seul l&rsquo;Esprit sait p&eacute;n&eacute;trer dans les replis les plus sombres de la r&eacute;alit&eacute; et prendre en compte toutes ses nuances, pour que, sous un nouveau jour, &eacute;merge la nouveaut&eacute; de l&rsquo;Evangile.\u003Cbr>\n&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Ch3 class=\"rtecenter\">\"\u003Cem>Le bonheur est paradoxal et nous offre les meilleures exp&eacute;riences quand nous acceptons cette logique myst&eacute;rieuse qui n&rsquo;est pas de ce monde\u003C\u002Fem>\"\u003C\u002Fh3>\u003Cp>&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Cp>\u003Cstrong>La logique du don et de la croix\u003C\u002Fstrong>\u003Cbr>\n174. Une condition essentielle au progr&egrave;s dans le discernement, c&rsquo;est de s&rsquo;&eacute;duquer &agrave; la patience de Dieu et &agrave; ses temps qui ne sont jamais les n&ocirc;tres. Il ne fait pas tomber le feu sur les infid&egrave;les (cf.&nbsp;Lc&nbsp;9, 54) ni ne permet d&rsquo;&lsquo;&lsquo;arracher l&rsquo;ivraie&rdquo; qui grandit avec le bl&eacute; (cf.&nbsp;Mt&nbsp;13, 29). Il faut aussi de la g&eacute;n&eacute;rosit&eacute; parce qu&rsquo;&laquo; il y a plus de bonheur &agrave; donner qu&rsquo;&agrave; recevoir &raquo; (Ac&nbsp;20, 35). Nous ne discernons pas pour d&eacute;couvrir ce que nous pouvons tirer davantage de cette vie, mais pour reconna&icirc;tre comment nous pouvons mieux accomplir cette mission qui nous a &eacute;t&eacute; confi&eacute;e dans le Bapt&ecirc;me, et cela implique que nous soyons dispos&eacute;s &agrave; des renoncements jusqu&rsquo;&agrave; tout donner. En effet, le bonheur est paradoxal et nous offre les meilleures exp&eacute;riences quand nous acceptons cette logique myst&eacute;rieuse qui n&rsquo;est pas de ce monde. Comme l&rsquo;affirmait saint Bonaventure en parlant de la croix : &laquo; Telle est notre logique &raquo;. Si quelqu&rsquo;un entre dans cette dynamique, alors il ne laisse pas sa conscience s&rsquo;anesth&eacute;sier et il s&rsquo;ouvre g&eacute;n&eacute;reusement au discernement.\u003C\u002Fp>\u003Cp>175. Quand nous scrutons devant Dieu les chemins de la vie, il n&rsquo;y a pas de domaines qui soient exclus. Sur tous les plans de notre vie, nous pouvons continuer &agrave; grandir et offrir quelque chose de plus &agrave; Dieu, y compris sur les plans o&ugrave; nous faisons l&rsquo;exp&eacute;rience des difficult&eacute;s les plus fortes. Mais il faut demander &agrave; l&rsquo;Esprit Saint de nous d&eacute;livrer et d&rsquo;expulser cette peur qui nous porte &agrave; lui interdire d&rsquo;entrer dans certains domaines de notre vie. Lui qui demande tout donne &eacute;galement tout, et il ne veut pas entrer en nous pour mutiler ou affaiblir mais pour porter &agrave; la pl&eacute;nitude. Cela nous fait voir que le discernement n&rsquo;est pas une autoanalyse intimiste, une introspection &eacute;go&iuml;ste, mais une v&eacute;ritable sortie de nous-m&ecirc;mes vers le myst&egrave;re de Dieu qui nous aide &agrave; vivre la mission &agrave; laquelle il nous a appel&eacute;s pour le bien de nos fr&egrave;res.\u003C\u002Fp>\u003Cp>176. Je voudrais que la Vierge Marie couronne ces r&eacute;flexions, car elle a v&eacute;cu comme personne les b&eacute;atitudes de J&eacute;sus. Elle est celle qui tressaillait de joie en la pr&eacute;sence de Dieu, celle qui gardait tout dans son c&oelig;ur et qui s&rsquo;est laiss&eacute;e traverser par le glaive. Elle est la sainte parmi les saints, la plus b&eacute;nie, celle qui nous montre le chemin de la saintet&eacute; et qui nous accompagne. Elle n&rsquo;accepte pas que nous restions &agrave; terre et parfois elle nous porte dans ses bras sans nous juger. Parler avec elle nous console, nous lib&egrave;re et nous sanctifie. La M&egrave;re n&rsquo;a pas besoin de beaucoup de paroles, elle n&rsquo;a pas besoin que nous fassions trop d&rsquo;efforts pour lui expliquer ce qui nous arrive. Il suffit de chuchoter encore et encore : &ldquo;Je vous salue Marie&hellip;&rsquo;&rsquo;.\u003C\u002Fp>\u003Cp>177. J&rsquo;esp&egrave;re que ces pages seront utiles pour que toute l&rsquo;&Eacute;glise se consacre &agrave; promouvoir le d&eacute;sir de la saintet&eacute;. Demandons &agrave; l&rsquo;Esprit Saint d&rsquo;infuser en nous un intense d&eacute;sir d&rsquo;&ecirc;tre saint pour la plus grande gloire de Dieu et aidons-nous les uns les autres dans cet effort. Ainsi, nous partagerons un bonheur que le monde ne pourra nous enlever.\u003C\u002Fp>\u003Cp>\nDonn&eacute; &agrave; Rome, pr&egrave;s de Saint-Pierre, le 19 mars, Solennit&eacute; de Saint Joseph, de l&rsquo;an 2018, sixi&egrave;me ann&eacute;e de mon Pontificat.\u003C\u002Fp>\u003Cp>&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003Chr>\u003Ca href=\"http:\u002F\u002Fw2.vatican.va\u002Fcontent\u002Ffrancesco\u002Ffr\u002Fapost_exhortations\u002Fdocuments\u002Fpapa-francesco_esortazione-ap_20180319_gaudete-et-exsultate.html\" target=\"_blank\">&nbsp;&gt; Lire l'exhortation apostolique&nbsp;&ldquo;Gaudete et exsultate&rdquo; sur le site du Vatican\u003C\u002Fa>\u003Cp>&nbsp;\u003C\u002Fp>\u003C\u002Fp>\n"]